Testament du professeur Dowell, Le
Titre original: Завещание профессора Доуэля/ Zaveshchaniye professora Douelya
Genre: Fantastique , Drame
Année: 1984
Pays d'origine: Union Soviétique
Réalisateur: Leonid Menaker
Casting:
Olgert Kroders, Igor Vasilev, Valentina Titova, Natalya Sayko, Aleksey Bobrov, Nikolay Lavrov, Aleksandr Porokhovshchikov...
Aka: Professor Dowell's Testament
 

Dans une vaste propriété située dans une région tropicale, le docteur Kern (ou Korn en VO) et sa collègue Mary Loran poursuivent des expériences sur des animaux, consistant principalement en des greffes de têtes sur des corps étrangers, mais de la même espèce. Tous deux perpétuent en fait les travaux du célèbre professeur Dowell décédé récemment dans un accident de voiture ; mais les crédits viennent désormais à manquer. Lors de la cérémonie en hommage au défunt, Kern reçoit une proposition de financement de la part de deux représentants d'une importante multinationale, à condition que ses expériences passent au stade suivant, l'être humain. Venu lui aussi assister à la cérémonie, le fils de Dowell, devenu reporter de guerre et depuis longtemps en froid avec son père, reçoit les confidences effrayées d'un des vieux employés autochtones de la propriété. Ce dernier soupçonne Kern d'avoir menti sur les circonstances de la mort du professeur Dowell...

 

 

Pour reprendre une expression populaire en ces lieux, je ne saurais dire si j'ai aimé ou pas mais ce film ne m'a pas laissé indifférent. Ou plus exactement, ce métrage m'a laissé une impression mitigée : il y a du bon, il y a du moins bon, et si au final l'aiguille penche plutôt vers le positif on est quand même loin du chef-d'œuvre .
Principal point positif : l'histoire, une très intéressante démarcation / actualisation du mythe de l'apprenti démiurge "frankensteinien", traité avec le sérieux qu'il convient et scientifiquement crédible (même si en y réfléchissant, le fluide vital élaboré par Dowell, sensé à la fois maintenir en vie et actives les têtes coupées et empêcher le rejet de leur greffe sur un corps allogène est peut-être un peu "too much" - deux produits différents pour les deux fonctions différentes aurait mieux convenu - dans le film... ça passe). Le testament du professeur Dowell est d'ailleurs une adaptation de "La tête du professeur Dowell", un roman d'un des plus fameux représentants soviétiques de la littérature SF et fantastique populaire des années 20, Alexandre Béliaev, auteur entre autres de L'homme amphibie, brillamment adapté au cinéma en 1962. Le présent film est fidèle au roman. La principale différence, outre l'actualisation de l'action, étant la transposition du statut de personnage principal de Korn/Kern (dans le livre) à Dowell qui, de victime (dans le livre), devient ici manipulateur. Une excellente idée scénaristique, d'ailleurs.

 

 

Par contre, avoir situé l'action dans un cadre exotique fut une moins bonne idée, car à aucun moment on y croit. Si les extérieurs tournés dans la subtropicale région de Sotchi sur la Mer Noire peuvent parfois faire illusion, le fait de ne pas clairement localiser les lieux (sommes-nous dans une île caribéenne ? en Floride ? aux Bermudes ? En fait, un peu dans un mélange des trois selon les éléments disparates de décors et de costumes) ; et surtout, la présence de toujours la même dizaine de figurants noirs et antillais en arrière-plan, additionnés parfois de quelques Circassiens passés au brou de noix, ôtent rapidement ces illusions.
Autres points négatifs : certains choix de mise en scène assez discutables. Par exemple, pour rendre plus cinématographiques les recherches scientifiques de Korn/Kern (dans le but de retrouver la composition du fluide vital mis au point par Dowell), le réalisateur a recours à un procédé consistant à mettre à l'écran un documentaire animalier "océanique" sous différents filtres (et en négatif) avec en surimpression des formules chimiques (en gros, il anticipe les génériques à la "Seven" qui agrémenteront tous les mauvais thrillers de la fin des années 90), avec comme variation Korn/Kern regardant les dites images sur un moniteur.
Ce qui dans l'absolu n'est peut-être pas une mauvaise idée mais qui, à force de répétition, devient très vite fastidieux.

 

 

Dans le même souci de dynamiser les séquences les plus statiques et d'instiller un sentiment de malaise, Leonid Menaker a recours à des mouvements de caméra pas toujours bien maitrisés et pas toujours élégants, mais qui atteignent en partie le but fixé : on ne s'ennuie jamais et le sentiment de malaise est bien présent, malgré l'absence totale d'effets gore ou horrifiques. Mais il faut bien reconnaitre que (en tout cas sur ce film-là) Leonid Menaker était loin d'être un virtuose de la caméra, pour preuve la scène foireuse de la fusillade dans un bar.
Notons que, comme souvent dans les films de genre soviétiques des années 80 (et de l'ancien bloc communiste en général), sourd une espèce de parfum poisseux, une impression de grisaille terne, un sentiment de malaise (on est loin des optimistes et pimpants films de SF et d'Heroïc-Fantasy des années 60) qui ici sied parfaitement au Testament du professeur Dowell.
Le sujet et la date de production du film font inévitablement penser à l'américain "Reanimator" qui sortira un an plus tard. En fait, les deux métrages n'ont rien à voir ; non seulement les scénarios sont différents mais en plus leur traitement est à l'opposé : pas d'aspect parodique ni d'effet gore, ni le moindre soupçon d'érotisme ici (ce qui n'est pas un reproche, les qualités du film étant différentes même si l'on peut regretter que ce ne soit pas Barbara Crampton qui incarne Ève). Par contre, on retrouve quelques similitudes avec La Femme nue et Satan de Victor Trivas, et il est fort probable que ce dernier, qui était russophone, se soit inspiré du roman d'Alexandre Béliaev pour le scénario de ce film de 1959.

 

 

Quoi qu'il en soit, c'est sans doute le succès de "Reanimator", en particulier sur le marché de la vidéo, qui permettra la sortie en VHS du Testament du professeur Dowell (resté inédit en salles hors COMECON) en France et un peu partout dans le monde. Ce sera d'ailleurs l'une des plus grosses ventes en France sur ce support d'un film soviétique, grâce aussi à un doublage français plus que correct (reprise sur le DVD Ruscico), ce qui était hélas relativement rare.
Un mot sur l'interprétation, dans l'ensemble digne d'éloges, et dominée par le vétéran letton Olgert Kroders dans le rôle hors normes du professeur Dowell. Descendant de barons baltes, ce qui lui valut quinze ans de goulag sous Staline, Kroders fut surtout un grand nom du théâtre de Riga, mais aussi l'un des acteurs fétiches de Leonid Menaker, jouant dans la plupart de ses films.

Sigtuna

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