Longue nuit de l'exorcisme, La
Titre original: Non si sevizia un paperino
Genre: Giallo
Année: 1972
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Florinda Bolkan, Marc Porel, Tomas Milian, Georges Wilson, Irène Papas...
Aka: Fureur Meurtriere (Titre VHS)
 

Passons assez vite sur un détail qui quand même me gêne (et donc je m'attarde quand même), son titre Français "La Longue nuit de l'exorcisme", titre débile s'il en est qui témoigne une fois de plus de l'irrespect des distributeurs pour les auteurs, car je cherche encore l'exorcisme du film quant à sa nuit, aussi longue fusse t'elle, c'est plutôt de jour que je parlerai car il s'agit ici selon moi du premier film du bon Lucio où celui-ci pose les jalons d'une oeuvre que l'on a trop réduite à une trilogie, laissant penser que Fulci aurait seulement oeuvrer de 1979 à 1981.
Tourné en 1972, le film n'est sorti en France qu'en 1978, on l'a donc affublé de ce titre afin de pouvoir surfer sur succès de "L'Exorciste", ses séquelles et autres ersatzs antéchristiques. Ne connaissant pas l'italien, je garderai donc le titre "Don't torture a duckling", qui lui, renvoie à la fois à la tradition du genre (noms d'animaux : ne torturez pas le caneton) ainsi qu'à une scène clé de ce qui n'est pas loin d'être l'un des meilleurs film de Lucio Fulci, doublé d'un Giallo carrément référentiel. J'ai découvert ce film il y a 3 mois, l'ayant revu hier soir, je fonce droit dans la dithyrambe, pour affirmer haut et fort, que nous tenons là preuve la plus explicite qui soit, que Lucio Fulci fut un grand metteur en scène à revisiter, pour ceux qui en doutent encore à ce jour. Je n'ai pas encore vu ses deux précédents Gialli que sont "Perversion Story" ou "Le Venin de la Peur", et cela manquera sans doute à ma critique pour les citer en référence, voir les comparer; ceci étant dit, son "Temps du Massacre" de 1966 laissait déjà présager toutes les qualités d'un réel auteur, par son pessimisme foncier, sa brutalité non muselée, puis ses multiples trouvailles visuelles quasi-expérimentales.

 

 

Venons en maintenant au postulat de départ de ce "don't torture a duckling" qui en quelques mots narre, au sein d'un village retranché de la Sicile, l'enquête ardue des quelques policiers locaux aidés d'un tenace journaliste (le grand Tomas Milian), sur de crapuleux meurtres d'enfants dont les motifs restent inexpliqués déclenchant chez les villageois une soif inextricable et aveugle de vengeance, allant jusqu'au lapidage d'une sauvageonne (Florinda Bolkan), qui dans leur ignorance est assimilée sorcière puisque différente et marginale.
Autant que je le dise de suite combien je trouve cet opus Fulcien des plus fascinants à tous égards ; du reste l'un des propos du films n'est pas sans rappeler certains films de Lang ("Furie", "M le Maudit"), Wellman ("L'étrange incident") ou encore et surtout Arthur Penn (et son meilleur film, "La poursuite impitoyable" et sa description effroyable du Sud de l'Amérique) ; je vais en choquer sans doute certains par ces comparaisons, mais je les trouve absolument justifiées ; du reste Fulci les décortiquent de telle façon, que les habitants, pourtant potentiellement victimes nous apparaissent tous comme malsains et potentiellement coupables, enfouissant bassement leurs méfaits dans un culte religieux totalement exacerbé.
Du reste cette critique de la religion ne se dément jamais et elle n'existe là que pour renforcer l'être humain dans son ignorance, le confinant dans son inculture, perpétrant les superstitions qui ne servent qu'à cacher ses propres méfaits, jusqu'à les justifier et exclure de façon la plus primaire ce qui est différent, à légitimer toute forme de racisme, pourvu qu'on soit en règle avec ses traditions de forme.

 

 

Que dire d'autre alors de ce Giallo qui prends la liberté d'emprunter d'autres chemins habituellement inhérents aux codes du genre ; Lucio Fulci se démarque du reste de ses modèles que sont Mario Bava et Dario Argento, dont il exploite pourtant le filon, mais parvient sans mal à faire une oeuvre personnelle ; d'ailleurs, le tueur s'en prends ici à des enfants et non à de jeunes femmes, et l'on a même droit à une scène explicitement pédophile où une femme nue propose à un enfant de faire l'amour, thème déjà bien sous-jacent, et l'on y pense déjà pas mal vu l'âge des victimes.
Du reste, je penserai longtemps à cette scène sublime, où après avoir été lynchée, la bohémienne (qui du reste vient de la ville à la base, ce qui contribue d'entrée à son exclusion dans le village) rampe péniblement jusqu'aux abords d'une autoroute est totalement ignorée par les automobilistes, avant de crever la bouche ouverte ; normal l'autoroute n'est là que pour relier une ville à l'autre, au mépris des villages à proximité qui le subissent pourtant ; la métaphore est claire, jamais le rural et le citadin ne s'entendront; du reste, ils ne se croiseront jamais, où si peu que lorsque cela se produit, inéluctablement, l'un juge et condamne de façon expéditive l'autre, préférant rester dans son ignorance et ses préjugés.
Voilà, je terminerai pour dire également que la mise en scène est au diapason de ce qu'elle raconte et reste assez sobre pour mieux mettre en avant son propos, du reste le film, malgré quelques rebondissements de trop (mais on en a vu d'autres !), sait distiller son suspense, tout en privilégiant une l'atmosphère oppressante, glauque et malsaine, qui colle au cerveau et hante longtemps après sa vision ; La distribution quant à elle, tient presque du rêve (Tomas Milian à fond dedans comme d'hab, Barbara Bouchet incontournable et bandante, Marc Porel impeccable en curé, l'imposant George Wilson, l'excellente Irène Papas, et donc Florinda Bolkan qui donne au films ses moments les plus mémorables), le tout teinté d'un excellent score de Riz Ortolani tout en contre-pied.

 

 

Hormis un gros hic final hautement ridicule (la chute du curée sur la falaise est vraiment trop mal fichue, bien que je ne conteste pas la scène en soi), ce Fulci est à marquer d'une pierre blanche, je pense même que tout amateur du genre le revisitera sans peine.

 

Note : 8/10

 

Mallox
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