Caresses à domicile
Titre original: A.A.A. Massaggiatrice bella presenza offresi...
Genre: Erotique , Giallo , Thriller
Année: 1972
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Demofilo Fidani
Casting:
Paola Senatore, Howard Ross, Giancarlo Prete, Simonetta Vitelli (aka Simone Blondell), Ettore Manni, Franco Ressel, Carlo Gentile, Hunt Powers (aka Jack Betts), Yvonne Sanson...
Aka: A.A.A. Masseuse, Good-Looking, Offers Her Services
 

Comme beaucoup de jeunes femmes, Cristina Graziani (Paola Senatore) étouffe dans l'appartement bourgeois de ses parents, et rêve de s'émanciper. Elle finit par couper le cordon ombilical, après une conversation avec sa mère, cette dernière comprenant la situation même si elle a du mal à l'accepter. Cristina quitte le domicile familial, sans que le père soit au courant, et va s'installer dans un autre quartier de Rome, au domicile d'une amie, Paola (Simonetta Vitelli).
Afin de gagner un peu d'argent, elle répond à une annonce dans un journal et c'est ainsi qu'elle se retrouve au pieu avec son premier client, un adepte du culturisme plutôt sympa, qui lui conseille de continuer dans cette voie. Peu de temps après, Christina fait la connaissance d'Oskar (Howard Ross), une petite frappe qui va finalement devenir son souteneur, malgré un premier contact plutôt froid. Oskar a l'avantage de posséder un carnet d'adresses bien rempli, avec les noms de certains notables de la capitale friands de femmes comme Cristina : jeunes, jolies et douées pour certaines choses. La belle se rend compte qu'Oskar reste un moyen plus sûr de se faire facilement de l'argent, plus efficace qu'en passant des annonces spécialisées dans la presse.
Le premier rendez-vous arrive très vite, chez un professeur d'université raffiné nommé D'Angelo (Franco Ressel). Un homme de goût et qui paie bien, voilà qui n'est pas pour déplaire à Cristina, même si elle doit reverser la moitié de ses gains à Oskar. Tout irait pour le mieux, mais voilà que tour à tour, Marco, le petit ami de Cristina, vient la harceler, et celui de Paola lui fait du rentre-dedans. Ensuite, c'est son père (Hunt Powers) qui lui ordonne de revenir à la maison, de manière assez violente. Mais les ennuis commencent sérieusement lorsque la police trouve le cadavre de D'Angelo dans ses appartements. Il apparaît que l'homme a été égorgé peu de temps après son rendez-vous avec Cristina...



Au rang des gialli tombés dans l'oubli mais convoités par les amateurs de thrillers transalpins figure, entre autres, ce "Caresses à domicile", dont on peut bien se demander, quand on ne l'a pas vu, s'il s'agit bien d'un giallo, eu égard à son titre français (et même son titre original, d'ailleurs). Eh bien, en réalité, il n'est pas usurpé de le classer dans cette catégorie, même si le film emprunte également à l'érotique et à la chronique de mœurs. "Caresses à domicile" fait partie de ces films qui ont été très peu distribués, autant dans son pays d'origine qu'à l'étranger. On recense une distribution tardive dans quelques salles italiennes (puis, de rares diffusions à la télévision), un passage éclair dans les salles françaises en décembre 1973, le film étant caviardé de surcroît d'inserts pornos dans notre pays, si l'on en juge le commentaire laissé par le chroniqueur dans "La Saison Cinéma 74" (pourtant, fin 73, les inserts pornos n'étaient pas encore "à la mode", il s'agissait là, peut-être, d'une première). Après, plus rien, si ce n'est une K7 italienne... bref, la misère. Cela étant, avec de la patience (et un réseau de connaisseurs), on arrive parfois à mettre la main sur de tels films, et pouvoir enfin juger sur pièces si ceux-ci méritent ou non de rester dans les limbes du Septième Art.
Et, dans la mesure où le réalisateur a pour nom Demofilo Fidani, on est en droit effectivement de se poser des questions, vu que le cinéaste n'a pas vraiment une bonne réputation. Souvent caché derrière une foule de pseudonymes, on aurait tendance à penser que le cinéaste a laissé derrière lui une filmographie imposante. Ce qui n'est pas le cas, puisque l'homme a mis en scène une vingtaine de films entre 1967 et 1976 (ce qui est déjà pas mal), les deux tiers étant des westerns spaghettis pas réputés pour être des classiques dans le genre. En dehors des westerns, Fidani a touché à l'érotisme en fin de carrière avec "Burning Lips", dans lequel on retrouvait Claudine Beccarie et la sulfureuse Leonora Fani, et une sexy-comédie ("La professoressa di lingue") avec Femi Benussi. Mais on se rappelle surtout de son mémorable "Karzan", réalisé en 1972, véritable fleuron du bis.



En cette même année 1972, Demofilo Fidani réalise donc ce "Caresses à domicile", l'un des seuls films qu'il ait signé de son nom véritable. On retrouve au générique sa femme, Mila Vitelli Valenza, en tant que scénariste et responsable des costumes, de même que sa fille, Simonetta Vitelli (qui jouait également dans "Karzan"). Sous le pseudonyme de Simone Blondell, cette jolie blonde a fait une carrière honorable dans le cinéma de genre, même si on l'a surtout aperçu dans les films de papa, mais aussi dans l'inoubliable "Château de Frankenstein" de Ramiro Oliveros, qui est un peu au film d'horreur ce qu'est "Karzan" au cinéma d'aventures. Ce thriller est donc un peu une histoire de famille, comme la plupart des autres œuvres de Fidani, dans lequel on recense néanmoins une distribution prestigieuse.
Dans "Caresses à domicile", on retrouve en effet quelques figures incontournables du cinéma bis italien, tels Howard Ross ("L'île de l'épouvante", "Le manoir aux filles", "La louve sanguinaire", "L'immoralita", "L'éventreur de New-York"), Ettore Manni ("MKS 118", "Sella d'argento"), Carlo Gentile (qui jouait un flic dans "Nuits d'amour et d'épouvante" et "La mort caresse à minuit"), Giancarlo Prete ("Satanik", "La tarentule au ventre noir", "Les nouveaux barbares") et Franco Ressel ("Le mercenaire", "L'oeil du labyrinthe", "Les diablesses", "... a tutte le auto della polizia") ; sans oublier un autre habitué de la famille Fidani, bien qu'il ne soit pas italien, puisqu'il s'agit de l'américain Hunt Powers (aka Jack Betts), que l'on a pu voir dans pas mal de séries TV avant qu'il ne fasse sa parenthèse transalpine.
Mais "Caresses à domicile" repose avant tout sur les épaules, et même le corps entier, de Paola Senatore, dont c'est ici le deuxième long métrage, après une première apparition en 1970 dans un obscur Robin des Bois signé José Luis Mérino. Paola, ravissante rousse, est un peu la spécialiste du giallo invisible ou presque, puisqu'elle a joué également dans "The Flower With The Deadly Sting" et "The Killer Reserved Nine Seats", qui ne sont pas les thrillers les plus répandus, vous en conviendrez. On la connaît surtout, en fait, pour ses rôles déshabillés, notamment dans des Joe D'Amato ("Emanuelle in America", "Les amours interdites d'une religieuse"), et dans quelques sexy-comédies. Au début des années 1980, elle tourne dans "La secte des cannibales", avant de bifurquer à nouveau dans l'érotique, bon chic bon genre, cette fois (mais ennuyeux), avec le triptyque du duo Gaburro/Regnoli : "Malombra"/ "Maladonna"/ "Penombra". La fin de carrière de Paola Senatore sera malheureusement pathétique. Dépendante à l'héroïne, l'actrice est arrêtée en 1985 par la police pour détention de drogue. En cette même année, elle avait aussi tourné son seul film pornographique ("Non stop sempre buio in sala") pour payer ses doses. On aurait espéré un autre destin pour l'italienne, qui avait montré un réel talent de comédienne dans certains de ses films.



Et "Caresses à domicile" en fait partie. On a l'impression que Demofilo Fidani a fait le film autour d'elle, qu'il voulait rendre hommage à sa beauté. Paola Senatore a un temps de présence très important, étant de presque toutes les scènes. Il n'est donc pas étonnant qu'elle soit à l'origine du meilleur passage, lorsqu'elle se rend chez un client, l'agent de change Santino (joué par Carlo Gentile), qui s'avère être un fétichiste des pieds. Derrière les rideaux, Santino joue les voyeurs, observe Cristina dans sa nudité, avant de lui faire essayer une paire de chaussures. Mais les plaisirs coupables des notables romains se paient. Un tueur rode dans les parages, égorgeant avec une lame de rasoir tous ceux qui ont couché avec Cristina.
Si le réalisateur dépeint son assassin dans une tradition classique du giallo (imperméable et chapeau noirs, rasoir...), il l'affuble cependant de gants jaunes. C'est bien là la seule originalité, et l'amateur de meurtres sanguinolents restera sur sa fin. Trois meurtres au compteur, et trois meurtres hors-champ (ou dans l'obscurité, ce qui revient presque au même).
Si l'on peut être déçu à ce niveau, le spectateur pourra par contre apprécier la manière dont l'inspecteur de police coincera l'assassin, bien pensée. Quant à l'identité du meurtrier, elle apparaît somme toute logique, et non tirée par les cheveux comme dans certains gialli. Et comme le nombre de suspects est plutôt conséquent, on peut se dire que le réalisateur s'en est tiré plutôt honorablement, entretenant le suspense, et que son intrigue, si elle n'est pas exceptionnelle, tient néanmoins la route. "Caresses à domicile" manque cependant de scènes "choc" pour prétendre à rejoindre le haut du panier au rayon des gialli. Disons que Fidani a su dépeindre les principaux protagonistes de son histoire, et démontrer les failles d'une société corrompue par le sexe et l'argent. Et, de la part d'un réalisateur qui nous a souvent déçus, c'est plutôt une bonne surprise. Enfin, et pour terminer sur une autre note positive, signalons une bonne partition musicale de Lallo Gori, agrémentée du groupe pop Mack Sigis Porter Ensemble (qui oeuvra aussi dans un autre giallo : "La morte scende leggera"), dont le morceau "Circus Mind" est un grand moment de rock tendance acid-jazz.



Note : 6,5/10

Flint

 

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