Chloe, Love is Calling You
Genre: Horreur , Fantastique , Drame , Sorcellerie
Année: 1934
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Marshall Neilan
Casting:
Olive Borden, Reed Howes, Molly O'Day, Philip Ober, Georgette Harvey, Francis Joyner, Augustus Smith...
Aka: Chloe
 

Chloé, tiraillée par le fait d'être de sang-mêlé, revient dans sa maison d'enfance. Mandy, sa supposée mère de couleur noire, utilise le vaudou pour se venger du riche colonel possédant l'exploitation, sûre d'elle que celui-ci a lynché son mari quelques années avant. Jim, gentilhomme et riche propriétaire terrien dans ces mêmes parages, est secrètement amoureux d'elle. Cependant et pour mieux l'attirer vers lui, il la convainc qu'elle ne trouvera jamais d'homme blanc pour l'épouser. Désespérée, la pauvre Chloé se jette dans un marécage infesté de crocodiles mais est sauvée par Wade Carson, sorte d'homme à tout faire et aventurier de la région. Aucun doute à avoir, Chloé a trouvé là son héros : Wade est l'incarnation de l'homme blanc idéal, celui dont elle a toujours rêvé.

 

 

Chloe, Love is Calling You est réalisé par Marshall Neilan dès 1934. Bien avant le "Vaudou" de Jacques Tourneur, il peut se targuer de faire partie des œuvres précurseurs, au même titre que le White Zombie de Victor Halperin en ce qui concerne directement le mort-vivant, ici toutefois absent. En revanche, l'intrigue ne se déroule pas à Haïti mais dans les marais de Louisiane.
Difficile en quelques mots de refaire la carrière de Marshall Neilan, conjuguant dès 1912 les fonctions de scénariste, d'acteur et de réalisateur pour ne plus se consacrer qu'à la mise en scène dès 1924 après son adaptation de Thomas Hardy, "Tess of the D'Urbervilles", que portera à nouveau à l'écran bien plus tard Roman Polanski.

En ce qui concerne les acteurs, Olive Borden, ici dans le rôle-titre, eut son heure de gloire au temps du muet ("Trois sublimes canailles") mais Chloe sonne le glas de sa carrière. Il en est quasiment de même pour Reed Howes qui, passant mal le cap du parlant, n'est plus crédité dès le milieu des années '30 aux génériques (principalement des serials - Flash Gordon, le soldat de l'espace, The Fighting Devil Dogs, Daredevils of the Red Circle - puis des westerns). A contrario, Chloe, Love Is Calling You servira de tremplin à Philip Ober dont c'est ici le premier film d'une carrière conséquente, notamment au sein de séries télévisées mais aussi dans quelques classiques ("Tant qu'il y aura des hommes", "La lance brisée", "La mort aux trousses"...).

 

 

De par sa situation géographique et son climat, la Louisiane (et plus précisément le bayou) recèle une nature qui peut s'avérer dangereuse. Un fait qu'a bien compris le réalisateur de Chloe, Love is Calling You puisque les premiers dangers qui se manifestent au nouveau propriétaire de la plantation viennent de cette même nature. Un alligator semble attendre un faux mouvement de la petite barque arpentant la rivière, un serpent à sonnettes se tient juste à l'entrée de la maison, tandis qu'une chauve-souris est présente dans cette dernière : ils sont les signes annonciateurs d'un sort jeté ou d'une malédiction à venir. Nous voilà prévenus !
S'ensuit une séquence où se dévoilent les intentions de la servante qui jusque là les a accompagnés puis conduits : transpercer une poupée vaudou d'une aiguille, en levant les yeux remplis de haine vers le soleil couchant, en crachant son venin sur le supposé coupable, soit, mais aussi envers les blancs en général. Tous pourris ! À connaître la suite avec ses tenants et aboutissants, on pourrait pourtant comprendre son ressentiment.

 

 

Ce dernier point fait office d'intérêt sociologique assez conséquent : si on pouvait de prime abord penser avoir affaire à une allégorie sur l'asservissement et notamment sur la migration des esclaves noirs dans cette partie du globe qui a suivi la révolution haïtienne du début du 19ème siècle, il n'en est rien. Le fantastique est ici porteur d'un discours raciste issu d'un autre temps. Le propriétaire n'est ni coupable ni profanateur des lieux, il demeure la victime au premier degré de la sournoiserie assassine du peuple noir. En témoigne la séquence qui suit en fondu et zoome le visage d'un serviteur jovial, en pleine réunion mondaine, tenant on ne peut plus aimablement le plateau aux convives pour leur servir à boire. Bref, méfiez-vous de l'apparente bonté de ces gens qui n'ont qu'une idée en tête, vous tuer dès que vous aurez le dos tourné !

Dès lors, tout ce qui arrivera de mal au couple formé par Wade Carson et notre chère Chloé ne pourra qu'être le fruit d'un mauvais sort jeté. Finalement, les seules fois où la communauté noire est montrée à son avantage, c'est pour son folklore, notamment en tant que musiciens. Une bien maigre compensation, d'autant que cette musique enivrante a elle-même une fâcheuse tendance à faire boire la communauté qui ensuite peut devenir agressive. Envers les blanches ou les métis notamment, qu'on doit sauver in-extremis du viol. Mais Chloé se rêve blanche et son vœu sera exaucé puisqu'il s'avèrera qu'elle est la fille jadis disparue du colonel de l'exploitation. Ouf, l'honneur est sauf ! D'autant que par complexe ou ce que vous voudrez de sentiment plus primal, elle ne nourrissait pas un amour fou pour le peuple noir. Encore moins pour sa mère adoptive qui l'a pourtant élevée durant des années avant de se convertir en prêtresse vaudou.

 

 

Chloe, Love is Calling You est un film qui fait un peu mal au cul mais qui n'est, cinématographiquement et objectivement parlant, pas si mauvais que cela. Soit, il surfe sur le racisme décomplexé de toute une époque comme il donne également dans la romance surannée mâtinée d'une jalousie entre les deux jeunes interprètes blancs, Wade Carson (Reed Howes) et Jim Strong (Philip Ober). À ce sujet, quoi de plus logique pour départager nos deux bons héros blancs prêts à en découdre pour conquérir la même femme que de lourder à l'écran une autre femme, tout aussi belle ? Pof, le tour est joué, chacun trouvera chaussure à son pied (ici en la personne de Joyce, la seconde fille du colonel, campée par l'actrice Molly O'Day).

 

Sur l'échiquier du bien et du mal, le blanc sait résoudre les problèmes, le noir ne fait que les déclencher, au mieux les attiser, quand il ne forme pas des plans mystiques d'assassinat nocturne. Le doute eut encore été permis sans une réunion des esclaves noirs pour un sacrifice. Or, ni les motivations de vengeance ne sont jamais défendues ou comprises, ni à aucun moment le fait de se vouloir blanche ne nourrit la moindre réserve. Quant à l'histoire d'amour entre deux blancs, elle n'est ici rien d'autre que l'idéal retrouvé, celui de tout un chacun.
Tout dans cet étrange script illustré renvoie à Marie Laveau (voire à l'une de ses filles, Marie Glapion) qui, comme Chloé, serait née métisse libre dans cette même contrée, fille de planteur blanc et d'une femme noire affranchie, avant de s'adonner à la divination, l'occultisme et la magie, sauf que le joyeux mélange ici mis en scène s'en écarte complètement au détriment d'une intrigue amoureuse au destin plus blanc que blanc.

 

 

Malgré tous ces traits à charge, l'ensemble demeure assez bien rythmé, façon sérénade, et ses clichés font qu'il se regarde paradoxalement avec un relatif intérêt. Il est par ailleurs amusant de constater que chaque fois que deux noirs s'y croisent, leur sujet de prédilection est le vaudou.

Chloe, Love is Calling You est un plaisir du temps jadis, à remettre dans un contexte bien précis, une œuvre au charme détestable qui fait qu'on peut la savourer comme telle aujourd'hui. N'y cherchez toutefois pas de créatures funestes ou morbides, ni d'effets spéciaux datés. La sorcellerie ne se manifeste ici, faute de budget, que par des incantations, individuelles comme de groupes, ainsi que par un sacrifice final dont je vous laisse deviner l'issue. Un peu comme certains Tarzan de la même époque, à la différence que les sauvages font ici partie de la civilisation. Manque peut-être une petite délocalisation du Klu Klux Klan pour châtier ces moricauds maléfiques...

 

 

Mallox

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