Woman Despiser
Titre original: Kadin düsmani
Genre: Giallo , Thriller
Année: 1967
Pays d'origine: Turquie
Réalisateur: Ilhan Engin
Casting:
Ekrem Bora, Sema Özcan, Erol Tas, Engin Imal, Reha Yurdakul, Tanju Korel, Güzin Özipek, Nurhan Nur, Gülgün Erdem...
 

Istanbul est en émoi. Depuis quelques jours, un tueur massacre des jeunes femmes. La police enquête, apprenant notamment que l'assassin a violé sa première victime après l'avoir occis. On a donc affaire à un tueur sadique doublé d'un nécrophile. Qui plus est, celui-ci semble vouloir tracer un jeu de piste, car pour chaque meurtre, la première lettre du nom de la victime correspond à la première lettre du district où le crime a été commis. Que veut prouver ce fou criminel, va-t-il continuer à tuer, et où, c'est ce que va chercher à savoir l'inspecteur Kemal, chargé de cette délicate affaire.

 

 

En 1967, le giallo n'en est encore qu'à ses débuts, par l'entremise essentiellement de Mario Bava, qui s'essaye au genre dès 1963 avec "La fille qui en savait trop" et "Les trois visages de la peur" (le sketch du téléphone avec Michèle Mercier). L'année suivante, le réalisateur pose les jalons du thriller à l'italienne avec Six femmes pour l'assassin, un film qui va servir de référence pour bon nombre de cinéastes, et une œuvre dont on va s'inspirer dans les années qui suivent, surtout à partir du début des années 70. Pourtant, les premières traces d'une inspiration en provenance de Six femmes pour l'assassin viennent de la Turquie, avec ce Kadin düsmani, commercialisé à l'étranger sous le titre Woman Despiser, et que l'on pourrait traduire par "Celui qui haïssait les femmes".

 

 

Dans Woman Despiser, on retrouve en effet quelques éléments de Six femmes pour l'assassin : un tueur masqué et ganté, tuant à l'arme blanche ; la police arrêtant les principaux suspects afin de voir si les crimes vont cesser ou non, et les crimes se poursuivant par le biais d'une personne proche du tueur et désireuse de le disculper.
La comparaison s'arrête là, toutefois. Dans Woman Despiser, le mobile est tout autre et le tueur porte des masques à caractère horrifique tels que l'on en trouve dans les boutiques de farces et attrapes.
A la fois producteur, scénariste et réalisateur de Kadin düsmani, Ilhan Engin (qui a essentiellement œuvré dans les années 60 et 70) se montre bien meilleur au niveau du fond que de la forme. Sur le papier, la trame se tient, avec quelques idées originales (la première lettre de la victime et du quartier d'Istanbul à chaque fois identique, les rapports unissant les personnages principaux, présentant tous le point commun d'avoir perdu un être cher) s'intégrant harmonieusement avec d'autres plus classiques (la fausse piste évidente du coupable idéal en la personne d'un voyeur pervers).

 

 

Sur la pellicule, il faut bien avouer que le film manque cruellement de rythme (sur 90 minutes, une vingtaine sont de trop), entrecoupé de scènes inutiles ou trop longues comme la romance du flic pour Oya, une jeune veuve dont il est épris, ou les deux intermèdes musicaux, l'un dans un night-club, et l'autre dans un restaurant, très dispensables mais qui devaient plaire au spectateur turc de l'époque. Car il faut toutefois se replonger dans le contexte, nous sommes dans la Turquie des années 60, ce qui explique également pourquoi l'érotisme ne soit que sous-jacent et les séquences de meurtre particulièrement sobres.
De plus, Ilhan Engin a tendance à répéter certaines scènes : ainsi, à un meurtre succède systématiquement l'interrogatoire du principal suspect par la police.

 

 

Il serait inutile de faire un tour d'horizon du casting. Le public occidental que nous sommes, même friand de cinéma de genre, connaît assez mal les acteurs turcs de cette époque. On peut citer néanmoins la présence de deux piliers des films d'exploitation affichant chacun aux alentours de deux-cent-cinquante films ou séries TV au compteur : Erol Tas, qui joua notamment dans les deux coproductions italo-turques avec Klaus Kinski, "Le amanti del mostro" et "La mano che nutre la morte", ainsi que Reha Yurdakul, aperçu dans quelques oeuvres comme "Altin Cocuk" (qui voguait sur la vague des films d'espionnage à la mode aux Etats-Unis, en Italie, en France et en Allemagne à cette époque) et "Cellat", l'équivalent turc de Un justicier dans la ville.
Les deux films susnommés eurent la primeur d'être édités, tout comme Woman Despiser par feu l'éditeur grec "Onar Films". Son fondateur, Bill Barounis, nous a quittés il y a un peu plus de deux ans, en octobre 2011, et sans lui, nous n'aurions probablement jamais pu avoir l'occasion de visionner ces raretés. Qu'il en soit à jamais remercié.

En définitive, Kadin düsmani présente évidemment bien des défauts, un rythme lent, des acteurs pas toujours charismatiques ou convaincants, et surtout des scènes s'enchaînant parfois de façon "abrupte", pouvant entraîner une certaine confusion dans la narration. Mais hormis ces défauts relativement récurrents dans le cinéma d'exploitation turc de cette époque (auxquels on pourrait ajouter une partition musicale très hétéroclite empruntée à droite à gauche avec plus ou moins de bonheur), Woman Despiser possède de sérieux atouts : un générique original en ombres chinoises, des scènes nocturnes inquiétantes avec un brouillard donnant un petit côté gothique à l'ensemble, et puis surtout un bon suspense, ce qui est plutôt rassurant lorsque l'on regarde un thriller. Et enfin, il s'agit tout bonnement d'un des premiers gialli réalisés, peut-être même le premier en dehors de l'Italie.

 

 

Flint

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