Mr. Wong, Detective
Genre: Policier
Année: 1938
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Nigh
Casting:
Boris Karloff, Grant Withers, Maxine Jennings, John St. Polis, William Gould...
 

A San Francisco dans les années 30, Simon Dayton, riche propriétaire d'une usine de produits chimiques, se rend chez Mr Wong, un détective privé sino-américain réputé, pour que ce dernier enquête sur les tentatives d'intimidation et les menaces dont il dit être victime depuis que son entreprise à mis au point un gaz létal utilisable à des fins militaires. Menaces qui se font plus précises et pressantes depuis que la première exportation dudit produit, à destination de l'Europe et à partir du port de San Francisco, est programmée. En sortant de chez Wong, qui a promis de se rendre à son bureau le lendemain, Dayton échappe de peu à une tentative d'enlèvement.
Le lendemain, arrivés à l'usine, ses deux associés l'attendent pour lui faire signer une clause de contrat impliquant qu'en cas de décès de l'un d'entre eux, les survivants hériteraient de ses parts. Pas très chaud à cette idée, Dayton finit par céder pour se débarrasser rapidement d'eux, puis il demande à sa secrétaire de ne plus laisser personne entrer dans son bureau jusqu'à l'arrivée de Wong ; mais il est alors agressé par Roemer, un chimiste qui estime avoir été floué par Dayton qui lui aurait volé la formule du fameux gaz mortel. Bien qu'armé, Roemer, peu dangereux, est facilement maîtrisé par la secrétaire de Dayton. Ce dernier s'enferme alors à clé avant d'appeler la police.
A l'arrivée des agents et de Wong, Dayton est retrouvé mort dans son bureau clos, sans la moindre trace de violence dans la pièce, hormis quelques débris de verre d'origine inconnue...

 

 

Quatre ans après The Mysterious Mr. Wong avec Béla Lugosi dans le rôle-titre, revoilà William Nigh à la réalisation d'un film ayant Mr Wong dans son titre, avec qui plus est le rival attitré de Lugosi jouant ce rôle, Boris Karloff en personne. Pourtant, les deux Wong (heureusement, pourraient ajouter ceux qui ont vu le film avec Lugosi) n'ont, à part leur patronyme, aucun rapport si ce n'est d'être des héros de série B de la Monogram. Alors que le premier n'est qu'un vague ersatz de Fu Manchu, le second est un émule de Charlie Chan, appartenant à la vague des détectives asiatiques qui déferla sur les écrans hollywoodiens dans les années 30. Bon, parler de vague serait peut-être un peu exagéré puisqu'en fait il n'y eut que trois "Hercule Poirot" asiatiques : Chan donc, le japonais "Mr Moto" et celui qui nous intéresse ici, James Lee Wong. Néanmoins, à eux trois ils furent les héros de pas loin d'une soixantaine de métrages (les quatre/cinquièmes étant des Charlie Chan). Si tous les trois furent au départ des personnages de la littérature "populaire" (de gare, quoi) seul le plus ancien et le plus célèbre, Charlie Chan, est une adaptation directe du personnage romanesque ; les deux autres (qui n’étaient pas des détectives privés à l'origine) doivent leur arrivée sur les écrans de cinéma plus à une volonté de concurrencer le héros de la "Century Fox" ou au moins de tirer profit de son succès, qu'à la notoriété de leurs avatars d'encre et de papier.


Pourtant, malgré l'aspect opportuniste de sa genèse, on aurait tort de considérer Mr Wong comme un vulgaire ersatz de Charlie Chan. Alors que Charlie Chan, créé par un romancier de gare sinophile (et peut-être aussi cynophile) comme une réponse au démoniaque Fu Manchu, est bourré de stéréotypes "positifs" tels que les Américains en concevaient sur les Asiatiques (mais pas autant que n'en véhiculait dans ses premières aventures le belge Poirot, des stéréotypes sur les Français, précisons-le, sortis du cerveau étriqué de sa créatrice insulaire), ce qui n'est d'ailleurs pas un reproche mais un constat, le Mr Wong incarné par Boris Karloff en est totalement dépourvu.

 

 

Parfait gentleman, diplômé d'Oxford, dont la politesse inaltérable et le flegmatisme en toutes circonstances doivent plus à sa bonne éducation dans les meilleurs collèges britanniques qu'à un atavisme millénaire, Mr Wong ressemble tellement plus à ce qu'était l'acteur qui l'incarne dans le civil qu'à un détective asiatique, que l'on en viendrait presque à oublier son maquillage. c'est d'autant plus vrai que les autres personnages interagissent avec lui comme s'il était luxembourgeois ou WASP pure souche ; pas la moindre remarque xénophobe de la part d'un suspect arrogant que notre héros mouchera à la fin sans en avoir l'air, rien. Et même, d'ailleurs, pas la moindre référence à ses origines asiatiques dans le scénario, si ce n'est la présence d'un factotum/domestique chinois et une robe de chambre exotique, au point que l'on peut se demander s'il s'agit d'une volonté de se démarquer totalement de Charlie Chan ou si le scénario avait été au départ écrit pour un détective lambda et réadapté sans changement.


Le film en lui-même est une petite série B policière assez agréable, avec un aspect whodunit plutôt bien foutu (je défie quiconque de trouver le coupable avant les deux tiers du métrage, même si après c'est évident) qui bénéficie, en plus du décalage temporel, de l'interprétation impeccable de Boris Karloff qui fait très vite oublier son maquillage ridicule. Le faire-valoir policier n'est pas trop balourd et l'aspect censé être humoristique apporté par ses rapports compliqués avec sa fiancée (secrétaire de la première victime) et ses subordonnés un brin bas du front, ne sont pas trop envahissants. En bref, un divertissement agréable.

 

 

Notons que le scénario de Mr Wong, détective fut réutilisé pour un... Charlie Chan quand ce dernier fut repris par la Monogram ("Docks of New Orleans", 1948).
Boris Karloff signa un contrat de six films avec la Monogram : cinq Mr Wong et un film d'horreur, Le singe tueur ("The Ape") avec Ray Crash Corrigan dans le rôle-titre (un des acteurs préférés des rédacteurs de Psychovision). Mais la Monogram, ayant elle-même un contrat avec les distributeurs pour un sixième Mr Wong et Karloff refusant de rempiler pour un personnage dont il estimait avoir largement fait le tour (et aussi le fait que la qualité des films était en baisse constante), remplaça ce dernier par Keye Luke (le mentor de David Carradine dans la série "Kung-Fu") qui devînt ainsi le premier Asiatique à jouer un détective sino-américain.


Un dernier mot, avant de terminer, sur son réalisateur. William Nigh, né de parents allemands à Berlin... dans le Wisconsin, fut l'un des rois de la série B des années 30 et 40, avec plus de 120 films au compteur. Il a été loué pour son professionnalisme et sa capacité à se débrouiller avec de faibles budgets et des délais étriqués. C'était un exécutant capable (et même un peu plus que ça), donc, mais pas un "auteur" ; il fut le réalisateur attitré des vedettes de la Monogram (les six films de Boris Karloff pour cette firme furent tournés par lui), mais il réalisa également des films pour des compagnies plus huppées (toujours des petits budgets, néanmoins).

 

 

Sigtuna

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