Indian Scarf, The
Titre original: Das indische Tuch
Genre: Krimi , Murder party
Année: 1963
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Alfred Vohrer
Casting:
Heinz Drache, Corny Collins, Elisabeth Flickenschildt, Klaus Kinski, Eddi Arent, Siegfried Schürenberg, Ady Berber, Hans Clarin...
 

Alors que son épouse accueille son médecin de famille et cousin dans son manoir écossais, et que son fils pianiste concertiste joue du Chopin (devant un buste de Beethoven), le châtelain Lord Lebanon est étranglé par un mystérieux inconnu dont on ne voit que les mains gantées et le foulard (en tissus indiens) dont il s'est servi pour son forfait. Un générique en couleur plus tard, la famille du défunt (officiellement mort d'une crise cardiaque) est réunie dans la salle principale du château pour entendre la lecture de ses dernières volontés par le notaire de feu Lebanon, Frank Tanner. Mais la famille commence par déchanter car, en fait de dernières volontés, ce sont les pénultièmes de feu Lord Lebanon qui leur sont dévoilées : toutes les personnes présentes doivent, si elles ne veulent pas être exclues de leur part d'héritage, rester dans le château sans tenter de s'absenter pendant six jours et six nuits.
Hors, les neuf héritiers putatifs se supportent difficilement. Pour couronner le tout, une tempête s'abat sur la côte écossaise, coupant le téléphone et tous moyens de contact avec le monde extérieur dans ce château situé sur une presqu'île...

 

 

Même si le modus operandi du meurtrier est très "pré-giallesque" et donc "krimesque" en quelque sorte (on ne voit de lui que ses mains gantées de noir tenant un foulard, et les passages à l'acte se font en caméra subjective) Das indische Tuch, qui n'eut pas les honneurs d'une sortie française ou wallonne, tient beaucoup plus de la murder party comique que du Krimi classique.
Certes, Das indische Tuch est bel et bien un "Edgar-Wallace-Film" Rialto librement adapté d'un roman du maître ou du tâcheron (rayez la mention inutile) du thriller britannique (en l'occurrence "The Frightened Lady"), mais les amateurs de la série cinématographique et des premiers travaux de Vohrer seront incontestablement déçus, si ce n'est par le film, du moins dans leurs attentes. Car Das indische Tuch c'est un peu "Dix petits nègres" qui aurait été adapté à la manière "d'Un cadavre au dessert (Murder by Death)" (mais si : le film avec Truman Capote). À sa manière d'ailleurs (soit en tant que murder party comique), le présent métrage est bien supérieur (en tout cas bien plus fun) à la totalité des adaptations "sérieuses" de "Dix petits nègres" et soutient même largement la comparaison avec "Un cadavre au dessert (Murder by Death)" (mais si : le film avec Truman Capote). Il y a même du comique de répétition (dans le film, pas dans cette modeste notule, contrairement à "Un cadavre au dessert (Murder by Death)", mais si : le film avec Truman Capote).

 

 

Bon, reconnaissons que, même si son intrigue policière est surtout prétexte à la comédie, du point de vue de l'humour tout ne fonctionne pas, en particulier les gags visuels imaginés par Vohrer. En fait, le principal intérêt du métrage est son "défilé" des seconds rôles les plus marquants du Krimi, le tout sous la houlette désinvolte et amusée du toujours sympathique Heinz Drache, premier rôle théorique (et chargé de l'enquête qu'il mènera très mollement) mais réduit en fait au statut de "passeur de plats" pour les numéros d'acteurs de ses petits camarades. Et de ce côté-là on est gâté car on retrouve au casting les trois plus gros récurrents du genre : Siegfried Schürenberg (18 Krimis au compteur dont 15 Rialto), Eddi Arent (pas moins de 23 Edgar-Wallace-Filme et assimilés) et Klaus Kinski (20 Krimis si on y intègre les hors séries autrichiens) ; mais aussi les deux méchants les plus charismatiques des Edgar-Wallace-Filme : la harpie Elisabeth Flickenschildt et l'ogre Ady Berber. Bien que tous, dans leur genre, fassent ici honneur à leur réputation de pilier du genre justement, et si on met hors concours le seul élément féminin (Elisabeth Flickenschildt et sa laideur rayonnante qui est impériale comme toujours), c'est Siegfried Schürenberg dans un rôle d'explorateur célèbre à l'humour macabre et hors de propos qui impressionne le plus.

 

 

Aux côtés de Drache et de ces cinq figures du Krimi le reste du peu nombreux casting est un peu éclipsé. En particulier la jeune première (pas si jeune que ça en fait, mais dans son cas je n'ose parler de premier rôle féminin) Corny Collins (Gisela Szymanski de son vrai nom), petite brune mignonne mais assez transparente. Citons aussi le concertiste instable joué par Hans Clarin, petit et brun lui aussi mais beaucoup moins mignon et légèrement moins transparent. Notons qu'au départ c'est la Canadienne Alexandra Stewart bien connue des cinéphiles français qui devait jouer le rôle de Collins. Notons aussi que ce film fut la cause de la rupture définitive entre le scénariste historique du Krimi, Eigon Eis, et la Rialto suite à la mise au panier par Horst Wendlandt de sa première adaptation. C'est finalement Harald G. Petersson, l'autre grand scénariste du Krimi, qui rédigea la version définitive de Das indische Tuch.
Quoi qu'il en soit, et quoi que l'on puisse penser de sa valeur artistique et de son humour noir faisant souvent mouche, ce film est incontestablement et objectivement le signe d'un déclin financier pour la licence des Edgar-Wallace-Filme de la Rialto.

 

 

De sa création au crépuscule des années 50 à son agonie à l'aube des années 70, le Krimi n'a jamais enfanté que des séries B au budget forcement limité, mais jamais (en tout cas pour la Rialto) aussi resserré que celui du présent métrage. En effet, pour réduire les coûts, le film a été entièrement tourné en studio, en l'occurrence ceux de la CCC à Berlin Spandau (la Rialto n'ayant jamais possédé de studio en propre), les rares scènes d'extérieurs ayant été tournées dans une de leurs cours. Et jamais non plus le casting, quoique prestigieux en un sens, n'a jamais été aussi réduit : douze (plus un) acteurs en tout et pour tout, et aucun figurant. Le plus 1, c'est pour le décorateur du film, Wilhelm Vorwerg, qui joue (passant pour la première fois devant la caméra) le court rôle de Lord Lebanon. Les voix au téléphone sont celles de Vohrer lui-même et de son alter ego féminin et assistante-réalisatrice de presque tous ses films : Éva Ebner. Mais reconnaissons qu'Ebner et Vohrer font assez souvent des apparitions éclairs (sans êtres crédités) dans les films du second nommé.
Un mot pour finir sur Éva Ebner, qui fut une figure peu connue mais essentielle du cinéma populaire allemand de la seconde moitié du 20e siècle. Assistante réalisatrice de tous les films d'Alfred Vohrer à partir de La porte aux sept serrures , Ebner a travaillé entre 1958 et 1988 sur plus de 200 films aux côtés d'une soixantaine de réalisateurs. Une fois sa retraite de technicienne prise, elle continua pour s'amuser à faire l'actrice jusqu'à sa mort vingt ans plus tard.

 

 

Sigtuna

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