Brotherhood of Satan, The
Genre: Satanisme , Sorcellerie , Horreur
Année: 1971
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Bernard McEveety
Casting:
Strother Martin, L. Q. Jones, Charles Bateman, Ahna Capri, Charles Robinson, Alvy Moore...
 

Ben (Charles Bateman), sa petite amie, Nicky (Ahna Capri) ainsi que K.T., la fille de Ben (Geri Reischl) prennent la route en direction du sud-ouest afin d'aller souhaiter l'anniversaire de la grand-mère de K.T..
Quasiment arrivés à destination, au sein de la petite ville de Hillsboro, ils assistent à un accident de voiture qui leur semble singulier. Une fois installés mais toujours intrigués, ils rapportent ce qu'ils ont vu au shérif local (L. Q. Jones) et à son assistant (Alvy Moore). Au même moment, ils font la connaissance du docteur Doc Duncan (Strother Martin) ainsi que du prêtre des lieux (Charles Robinson). Ces derniers leur expliquent que des phénomènes pour le moins étranges se produisent ces derniers temps : certaines personnes ont du mal à quitter la ville vivants tandis que les enfants ont tendance à disparaître à une vitesse exponentielle.
Les événements s'enchaînant, ceux-ci ne tardent pas à apprendre qu'une secte toute dévouée à Satan et faite de personnes âgées, adeptes de sorcellerie, s'empare des enfants pour en faire eux aussi des adorateurs de Satan, afin d'utiliser leurs corps comme réceptacles de leurs propres desseins. Ils utilisent leurs capacités surnaturelles, dont celle de pouvoir tuer quelqu'un en transformant les jouets d'enfant en des instruments de meurtre...

 

 

On connaît très mal Bernard McEveety, réalisateur de The Brotherhood of Satan, et vieux briscard ayant œuvré principalement depuis le début des années 60 pour la télévision ("Les incorruptibles", "Rawhide", "Gunsmoke"...). En revanche, on connaît mieux L. Q. Jones, issu lui aussi de la télévision (dont "Gunsmoke", où son chemin croisa celui de McEveety) et vieux second couteau du western ("L'homme aux colts d'or", "La ruée vers l'Ouest", "Les rôdeurs de la plaine"...) récupéré par Sam Peckinpah pour son "Coups de feu dans la Sierra" avant une série de collaborations fructueuses telles "Major Dundee", La horde sauvage, "Un nommé Cable Hogue" ou encore "Pat Garrett et Billy le Kid". Il n'est cependant pas étonnant de retrouver L. Q. Jones, en plus de faire l'acteur, à l'origine du projet, à savoir à la fois co-auteur du script mais aussi producteur de ladite chose 'antéchristique'. Certes, les amateurs de fantastique savent que L. Q. Jones a réalisé en 1975 un post-apo (Apocalypse 2024/A Boy and His Dog) digne d'intérêt, mais ils ignorent le plus souvent que l'homme était surtout très copain avec Alvy Moore, lequel a réalisé lui aussi des séries pour la télévision (dont un épisode de "Gunsmoke" où les deux hommes se rencontrèrent), avant de produire quelques films de genre dont The Witchmaker, ce en collaboration avec son ami. A noter que les deux hommes n'hésitaient pas, outre de mettre la main aux scénarios ou encore de produire, à jouer dans leurs films. Ainsi Alvy Moore tient l'un des rôles principaux de The Witchmaker tandis que L. Q. Jones y fait une apparition. Un film mettant en scène également des sorciers et des adorateurs de Satan, inutile de préciser, je crois, qu'il préfigurait cette nouvelle association. Dans The Brotherhood of Satan, nous retrouvons donc Alvy Moore à la fois à l'écran et comme producteur, tout comme L.Q. Jones, impliqué, en sus, au scénario.

 

 

Quoi qu'il en soit, et quelle que soit sa provenance, The Brotherhood of Satan est un film étonnant. Etonnant car, outre ses inégalités, celui-ci est globalement réussi, en plus de s'immiscer sournoisement dans le genre "enfants tueurs ou inquiétants" et d'annoncer d'autres films à venir.
En dehors de Satan, mon amour qui fut tourné quasiment en même temps sur des bases proches elles aussi de "Rosemary's Baby", il est étonnant de s'apercevoir à quel point cette collaboration entre L. Q. Jones, Alvy Moore et Bernard McEveety accouche d'un étonnant mélange évoquant de très près certains films à venir : "Enter the Devil" que tournera l'année suivante Frank Q. Dobbs à partir d'un scénario extrêmement proche, se situant lui aussi dans une région désertique toute westernienne, mais également et surtout La pluie du diable de Robert Fuest, qui semblera en reprendre les grandes lignes jusqu'à le pomper de façon presque diabolique. Même décor aride du sud-ouest américain, mêmes disparitions mystérieuses au sein d'une bourgade reculée, même confrérie et sacrifices, et mêmes recherches menées par son père de famille, le tout dans une ambiance paranoïaque culminant dans des finals où l'on s'apercevra que l'intuition trouble et inquiétante de nos héros, candides à la base, s'avèrera véritable, ce à l'instar du hit de Polanski.

Un drôle de mélange, finalement, qui fait ressembler les trois films à "Un homme est passé" de Sturges, auquel on aurait substitué, en lieu et place de méfaits illégaux, une menace alors plus en vogue qu'une invasion communiste : une secte sataniste.
Pour finir, il est difficile également de ne pas penser par moments à l'excellente Course contre l'enfer de Jack Starrett, sans le côté road-movie, il va de soi, l'action par définition se situant ici dans un lieu unique dont on ne peut s'échapper.

 

 

Passées ces petites intrusions destinées à contextualiser le film ainsi qu'à le situer par rapport à quelques phares cinématographiques, venons-en à ce qu'il vaut en terme qualitatif : The Brotherhood of Satan ne décevra pas les amateurs d'un cinéma intriguant et bien fichu. Ce dernier est parfaitement torché, monté, cadré, sachant garder et distiller du rythme tout du long. Son scope est qui plus est splendide, et rend non seulement un parfait hommage aux décors désertiques, mais il instille aussi un climat d'isolation palpable et durable. Viennent s'insérer également de magnifiques visions et cauchemars prémonitoires, parfaitement élaborés. Il n'y a rien à reprocher non plus aux acteurs, ils sont à l'unanimité convaincants avec, en tête, le couple formé par Charles Bateman et Ahna Capri (vue au cinéma chez Robert Clouse : La loi du talion, "Opération dragon"), tous deux d'une belle sobriété. Aucun acteur ne vient empiéter sur l'histoire elle-même, tous, Strother Martin (un autre comparse de L. Q. Jones/ "Nevada Smith", La horde sauvage) étant sans doute le plus loquace, compris, sont au diapason, se complétant merveilleusement bien.

 

 

Si l'on ajoute à cela l'excellente partition due à Jaime Mendoza-Nava, déjà en charge de celle de The Witchmaker (tout lien avec d'autres films ne serait ici en aucun cas le fruit perverti d'une coïncidence !), The Brotherhood of Satan ne serait pas loin de remporter haut la main la partie si ce n'était son principal défaut : une tranche de pellicule située à l'intérieur de la secte satanique (et sa chapelle maudite), soit, brillamment filmée, flippante au début, excessive et baroque (se rapprochant même parfois dangereusement d'un Ken Russell), mais tirant tant sur la corde, qu'à la la longue celle-ci en devient aussi chiante qu'une messe en latin déclinée par un pochtron sur le parvis de Notre-Dame.

Un défaut dommageable pour une oeuvre globalement plus qu'estimable, meilleure par exemple que le film de Fuest, dotée d'une belle atmosphère paranoïaque en extérieur et sachant instiller un persistant malaise, avec même quelques moments très forts, comme cette asphyxie d'un couple dans son salon ou le 'disjonctage' total du prêtre (très bien joué par Charles Robinson / "La canonnière du Yang-tsé").

Loin d'être parfait donc, plus à l'aise dans la fantasmagorie trouble que dans le démonstratif, The Brotherhood of Satan n'en demeure pas moins une réussite en son genre.

 

 

Mallox

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