Retour de Zorro, Le
Titre original: Zorro rides again
Genre: Western , Aventures , Serial
Année: 1937
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Witney & John English
Casting:
John Carroll, Duncan Renaldo, Reed Howes, Noah Beery, Richard Alexander, Helen Christian...
 

Deux ans avant l'excellent Zorro's fighting Legion, le duo vedette de la Republic Pictures, John English et William Witney, mettait en scène Zorro rides again, en français : Le retour de Zorro. Car c'est bien d'un retour qu'il s'agit puisque Zorro était parti, comme tant d'autres l'âge venu, vers les contrées réservées aux morts, quelles qu'elles fussent. Mais ce n'est pas son spectre, ni même son corps réanimé qui revient, mais simplement son mythe qui reprend forme en la personne de son arrière-petit-fils, James Vega.
Le monde a changé, il se modernise à grands pas et le Mexique est de la partie. C'est ainsi qu'une ligne de chemin de fer en cours de construction devient un enjeu crucial pour Don Manuel Vega et ses associés, Joyce et Philip Andrews, en butte aux visées d'un financier sans foi ni loi, Marsden, et de son bras armé, El Lobo. Bien décidé à s'emparer de la California-Yucatan Railroad, Marsden n'hésite pas à faire réaliser les pires forfaits à son spadassin et à ses hommes : attentats, meurtres, pillages, tout est bon pour faire dérailler l'entreprise de chemin de fer et faire plier ses dirigeants dans un sens favorable à l'investisseur sans scrupules. C'est ce qui décide le vieux Vega à faire appel à son neveu, James, parti à la ville et devenu semble-t-il quelque peu falot et juste passionné de... golf !

 

 

Pour le vieil homme, qui espérait retrouver en lui le souffle épique du vengeur masqué, la déception est grande de découvrir un pâle James désarçonné par El Rey, le propre descendant du cheval de Zorro. Mais El Rey, lui, n'est pas dupe et se fait le complice du double jeu de James Vega / Zorro, l'emmenant au combat dans des chevauchées au triple galop, toujours là quand il faut, voire l'aidant d'un coup de sabot quand son maître se retrouve en péril. Autre complice de Zorro, le fidèle Renaldo, employé de Manuel Vega et qui s'est beaucoup occupé de James lorsqu'il était petit. Lui connait son secret, et même le passage secret qui, derrière le tableau de l'arrière grand-père légendaire, mène à une cachette où James Vega peut se changer et devenir le héros que l'on sait. Plus d'une fois, Renaldo se révèle un atout de taille pour mener à bien des équipées contre El Lobo ou ses sbires, que ce soit en assistant James et en participant à son double jeu vis-à-vis des Andrews, ou plus directement, lorsqu'il s'agit d'intervenir pour sauver la mise de Zorro ou de participer à un combat autrement inégal.

 

 

Ce Retour de Zorro, s'il est moins brillant que son successeur, ne manque néanmoins pas d'atouts : cavalcades nombreuses, le temps du western n'est pas si loin dans ces provinces mexicaines un peu reculées ; confrontation des deux mondes, ancien et moderne, avec des bandits prompts à dégainer les Colts mais n'hésitant pas non plus à faire usage d'un avion pour aller bombarder un train ! Utilisation d'une radio pour communiquer avec un big boss perché en haut de son immeuble métropolitain, tel un vautour sur les plus hautes branches d'un arbre ; poursuites en voitures, en camions même ; course sur les toits de wagon en circulation, ...

 

 

Mais de cet univers, qu'il soit encore teinté de 19ème siècle ou plongé à fond dans le 20ème, la justice est absente et la loi est celle du plus fort, qu'elle soit réglé au six-coups dans la sierra ou par le chantage dans les bureaux feutrés d'une banque d'investissement. Des salauds, il y en a toujours eu et il y en aura toujours ! Leurs méthodes changent et s'adaptent mais leurs ricanements sinistres et leur propension à trahir, corrompre et répandre la terreur restent les mêmes. Ce qui nous vaut, et ça tombe bien puisque nous sommes en plein sérial, des cliffhangers en tous genres, avec un Zorro se prenant une locomotive en pleine poire, une balle en pleine tête, chutant d'un gratte-ciel, précipité en bas d'une falaise, bref, plongé dans une mort certaine, avant de revenir en forme pour échapper à ces décès brutaux, parfois au prix de quelques manipulations honteuses de la part des scénaristes et réalisateurs, classiques dans le sérial : il évite la locomotive de justesse, la balle n'est pas tirée, la chute n'en est plus une grâce à un montage différent, et ainsi de suite. On est là dans ce qui fait la quintessence du sérial : une montée en tension vers un suspense qui se veut haletant et se clôt sur un fondu au noir suivi de : "La semaine prochaine, épisode 2 : la minute fatale", accrochant inévitablement le spectateur pour le ramener en salles 7 jours plus tard.

 

 

Ici, cependant, on reste un peu trop souvent sur sa faim. Le personnage est sympathique mais la modernité qui l'entoure ne lui sied guère : on le préfère dans un temps où les trains à vapeur n'existaient pas et où ses adversaires étaient un faux dieu mystérieux, Don del Oro (Zorro's fighting Legion). C'est peut-être là où le bât blesse, justement : le méchant du sérial est connu dès le départ, puisqu'il s'agit de Marsden, tout comme son complice sur le terrain, El Lobo, une sombre brute. Point de mystère, donc, ni de supputations hasardeuses sur qui est qui et pourquoi il fait ce qu'il fait. Les bons du sérial (qui est manichéen, comme tous les sérials que j'ai pu voir), manquent également énormément de relief : le fade James Vega est... fade, y compris lorsqu'il endosse le costume de Zorro. La fratrie Andrews est composé d'un homme au visage dur et décidé mais finalement très secondaire et balloté au gré des événements, et d'une femme faisant plus acte de présence que participant à l'action (on notera d'ailleurs l'absence presque totale de femmes dans ce sérial, ce qui n'est certes pas trop surprenant dans un univers le plus souvent asexué et où les clichés sont tenaces sur la place des uns et des autres). Le brave Renaldo est le gentil typique, sans nuance, premier degré dans tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il fait.

 

 

Notons quand même quelques belles chevauchées et attribuons une mention spéciale aux cascadeurs qui tombent de chevaux lancés au galop, chutent depuis des toits, courent sur des trains en marche ou s'échappent de maisons en flammes. Les vrais héros masqués de ces aventures de Zorro, finalement, ce pourrait être eux, l'action constante dans chaque épisode du sérial étant l'occasion pour ces seconds couteaux du cinéma populaire de faire, une fois encore, don de leur personne. A choisir entre ce Zorro qui revient et celui où il est accompagné de ses légions combattantes, il vaut mieux regarder le second, plus percutant, plus haletant et mieux rythmé. Mais celui-ci reste tout à fait honorable et ne dépare pas dans la belle filmographie d'English et Witney (Jungle Girl, Les aventures du capitaine Marvel, The fighting devil dogs, ...)

Bigbonn

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