Montclare : Rendez-vous de l'horreur
Titre original: Next of Kin
Genre: Horreur , Thriller
Année: 1982
Pays d'origine: Australie / Nouvelle-Zélande
Réalisateur: Tony Williams
Casting:
Jacki Kerin, John Jarratt, Alex Scott, Gerda Nicolson, Charles McCallum...
Aka: Hell House
 

Linda Stevens hérite d'une maison de retraite après la mort de sa mère, la pension est située en pleine campagne australienne dans le bush. Une fois arrivée à la pension, elle sent qu'il s'y passe des choses anormales et commence à craindre pour sa vie...

 

 

Production un brin atypique entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande (le réalisateur est néo-zélandais), Next of Kin eut les faveurs d'être primé au Festival du Film Fantastique de Paris en 1982. On la doit à Tony Williams dont c'est le second et dernier film de fiction pour le cinéma après "Solo", un drame romantique réalisé en 1978 ; il ne reprendra la caméra qu'en 2013 et 2014 pour deux documentaires successifs : "A Place Called Robertson" et "The King Sun : John Olsen a Portrait at 85". On note au passage qu'outre Tony Williams, Montclare est scénarisé par Michael Heath, légèrement plus affûté dans le domaine horrifique, au sortir du script de "L'épouvantail de mort" et avant de collaborer à celui de "Death Warmed Up". Quant à Tony Williams, son implication en amont, le fait qu'il ait produit avec ses propres deniers son premier film, en plus d'expériences en tant que chef-opérateur dans les années 60, laissent penser qu'on a affaire à un cinéaste personnel qui, pour le coup, nous livre un Ozploitation dans la pure mouvance de ce que la nouvelle vague australienne a pu amener durant les années 70. Il n'est donc pas étonnant de retrouver Next of Kin cité et son réalisateur interviewé dans le documentaire faisant autorité en la matière : "Not Quite Hollywood : The Wild, Untold Story of Ozploitation !".

 

 

Pourtant, Next of Kin ne surfe pas forcément sur les influences du cinéma australien de l'époque et arbore d'entrée des airs atmosphériques plus proches de certaines bandes états-uniennes indépendantes. Durant une longue partie du film il n'est pas interdit de penser à des oeuvres telles que Let's Scare Jessica to Death ou Messiah of Evil.
Outre l'indéniable influence de "Shining", de par les visions de Linda, on peut en premier lieu parfaitement assimiler Montclare : Rendez-vous de l'horreur au fameux Carnival of Souls de Herk Harvey. En effet, la maison de retraite dont hérite notre héroïne, qui va devenir un milieu de rêves et de cauchemars éveillés, évoque fortement la longue errance du personnage de Mary Henry dans la petite ville funèbre de Salt Lake City où elle vient de s'installer.
Après une mise en bouche où le final nous est révélé dès le départ sans qu'aucune explication nous soit donnée et pour mieux repartir au point de chute, Next of Kin se fige malheureusement. Le spectateur n'a strictement aucun point d'attache. Les raisons poussant Linda vers l'obsession, évoluant peu à peu vers la crainte indicible d'on-ne-sait-quoi ni d'on-ne-sait-qui, ce sentiment d'être surveillée ainsi que de revivre en ces lieux ce que sa mère ressentit autrefois (en lisant dans le même temps le journal qu'elle tenait jadis), offre matière à pèlerinage fantastique bienvenu en même temps qu'il est scindé en deux par des pôles trop extrêmes : un mystère planant évoquant la maison hantée ; de l'autre, une intrigue on ne peut plus basique et terre-à-terre au sein de laquelle les fantômes du passé s'avèrent être tout à fait réels.

 

 

Durant une bonne moitié de bobine, Next of Kin avance à pas feutrés, lentement, nous laissant seuls avec la jeune femme en plein drame psychologique, avec ses démons.
Bien entendu nous soupçonnons, de par ses visions et cauchemars récurrents, l'arrivée imminente d'un phénomène surnaturel, éventuellement d'un passé meurtrier qui ressurgirait. Les êtres qu'elle aperçoit, mi-morts, mi-vivants, font écho aux pensionnaires de l'établissement et confèrent au film des allures de longue marche vers une mort inéluctable. Cette petite fille et ce ballon rouge qui revient par deux ou trois fois, entre les mains d'une jeune fille, ce même ballon rebondissant sur les escaliers, cette vieille personne à moitié décomposée, dans un lit, puis dans une baignoire, sont des pistes assez malignes dont on trouve trace dans des classiques antérieurs de maisons hantées, The Changeling pour le plus évident, "Shining" bien entendu (la vieille femme flétrie sortant de la baignoire), d'autant que les couloirs y sont ici filmés d'une manière similaire, lui renvoyant l'ascenseur sans flot de sang, si je puis dire...

Pourtant, force est de constater que cette bonne moitié de film finit par tomber un peu à plat : il manque à Next of Kin une électricité statique. Au lieu d'aller crescendo, la tension demeure inéluctablement au même niveau, tant et si bien qu'au bout d'un moment, à force d'assister aux tourments pour le moins répétitifs de Linda, on pourra se lasser d'attendre qu'on veuille bien donner sens à tout cela.
Et lorsque les raisons seront dévoilées, lorsque les racines du mal seront mises en lumière, elles s'avéreront aussi brutales que peu mystérieuses au point de légitimement se sentir (en tant que spectateur) mené en bateau depuis le début.

 

 

Egard à ses influences (Carnival of Souls, L'enfant du diable, "Shining") et bien qu'évoluant sur une excellente musique signée Klaus Schulze (l'élément donnant le plus d'indications sur l'identité et les intentions du film... en gros de l'horreur intimiste atmosphérique), il est étonnant de se retrouver d'un coup d'un seul devant des révélations faisandées, de celles qu'on a vues trop de fois. Du coup, à rebours, la (trop) longue et (trop) lente première partie de film apparaît comme meilleure qu'on ne l'eut cru, et l'on repart avec le sentiment qu'elle ne méritait pas un tel sort.

Soit, la seconde partie n'est pas mal troussée pour autant, soit, elle relance aussi un segment qui s'essoufflait et finissait par manquer d'emprise, soit, c'est le moment où toute la violence, retenue jusqu'à présent, éclate, seulement, entre-temps, si Next of Kin a gagné en rythme, il a perdu toute sa part de mystère qui faisait son prix jusque là.
Bien sûr encore, on pourrait le défendre en évoquant les thèmes qu'il traite, l'enfance, les souvenirs douloureux, la solitude des êtres, la peur de la mort et de la décrépitude des corps mais, à l'instar du thème du deuil (celui de l'enfant ou de l'être aimé par exemple), on peut tout aussi bien trouver ces thèmes déjà éculés en 1982. A chacun de voir.

Next of Kin n'est pourtant pas un mauvais film. Il a ses qualités et l'on peut qualitativement le situer dans une moyenne horrifique d'époque plus qu'honorable. On a également le droit d'ergoter et de se dire que s'il était produit aujourd'hui, on ne serait pas forcément tendre avec lui...

 

 

Mallox

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