Fille en laisse, La
Titre original: Pets
Genre: Erotique , Thriller , Drame
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Raphael Nussbaum
Casting:
Ed Bishop, Joan Blackman, Candice Rialson, Teri Guzman, Brett Parker, Roberto Contreras, Berry Kroeger...
Aka: Submission
 

A la suite d'une violente altercation avec son frère dans les faubourgs de Los Angeles, Bonnie s'enfuit dans les rues désertes en pleine nuit. Son escapade va l'amener à rencontrer diverses personnes. D'abord Pat, une black qui voit en Bonnie, belle bonde plantureuse, l'instrument idéal pour piéger le premier homme riche venu. L'occasion se présente d'ailleurs assez vite avec un quadragénaire, qui va se retrouver ligoté en rase campagne et dépouillé de son argent. Mais Pat double sa complice d'un jour et file à l'anglaise. Bonnie, seule et sans argent, est un peu plus tard prise sur le fait pour vol à l'étalage. Mais heureusement pour elle, une femme lui sauve la mise, Geraldine, qui est artiste peintre. Celle-ci l'invite chez elle. Les deux femmes sympathisent, elles ont même une liaison. Bonnie pose pour Geraldine, et le tableau, une fois achevé, est exposé dans la galerie d'art de Vincent Stackman, un personnage pour le moins étrange, qui achète le tableau et tombe sous le charme de Bonnie.

 

 

Pets ("Animaux domestiques", si l'on traduit littéralement) fut réalisé par un metteur en scène relativement méconnu, Raphael Nussbaum. Né en Allemagne et mort aux Etats-Unis dans une indifférence quasi-générale, l'homme peut être considéré comme un autodidacte, dans la mesure où il produisit et scénarisa la plupart de ses oeuvres. Son parcours est assez atypique, s'étalant sur trois décennies, mais avec au final neuf films au compteur. Des longs métrages qui sont restés pour la plupart confidentiels, puisqu'en France trois seulement connurent les honneurs de la distribution, en salles ou en vidéo : "Kommando Sinai" (1968), Pets (exploité chez nous sous le titre La fille en laisse) et enfin "Aux portes de l'enfer", qui marquera en 1991 la fin de la carrière de Nussbaum dans le 7ème Art (il décédera deux ans plus tard).
Cela étant, même avec une filmographie assez courte, l'homme a touché à plusieurs genres, du drame à l'horrifique, en passant par le film de guerre et la comédie musicale érotique (!!!) avec "The Amorous Adventures of Don Quixote and Sancho Panza". Et puis, donc, le film qui nous intéresse ici : Pets.

On peut distinguer deux parties dans La fille en laisse, relativement équilibrées dans le temps : avant Stackman et avec Stackman. La première partie ressemble un peu à un road movie, avec un préambule amorçant un côté blaxploitation (Bonnie parvient à échapper à son frère grâce à l'intervention d'une bande de noirs) qui se prolonge lorsque notre héroïne sympathise avec Pat. Cet épisode, la brève complicité entre Bonnie et Pat, permet de développer certains traits de caractère de la "fugueuse" : un penchant pour la petite délinquance, une forme de candeur (elle ne veut pas que le quadragénaire soit brutalisé, qu'on fasse du mal à son petit chien, et le fait qu'elle se fasse duper en beauté par sa partenaire), mais aussi son physique fort avenant (elle a d'ailleurs conscience que son corps est une "arme de destruction massive").

 

 

Ensuite, vient la rencontre avec Geraldine, l'artiste peintre, qui va être le lien avec Vincent Stackman et de ce fait le coeur de l'intrigue. La partie centrée sur les deux personnages féminins approfondit encore la personnalité de Bonnie, à savoir qu'elle n'est pas fiable, et encore moins intuitive (contrairement à Geraldine).
La seconde partie entraîne le spectateur dans une sorte de huis-clos concentré sur trois lieux : la maison de Geraldine, la galerie de peinture, et enfin le domaine de Vincent Stackman. Dès lors, on n'a plus un seul personnage central mais trois, ceci jusqu'au dénouement final, s'achevant de manière assez imprévue mais néanmoins crédible. Le spectateur découvre au fur et à mesure la personnalité trouble de Stackman, et le fait qu'il ne se contente pas de collectionner uniquement des tableaux. C'est un être ambigu, capable de se montrer tour à tour généreux puis cruel. Mais c'est avant tout un pervers refoulé, un véritable cas d'école.

Après avoir vu La fille en laisse, on sera tenté d'établir un parallèle avec "La Prisonnière" de Henri-Georges Clouzot, tournée en 1968. Les deux films, au niveau du fond, entretiennent en effet pas mal de ressemblances : un homme complexé et pervers propriétaire d'une galerie d'art, la similitude des perversions développées (soumission, domination, fétichisme, complexe d'impuissance... des thèmes majeurs du pinku eiga, également), la folie (désir refoulé), le triangle amoureux, la jalousie comme révélateur du comportement et enfin la soumission consentie du personnage féminin (Bonnie dans le cas présent).
Cela étant, en ce qui concerne la forme, Pets diffère complètement de l'oeuvre de Clouzot. Le film de Nussbaum est un film d'exploitation typique de l'Amérique de cette époque, mais attention : Pets fait partie du haut du panier en la matière, pour plusieurs raisons.

 

 

D'abord, la structure du film est cohérente, l'intrigue montant crescendo, avec un minimum de personnages qui sont bien développés. Les scènes s'emboîtent les unes avec les autres avec cohérence, grâce à un scénario que l'on sent travaillé. Cela se sent d'ailleurs au niveau des dialogues, pertinents, qui permettent d'affermir la personnalité de chaque protagoniste (même les rôles secondaires). Rien n'a été laissé au hasard, depuis l'évolution des rapports entre les personnages jusqu'à la photographie, tout aussi soignée que le reste. On peut dire que Raphael Nussbaum a bien "fait le boulot", comme on dit, et en plus il a réuni une brochette d'acteurs pas forcément connus mais par contre tous convaincants.
Car le casting, c'est parfois un point faible dans le cinéma d'exploitation. Des acteurs pas dans le ton, qui jouent faux, ou pas concernés. Dans La fille en laisse, rien de tout cela. Le trio de base Bonnie/Vincent/Geraldine joue à la perfection, pas la moindre fausse note à relever. Si bien qu'on en vient à oublier parfois qu'on se trouve dans une série B, et que l'on croirait être, par moments, dans un thriller ou un drame plus "ambitieux".

Après plusieurs apparitions dans des séries TV, la carrière de Joan Blackman (Geraldine) prend de l'ampleur au tout début des sixties, se retrouvant à jouer les premiers rôles au côté de Jerry Lewis, Tony Curtis puis Elvis Presley en deux occasions. Ensuite, elle alterne entre cinéma et télévision, mais pour des productions plus confidentielles, et la suite de sa carrière sera plus anecdotique, comme son petit rôle dans "Frissons" de David Cronenberg.
Contrairement à Joan Blackman, qui a suivi une filière plutôt" classique", si l'on peut dire, Candice Rialson fut quant à elle une icône de la sexploitation, durant une période assez brève, soit environ quatre années. La fille en laisse, c'est elle, et c'est son premier grand rôle marquant. Un rôle qui va la faire remarquer dans ce créneau, si bien qu'on la verra dans des films comme "Candy Stripe Nurses", "Mama's Dirty Girls", "Summer School Teachers", "Hollywood Boulevard" et "Chatterbox" (sur un thème proche du film de Claude Mulot, Le sexe qui parle), des films où l'on retrouve parfois le nom de Corman à la production, qu'il s'agisse de Roger ou de sa femme Julie.

 

 

Dans Pets, on peut dire qu'elle crève littéralement l'écran, mais pas seulement pour sa très belle plastique, car elle joue également très bien, faisant jeu égal avec Joan Blackman et Ed Bishop.
Et puisqu'on en parle, Ed Bishop, qui campe l'énigmatique et inquiétant Stackman, s'avère parfait pour le rôle, à la manière d'un John LaZar dans "Beyond the Valley of the Dolls". Que ce soit par les mots ou simplement par les expressions de son visage, Bishop, vu dans "Invasion : UFO", "Danger, planète inconnue" ou encore Games Girls Play, compose un dépravé sexuel de premier ordre, et dont le manoir isolé exprime à merveille toute l'étendue de sa perversion.

Rajoutons à cela que le film a eu la chance de bénéficier d'un très bon doublage lors de son exploitation française (ce qui fut loin d'être toujours le cas pour de telles productions), et on peut dire finalement que Pets est une réussite du cinéma d'exploitation US, donnant satisfaction sur tous les plans, depuis le scénario jusqu'à la réalisation en passant par l'interprétation (même les figurants, comme Roberto Black Samouraï Contreras ou Berry Nightmare in Wax Kroeger sont parfaits).
Et ce n'est pas le thème musical principal, une chansonnette sirupeuse, qui viendra gâcher le plaisir total à visionner La fille en laisse, co-produit il est vrai par Mardi Rustam, un spécialiste dans le genre puisque l'on retrouve son nom à travers des oeuvres comme "Psychic Killer", "Le crocodile de la mort" et "Demon's Night".

 

 

Flint



En rapport avec le film :

# La VHS DIA, quasi introuvable... et malheureusement incomplète (il manque notamment la scène très drôle du chien qui fait du deltaplane... sans deltaplane !)

A des fins plus completistes à propos de la VHS, notons qu'il y manque :

 

02'39 : La bagarre entre le frère et le gang de Blacks

20'36 : Bonnie qui discute avec l'homme kidnappé pendant que Pat est partie

27'09 : Pat qui essaie d'apprendre à voler au chien

27'32 : Suite de la discussion entre Bonnie et l'homme

01h09 : Geraldine vient rendre visite à Stackman, puis Stackman discute avec Bonnie qui s'est cachée chez lui.

 

A noter encore que la VHS française contient une très courte scène de Bonnie et Geraldine dans une fête foraine, scène qui est uniquement proposée en bonus sur le DVD américain, étant donné que la pellicule utilisée est très abîmée. Une autre scène, encore plus abîmée y figure : le quadragénaire, de retour chez lui, qui raconte, à sa façon, sa mésaventure à sa femme...

 

* Sur VHSdb


# d'autres visuels de VHS étrangères :

 

 

 

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