Ombre roventi
Genre: Horreur , Thriller , Exotisme , Esprits , Possession , Satanisme , Sorcellerie , Drugsploitation
Année: 1970
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Mario Caiano
Casting:
Daniela Giordano, William Berger, Krista Nell, Antonio Cantafora, Giancarlo Bastianoni, Enzo Maggio, Carolyn Lobravico...
Aka: Shadow of Illusion
 

Gail Bland (Daniela Giordano), publiciste de métier, doit se rendre au Caire afin de traiter une affaire avec une société spécialisée en cosmétiques se nommant Isis Cosmetics. Alors qu'elle se rend à son hôtel, le taxi voit sa route déviée et doit passer par le marché local où un mystérieux étranger glisse en douce, dans son sac, quelques cigarettes suspectes. Gail apprend ensuite que la société Isis Cosmetics n'existe pas avant d'être assaillie de manifestations étranges, puis, d'être rapidement cernée de personnes tout aussi singulières : en effet, une secte, menée par un jeune homme effrayant (Antonio Cantafora) et sa sœur (Krista Nell), croit reconnaître en Gail la réincarnation d'Isis et entend la sacrifier. Elle fait alors la connaissance du professeur Caleb (William Berger), un archéologue qui lui offre sa protection et avec lequel elle a bientôt une liaison. Ce dernier l'emmène sur les sites où ont lieu les cultes à la gloire d'Isis et Osiris. Cependant, chaque fois qu'elle se retrouve seule, le danger guette, sans compter que bientôt, en regardant les photos prises avec Caleb, Gail constate que ce dernier n'apparaît sur aucune d'elles...

 

 

Drôle de salade que composait là Mario Caiano en 1970, dans laquelle on retrouve même, parmi le casting, Carolyn Lobravico, la compagne de William Berger à l'époque, ici dans son unique rôle au cinéma avant sa mort prématurée (*). Réalisateur solide et même confirmé (pas mal de péplums à son actif, dont Ulysse contre Hercule , des westerns aussi, avec le surprenant Un train pour Durango), Caiano réalise, peu avant L'oeil du labyrinthe, cet étrange film sataniste presque mâtiné de drugsploitation. Deux ingrédients que Ombre roventi tente de mélanger tant bien que mal dans une mise en scène à (trop) forte tendance onirico-touristique. L'ambiance se veut paranoïaque, sans doute dans la lignée de Rosemary's Baby, et au scénario, Fabio Piccioni (Les gladiatrices, Le moment de tuer) déplace le concept de Ira Levin dans un cadre mystérieux, pas loin même parfois de jouer avec la peur de l'étranger (n'acceptez jamais une cigarette venant d'un autochtone sur le marché du Caire !), et en lui ajoutant une fratrie de hippies d'allure pop mais vouant dans le fond un culte démoniaque à Isis et Osiris. Tout un programme donc, pour un film qui aurait pu être pyramidal, sauf que la mixture ne convainc pas vraiment...

 

 

Difficile à classer, Ombre roventi rentre tout juste dans la case horrifique (le film est vraiment avare en scènes sanglantes), et au niveau thriller, hélas, il ne fonctionne pas trop non plus : le rythme est si lent ou nonchalant que la tension ou le suspens restent bloqués tout du long au niveau zéro. A ce sujet, la conduite du récit n'aide pas cette bobine qui n'a décidément rien d'un Sphinx : ce qui la plombe et ne lui laisse aucune chance de susciter un véritable intérêt est que, d'une part elle met trop de temps à démarrer ; et d'autre part, l'accumulation d'invraisemblances et de subterfuges grossiers déflore ses mystères tout en ne le rendant à aucun moment, ni sérieux, ni crédible. Que dire par exemple de la présence de William Berger, censé camper un sauveur séducteur, alors qu'il paraît autant obnubilé par le culte d'Isis que nos dangereux dirigeants et adeptes de la secte ? Que dire de cette première partie, couvrant pas loin d'une heure de film, où Caiano tente de happer le spectateur en l'emmenant dans un trip onirique, à la lisière entre rêves, fantasmes, cauchemars et réalité, échouant à rendre intrigant une affabulation trop terre-à-terre. C'est simple : il y a plus de téléportation et de frissons à relire "Tintin et les cigares du pharaon" qu'à regarder cet Ombre roventi ; quant aux films prenant comme toile de fond une Egypte vénéneuse, entre une anémique "Malédiction de la vallée des rois" de Mike Newell, "Sphinx", l'indigeste micmac de Franklin J. Schaffner, ou encore La malédiction du Pharaon d'un Fulci amorçant sa décrépitude, on ne peut dire que les incursions fantastiques ou horrifiques dans l'un des pays les plus peuplés d'Afrique aient accouché, malgré leur potentiel, de nombreuses réussites.

 

 

Finalement, Ombre roventi se regarde en premier lieu pour son imagerie à la fois naïve et complaisante, quelques scènes outrancières qui tiendraient presque dans une case BD (et pas trop loin par moments de certains films de De Ossorio, La nuit des sorciers, par exemple), ainsi que pour son actrice principale, la superbe Daniela Giordano, parfaitement mise en avant, et parfaitement dénudée dans ce qui est censé être le clou du spectacle : un ultime sacrifice pour une drôle de danse psychédélique sous l'influence manifeste de LSD, jusqu'à frôler le clip promotionnel. Entre temps, une affriolante scène de saphisme entre Krista Nell et Daniela Giordano aura eu le temps de dresser l'étendard des plus récalcitrants.

Reste à signaler niveau charmes - et puisque toute la qualité de cette pellicule assez peu ensorcelante se joue là - la belle photographie de Erico Menczer (Au diable les anges, Liens d'amour et de sang, Le chat à neuf queues, Jeunes, désespérés, violents, Holocauste 2000 ...) qu'on décèle aisément, mais à laquelle aucune copie du film ne rend vraiment hommage à l'heure où ce modeste parchemin est écrit ; ce en plus d'une superbe partition musicale composée par un Carlo Savina inspiré et même survolté, passant de tonalités acides, lounge, jazzy, à celles plus orientales, voire expérimentales, à bases de flûtes et de sitars.

 

 

Cela n'empêche pas finalement Ombre roventi de faire l'effet d'un pétard mouillé, participant, à son niveau, à une cinématographie transalpine en pleine mouvance cosy, assez vaine, dont on peaufinait parfois davantage les détails propres à l'élégance, aux dépends d'une histoire solide en amont. Dommage, car du coup Ombre roventi demeure un incunable momifié qui, certes, n'en mérite pas tant, mais dont il est difficile, vu sa piètre qualité globale, d'appeler à l'envoi d'une expédition à des fins d'exhumation...

 

Mallox


En rapport avec le film :

Outre le décès prématuré en 1975 de Krista Nell, d'une leucémie, à l'âge de 28 ans, puisqu'il est question de drogues dans le film, rappelons cette triste anecdote :

(*) En août 1970, William Berger et Carolyn Lobravico seront arrêtés pour possession illégale de haschisch et placés dans un asile pour fous dangereux. Carolyn Lobravico est morte d'une péritonite aigüe en octobre après que le gouvernement ait refusé son traitement médical, l'assimilant à une drogue.
Plus de détails en anglais sur imdb ici : http://www.imdb.com/name/nm1703356/bio

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