Elle ne pense qu'à ça
Titre original: Women and Bloody Terror
Genre: Thriller , Drame , Film noir
Année: 1970
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Joy N. Houck Jr.
Casting:
Georgine Darcy, Marcus J. Grapes, Michael Anthony, Christina Hart, David Gelpi, Gerald McRaney, Len Swenson...
Aka: His Wife's Habit (titre américain alternatif)
 

Monsieur et madame Worthington sont mariés depuis plusieurs années. Ils ont une fille de plus de vingt ans, Karen, et font encore l'amour au petit-déjeuner. Tout irait bien dans le meilleur des mondes si madame Worthington, Lauren de son prénom, n'avait pas pour vilaine habitude de tromper son mari avec tout ce qui bouge. Tenez, la voici qui, juste après le petit-déjeuner, s'en va faire des courses à La Nouvelle-Orléans. Inutile de préciser que tant qu'à faire, sur sa liste de courses, elle a prévu un petit coup avec un étalon...

 

 

Évidemment, à force d'aimer tout le monde, tout le monde a le droit de voir la bête qui sommeille en lui, se réveiller puis se dresser. C'est ce qui arrive à ce pauvre Jerry, le mécanicien-garagiste aux allures de lointain cousin de John Belushi. Quoi qu'il en soit, pas étonnant que Women and Bloody Terror emprunte dès lors, sur les bases saines de ce dynamique et jovial machisme, les sentiers de la criminalité et du thriller. Ce dernier, pensant être bienvenu, pénètre chez elle en forçant un peu les choses et se montre excité jusqu'à la poursuivre dans sa chambre, après avoir été violemment griffé au visage puis menacé d'un revolver. Même si Jerry se tire, que se passerait-il et qui alors soupçonnerait-on si, une fois sa triste vie sans but reprise, il arrivait quelque chose à Lauren ? C'est que tout naïf qu'il soit, Jerry ne laisse même pas Zool, son patron, le contrarier, encore moins se ficher de sa poire, et il est capable alors de lui brandir un couteau sous la gorge. Ailleurs, il faut bien révéler au lecteur de ce papier détenteur du nom de tous les coupables (et prêt à les publier si vous me faites chier) que les rapports entre Lauren et sa fille Karen (Christina Hart) sont agités sous le vernis des apparences. S'il n'y a pas de mal à se faire du bien, les forces du mâle se seraient insinuées entre elles que ce ne serait pas étonnant. A fortiori si Lauren avait la mauvaise idée de coucher avec le fiancé de Karen.

 

 

Voici donc le second film de Joy N. Houck Jr., tourné entre l'inégal mais motivant Night of Bloody Horror et le réussi Night of the Strangler. On y retrouve la même tendance au psychédélisme pop du premier et le côté plus affuté du second. De même, les rêves y recèlent de manière onirique de drôles de fantasmes, comme celui par exemple d'être violée par tous ses amants d'un soir réunis. Même si c'est le fruit du hasard et de la coïncidence, il est difficile de ne pas penser à certains rêves de Florinda Bolkan dans Le Venin de la peur. Le réalisateur serait-il une influence pour des Fulci à venir ? Les similitudes sont étonnantes (voir chro de La Nuit sanglante) et même sa Nuit de l'étrangleur recelait un coupable (peu) catholique, proche à sa manière du coupable de La longue nuit de l'exorcisme.

La première partie est probablement un peu longue à développer son intrigue mais prend a contrario le temps d'installer, de développer les caractères jusqu'à torturer les psychés. Un segment en zigzag qui annonce forcément une issue venimeuse et qui, en tout cas, se montre très généreux d'un point de vue musical ; autant par sa bande-son que l'évolution de son héroïne dans quelques clubs branchés de la ville. La seconde, toute faite de révélations, de prises de conscience et de chantage, évolue comme une ligne droite dont l'issue sera fatale. Il convient, à ce titre, de ne pas en dire plus.

 

 

Women and Bloody Terror recèle au minimum une mémorable scène de baston en chaine : alors que Lauren est emmerdée dans un bar par un gros beauf la traitant comme une prostituée, et qu'elle éconduit en le traitant de gros porc, celui-ci se met à la battre comme plâtre avant que Paul (Buddy Lewis), un jeune, déboule pour lui foutre un coup de tabouret sur le crâne, se prenant ensuite une raclée à coups de poings par le tenancier qui lui encastre la tête dans les barreaux en bois du restau, et se prend quant à lui un méchant coup de lattes dans les couilles de la part de la victime au départ bafouée dans son honneur. Une séquence comme on aimerait en voir plus souvent. Faut dire aussi que Lauren a une fâcheuse tendance à lever des mecs comme on fait pipi. Et à ensuite, soit les quitter vite fait bien fait, soit d'avoir servi de récipient et de se faire lourder comme de la merde. Finalement, le seul qui lui voue de véritables sentiments est ce pauvre garagiste qui la suit partout, persuadé d'être aimé en retour. "I got to stop this !" répète-t-elle dans sa maison. Sauf que... elle n'y arrive pas !

 

 

Elle ne pense qu'à ça est, outre d'être bien rythmé par de chouettes musiques et chansons, bien défendu par ses interprètes : Georgine Darcy a commencé sa carrière dans "Fenêtre sur cour" (mais si, souvenez vous de Miss Toro, la jeune femme que James Stewart reluquait aux jumelles faisant sa gymnastique). On a aperçu Christina Hart dans Games Girls Play de Jack Arnold mais aussi dans Tuez Charley Varrick!, Johnny Firecloud. Rien à redire sur leurs compositions. Côté masculin, on retient surtout Marcus J. Grapes qui tournera à nouveau pour Joy N. Houck Jr. en 1977 avec "The Brain Machine" et croisera les chemins de Micky "The Monkees" Dolenz (The Night of the Strangler) en 1975 dans "Keep Off My Grass!" dans lequel il retrouvera aussi David Gelpi ici-présent, dans un rôle de saillie, lui-même fidèle au réalisateur car déjà présent dans Night of Bloody Horror.

 

 

Oeuvre morale sur une nymphomanie qui, en plus de trahir ses proches, finit par les mettre en danger, ou œuvre sur la liberté sexuelle féminine vue comme révélateur d'une région et de ses frustrations ? À chacun de voir...
Payant sa redevance au film noir, Elle ne pense qu'à ça est aussi une petite réussite du film de "Garce Fatale" si cher au genre. Soit, Joy N. Houck Jr. dépote son thriller comme un bootlegger son alcool local de contrebande, mais c'est justement, en plus d'une intrigue difficile à anticiper, ce goût coriace et agressif qui colle ensuite de façon tenace au palais, qui fait au final une grande partie de sa saveur.


Mallox

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