Machination
Titre original: The Naked Face
Genre: Thriller
Année: 1984
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Bryan Forbes
Casting:
Roger Moore, Rod Steiger, Elliott Gould, Art Carney, Anne Archer, John Kapelos, Cynthia Baker Schuyler, Virginia Smith...
 

Le docteur Judd Stevens (Roger Moore), psychiatre de renom, perd ses patients et collaborateurs dans des circonstances étranges : tandis que l'un d'eux s'est fait trucider à coups de couteau au sortir de son cabinet, voici que débarquent chez lui deux flics de la brigade criminelle venant enquêter. Le premier, le lieutenant McGreary (Rod Steiger) a une sacrée dent contre le psychiatre qui, autrefois, s'était porté témoin, contribuant à innocenter un coupable. De son côté, la compréhension n'est pas de mise : ce médecin est forcément coupable et le flic, rôdé, ne se cache pas pour le faire savoir, allant jusqu'à flirter avec le harcèlement. Angeli, son coéquipier (Elliott Gould), n'a quant à lui pas de comptes à régler. Aussi aborde-t-il l'affaire de manière beaucoup plus affable, se montre compréhensif, tentant de contraster avec les méthodes de son collègue, et appréhende l'enquête d'une toute autre manière.
Quand on découvre que le cabinet du psychiatre a été fracturé et sa secrétaire sauvagement torturée puis assassinée, Angeli lui propose de l'aider de façon plus rapprochée. McGreary continue quant à lui à effectuer son harcèlement et son travail de sape. Jusqu'au moment où l'enquête lui est retirée...

 

 

Octopussy venant de sortir sur tous les écrans du monde, Roger Moore, bientôt libéré du contrat le liant à franchise Bond, accepte un rôle qui lui permet de casser son image, puis de retrouver des perspectives d'acteur un peu plus larges. Juste avant Dangereusement vôtre, son chant du cygne Bondien un tantinet androgyne, il retrouve le réalisateur Bryan Forbes avec qui il avait tourné l'un des segments du piteux "Les séducteurs", film à sketchs inepte, dans lequel on embaucha(tte poilue) des réalisateurs et acteurs de divers pays (Dino Risi, Edouard Molinaro, Gene Wilder) pour soi-disant montrer les différences internationales de la drague, avec comme ambition de faire rire, ce qui était loin d'être le cas. Forbes n'est toutefois pas un nouveau venu, ni forcément un réalisateur médiocre. Celui-ci avait réussi en 1964, avec "Le rideau de brûle", un très beau thriller. Durant les années 70, il se fit remarquer également avec une adaptation d'Ira Levin pas mal réussie elle aussi, quoi que certains mauvais coucheurs en disent : Les femmes de Stepford.

De son côté, Roger Moore a prouvé autrefois, et au-delà de ses prestations dans la série mettant en scène l'agent 007, qu'il pouvait lui aussi faire des étincelles. Ainsi se souvient-on qu'en 1970, sous la houlette de Basil Dearden, il interpréta le rôle principal de La seconde mort d'Harold Pelham, un thriller fantastique de fort bon aloi, dans lequel Moore excellait.
En amont, depuis le rachat de la firme Cannon, Menahem Golan et Yoram Globus ont le vent en poupe, alignant les films d'action basiques avec une régularité de métronome (rappelons néanmoins que la même année, en 1984, ils produisent le très beau "Love Streams" de John Cassavetes), et acceptent le projet de Forbes, celui d'adapter le roman éponyme de Sidney Sheldon.

 

 

A l'écran, le résultat est mitigé. Le courant 'machination' est éventé depuis un moment déjà et, lorsqu'en 1983, la production du film est mise en chantier, De Palma a déjà réemprunté les pistes balisées, les transformant en de somptueux (ou rédhibitoires, c'est selon) exercices de style, gavés de morceaux de bravoure : "Pulsions" et "Blow Out" sont passés par là, et leur réalisateur est lui aussi attelé au même moment que le tournage de Machination à un projet 'thrilleresque' : "Body Double".

Au regard des thrillers 'sur-ampoulés' de De Palma, et c'est là que le bât blesse, si j'ose dire (on sait à quoi peut servir un bas dans ce genre de pellicule), The Naked Face pourra paraître bien fadasse, manquer de caractère, de folie, et même d'originalité, pour se contenter de coucher sur pellicule une histoire, certes intrigante et prenante, mais manquant de peps par bien aspects. Une réalisation professionnelle mais également très quelconque, purement fonctionnelle, toutefois relevée par quelques éclairs de violence ou de sauvagerie (la partie où la secrétaire se fait poignarder est assez crue, et la fin, sans rien en dévoiler, offre au spectateur de nouveaux horizons funèbres), et par un casting qui a fait ses preuves depuis belle lurette.

 

 

Avant d'en revenir aux acteurs, notons que le script est par moments aussi grossier qu'il peut être astucieux ou surprenant à d'autres, comme cette fin évoquée juste avant. Ailleurs, avouons le, les invraisemblances pleuvent : on a une paire de flics jouant à priori au tandem 'good cop/bad cop', se ramenant dès leur première scène pour mettre entre les mains d'un suspect (toujours Roger Moore) la principale pièce à conviction, en l'occurrence l'imperméable ensanglanté prêté par le Dr. Stevens à son patient, avant que ce dernier soit tué. Ailleurs, la tolérance, voire la patience excessive d'un supposé non coupable, logiquement victime d'un complot, face au harcèlement sans fin d'un flic aux méthodes 'borderline', frôle la correctionnelle. Si l'on rajoute que Moore semble de prime abord peu porté sur le secret professionnel et livre tout de go trop de détails personnels sur son ex-patient, nous ne sommes pas loin de dispenser une bonne fessée freudienne et de serment d'Hippocrate...

 

 

Dommage, car ce sont ces invraisemblances presque basiques qui ont trop tôt fait de mettre la puce à l'oreille au spectateur, puis de lui vendre la mèche. En plus d'une réalisation trop plate, les fausses pistes (pour des scènes parfois très courtes) donnent trop d'indications, si bien qu'à l'heure de bobine, on attend avant tout confirmation de ce qu'on suppute. Ce qui sera fait dans le quart d'heure suivant.

Heureusement que les acteurs dominent leur sujet, parvenant à donner du relief à ce qui ressemble à un thriller linéaire et routinier. Si Rod Steiger pourra paraître avoir franchi la limite du cabotinage, livrant une composition de sale con de flic, il n'est pas impossible que le spectateur révise son jugement au fil de l'intrigue. Ceci étant, même au sein d'une machination, d'un jeu de dupes, puis de chat et de la souris, trop, c'est trop...
Roger Moore, sans égaler tout à fait sa composition de La Seconde mort d'Harold Pelham y est tout à fait crédible en psy à la fois hanté par le décès récent de sa femme et un complot au présent dont il fait l'objet. Celui qui néanmoins finit par voler la vedette (expression bateau, désolé !) dans ce thriller pourtant pas trop mal amarré, c'est Elliott Gould (déjà présent aux côtés de Roger Moore dans "Bons baisers d'Athènes" de George Cosmatos. Délesté de sa moustache depuis la fin des années 70, il reprend ici un rôle de flic assez proche de celui qu'il campait dans le très bon Les Casseurs de gangs / Busting, mais traité par l'autre bout de la lorgnette. Il est en tout cas parfait. Ce n'est par ailleurs pas le broyeur à ordures qui contredira cela, dans l'une des scènes les plus marquantes de ce Naked Face, qui aurait pu, et même dû, se situer un cran au-dessus de ce qui reste malgré tout un très honnête thriller de série.

 

 

Mallox

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