A Night to Dismember
Genre: Horreur
Année: 1983
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Doris Wishman
Casting:
Samantha Fox, Dianne Cummins, Saul Meth, William Szarka, Miriam Meth, Frankie Sabat...
 

Tim O'Malley, détective de sa profession, nous raconte la tragédie ayant eu lieu le 15 octobre 1986 dans la famille Kent et sur laquelle il a enquêté. On boit un verre d'eau, on respire un grand coup, on écoute attentivement le monsieur et on tente de remonter le fil des événements. Le premier frère Kent avait deux filles, Suzan et Bonnie. La première a massacré de bon matin sa soeur par jalousie avant de tomber accidentellement sur sa propre hache. Le second frère Kent (étrangement jeune) a fait assassiner en début d'après-midi sa femme Lola par un ancien détenu pour toucher son assurance vie puis s'est pendu après être passé aux aveux. Enfin chez Adam, l'aîné de la fratrie Kent, ce même jour ne fut pas meilleur. Cinq ans auparavant sa fille Vicki avait été internée en hôpital psychiatrique pour avoir sauvagement trucidé deux garçons du voisinage. Elle sort donc de l'asile en octobre 1986. Mais son frère Billy et sa soeur Mary n'entendent pas accepter sous le toit familial une tueuse psychopathe. Ainsi ils décident de faire rechuter Vicki dans la folie pour la réexpédier au plus vite d'où elle vient. Pour ce faire Billy s'amusera à la terrifier avec des déguisements d'halloween tandis que Mary la harcèlera plus sournoisement en lui signifiant, par exemple, qu'elle lui a piqué son petit copain Frankie. Celui-ci n'est d'ailleurs ni avec l'une, ni avec l'autre des soeurs Kent, mais avec une dénommée Sandy. Bref, passons. Le 15 octobre approche et si vous avez suivi le début de l'histoire (chapeau bas !), vous comprendrez qu'il y a un massacre à la clé. La fragile Vicki va-t-elle fondre les fusibles une nouvelle fois et découper son entourage en rondelles ?

 

 

Pour réussir à vous livrer cette explication passablement bancale des relations entre les personnages et de ce qu'il leur arrive, il m'a fallu pas moins de cinq visionnements des 20 premières minutes du film avec prise de notes, c'est vous dire à quel point A Night to Dismember est bordélique ! Dans l'enchevêtrement sans queue ni tête de scènes enchaînées à toute allure et qui semblent provenir de plusieurs dizaines de bobines différentes, la voix off du détective peine à défricher un vague sentier à la logique. Toute notion de continuité est absente, plusieurs acteurs, parfois sans aucune ressemblance physique, se partagent le même rôle et les rares dialogues (tous ne sont pas audibles) qui parsèment le film ont été majoritairement assurés en post synchronisation par deux voix pour l'ensemble des personnages. Mais ce n'est pas tout, histoire de larguer un peu plus le pauvre spectateur qui n'en demandait pas tant, plusieurs scènes de rêves et de délires psychotiques s'intercalent là où on ne les attend pas. Et comme si tout cela était encore trop limpide, la bande-son vient parfaire le chaos ambiant en mélangeant dans tous les sens possibles et sans aucune transition des musiques rarement adaptées aux circonstances qui se retrouvent souvent à se chevaucher, jusqu'à trois à la fois ! Ici la folie ne forme qu'un seul bloc compact de la première à la dernière minute et il est assez difficile d'en tirer des moments représentatifs. Néanmoins, parmi les passages les plus improbables, on ne peut passer à côté du cauchemar de Mary dans lequel elle se prend des dizaines de coups de couteau, de hache et de pic à glace avec une alternance d'effets "négatif" sur fond de musique d'ascenseur et de gémissements langoureux en guise de hurlements de douleur. En règle générale, aucune description ne saurait rendre justice au spectacle, il faut le vivre pour le croire.

 

 

Comment a-t-on pu en arriver à un tel sabotage de toutes les conventions cinématographiques ? Alors qu'on pourrait croire ce jeu de massacre tourné par un étudiant en école de cinéma avide de prouver toute l'étendue de sa créativité révolutionnaire ou par un amateur de détournements narquois, c'est pourtant bien Doris Wishman, la grande dame de l'exploitation américaine, auteur des inénarrables Nude on the Moon, "The Amazing Transplant", "Let me Die a Woman", Mamells'Story et Super Nichon contre Mafia, pour ne citer qu'eux, qui se trouvait aux commandes. Non pas que sa filmographie ait brillé d'une quelconque manière par la finesse et la rigueur, mais jamais elle ne s'était lâchée à ce point. En fait le labo en charge de développer les bobines a perdu la moitié des rush. Comme le veut l'adage, un sou est un sou et il fallait bien revenir sur son (maigre) investissement. Alors, au cours des 4 années suivantes, les bribes restantes ont été remontées dans le chaos et agrémentées de nouvelles scènes filmées au pas de course avec ce qui se trouvait sous la main. Les seuls subterfuges pour donner de la continuité au rafistolage consistaient à se concentrer le plus possible sur le dos et les pieds des nouveaux acteurs et à couvrir les évènements avec la voix off du détective omniscient. Ceci peut expliquer que le globiboulga obtenu au final explose toute tentative volontaire de non-sens et laisse le spectateur le mieux disposé complètement pantois, mais ça ne l'excuse en rien : aussi loin qu'on puisse pousser la présomption d'innocence, on ne parvient pas à imaginer que le Z original ait pu tenir debout.


Et c'est tant mieux ! Au lieu d'un énième slasher érotique au rabais, c'est à une expérience au-delà du réel que nous avons droit. A Night to Dismember se révèle donc un objet fascinant et même indispensable à tout collectionneur d'incongruités sur pellicule. Beaucoup le subiront comme un moment très pénible de non-cinéma, certains le savoureront comme une valeur sûre du nanar horrifique rivalisant sans peine avec les bisseries turques les plus hystériques et d'autres, mais c'est moins certain, le glorifieront peut-être comme une oeuvre d'art expérimentale de choix. Accessoirement ce film peut faire office d'alcootest : si vous le comprenez, ne prenez pas le volant.

 

 

Princesse Rosebonbon

 

A propos du film :

# Le film est sorti en dvd Z1 chez Elite Entertainment aux US en 2001 agrémenté d'une piste "commentaires" à la hauteur de l'oeuvre dans laquelle Wishman et Davis Smith échangent insultes, reproches et, à l'occasion, anecdotes de production.

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