Barquero
Genre: Western
Année: 1970
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Gordon Douglas
Casting:
Lee Van Cleef, Warren Oates, Kervin Mathews, Forrest Tucker, Mariette Hartley, Marie Gomez, John Davis Chandler...
 

Jake Remy et sa bande de hors-la-loi pillent la banque d'une petite ville et volent un chariot rempli de fusils à des militaires, tuant au passage de nombreux soldats ainsi que des civils, même désarmés. Forts de la réussite de leur raid meurtrier et lucratif, ils se mettent en route vers le Mexique, bien décidés à y trouver refuge après avoir traversé le fleuve qui les en sépare. Problème : le fleuve est large et profond, et il n'y a pas de gué à l'horizon. Il faut donc emprunter le bac qui relie les deux rives mais le passeur, le barquero, un certain Travis, est un dur à cuire qui n'est pas décidé à collaborer avec ce ramassis de tueurs sans scrupules... La barge étant de l'autre côté de la rive, Remy se trouve piégé et un bras-de-fer à distance s'engage entre Travis et lui...

 

 

L'idée de base en vaut une autre et, surtout, permet d'insuffler une tension croissante chez les desperados dont le chef est comme un baril de poudre humain, toujours au bord de l'explosion. La présence de gueules de salopards chez les bandits contraste nettement avec l'aspect lisse de la petite population locale que Travis a pris sous son aile d'aigle protecteur, au grand désarroi de son vieil ami Phil qui ne comprend pas l'intérêt qu'il peut avoir pour ces squatters qui apportent la civilisation dans ces lieux de liberté sans barbelés ni fermiers.
Et l'idée de mettre face à face mais en les séparant par un cours d'eau deux tempéraments très différents mais de carrures égales fonctionne parfois tout en laissant grandement sur sa faim. Il manque de vraies scènes de confrontations directes entre Remy et Travis, leur affrontement à distance finissant par lasser. Et il manque également beaucoup d'autres choses dans ce film, pour convaincre et séduire sur la durée. D'abord, un peu de cohérence dans le scénario. Au tout début, Remy envoie trois de ses sbires en éclaireurs au point de passage et ceux-ci traversent le fleuve avec Travis, mettant la barge du côté mexicain, du mauvais côté pour Remy et ses hommes, donc. Pourquoi ? Je n'ai toujours pas compris et les trois affreux ne sont plus là pour nous l'expliquer, ayant tâté du couteau de Phil.

 

 

Au niveau de l'histoire, on décroche assez vite également puisque le début, pétaradant, des combats entre la bande de Remy et les habitants et les soldats du petit bled qu'ils pillent, n'offre que peu d'intérêt. On ne connait quasiment aucun personnage, ou si peu, et il est donc difficile de se laisser embarquer dans cette frénésie meurtrière et d'en frémir, d'autant que les fusillades sont assez mal torchées et ont tendance à s'éterniser.
Les personnages eux-mêmes, souvent très caractérisés, ont du mal à sortir de leurs costumes trop typés ou décalés mais sans relief (le français Marquette qui parle parfois in french mais avec l'accent américain...). Remy est trop cinglé et Travis trop sûr de lui, sans que l'on sache vraiment quel passé il a pour s'être forgé cette dimension de sauveur barquero. Les deux femmes de l'histoire, la rude Nola, femme de Travis, et la plus civilisée Anna, manquent elles aussi d'une confrontation directe. Et Phil est un peu trop... trappeur de cinéma pour être vrai. A la lecture de ces lignes, on pourrait croire que ce Barquero mériterait de sombrer dans le fleuve de l'oubli mais ce serait un peu exagéré, quoique...

 

 

A la caméra, le vétéran Gordon Douglas (Des monstres attaquent la ville, F comme Flint, entre autres), alterne des scènes réussies et d'autres beaucoup moins. Les cadrages sont parfois intéressants et les gros plans nombreux, l'influence du western spaghetti ayant fait son oeuvre plus que probablement. Il offre, en tout cas, à ses personnages principaux, en particulier à Remy, un vaste espace d'expression. Remy, justement, est trop fou et entêté pour que l'on puisse croire en lui. Et Warren Oates (vu notamment chez Peckinpah mais aussi dans L'homme sans frontière, de Peter Fonda, ou Course contre l'enfer, avec Peter Fonda) donne l'impression de devoir cabotiner pour faire vivre ce bandido désespéré. Travis, au contraire, est trop sage et trop calme. Incarné par Lee Van Cleef, qu'on ne présente plus, il nous déçoit assez vite à se contenter de tirer sur la corde pour faire avancer sa barge, fumer sa pipe ou conter fleurette à la femme d'un squatter... Un peu comme son ami Phil, le spectateur en vient à se demander pourquoi il reste là, à jouer les bergers de moutons humains alors qu'il est un loup. Qui a limé ses crocs hélas...

 

 

Au final, on ne retient finalement pas grand-chose de ce médiocre Barquero et on regrette quand même que la rencontre entre Warren Oates et Lee Van Cleef se soit faite à distance, un fleuve les séparant. L'Ouest sauvage y vit ses derniers soubresauts avant de se civiliser mais, malheureusement, ne nous offre guère cette fois ci une bien belle histoire, sauvage et convaincante.


Bigbonn

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