Curse of the Faceless Man
Genre: Science fiction , Horreur , Epouvante
Année: 1958
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Edward L. Cahn
Casting:
Richard Anderson, Elaine Edwards, Luis Van Rooten, Gar Moore, Felix Locher, Adele Mara...
Aka: La maldición del hombre sin cara (Espagne) / A Maldição do Homem Sem Face (Brésil)
 

Durant des fouilles archéologiques à Pompéi, un vieil ouvrier découvre un coffret contenant des bijoux ainsi que, juste à côté, le corps calcifié d'un homme "fossilisé" dans la lave durcie. Alors que le corps est acheminé en camion vers le musée archéologique de Naples, il reprend vie et tue le conducteur. Mystérieusement retrouvé près du camion renversé, "l'homme-lave" finit par être amené à destination où chercheurs et scientifiques s'allient pour comprendre le phénomène. Le docteur Paul Mallon (Richard Anderson) est rapidement sollicité par le directeur du musée, Carlo Fiorello (Luis Van Rooten), afin de l'aider à étudier le corps. Aussi mystérieux que cela puisse paraître, du sang est retrouvé sur les mains du fossile tandis que nos chercheurs s'aperçoivent, malgré la croûte de lave qui le recouvre, que le mort a gardé une certaine élasticité. Parmi les autres situations singulières, un médaillon trouvé près du coffret à bijoux et sur lequel sont écrites des annotations en étrusque permettant d'identifier les origines et l'époque du défunt.

 

 

Produit par Robert E. Kent pour un budget très modeste (100 000 $) et prévu pour être distribué par la United Artists, Curse of the Faceless Man est réalisé en une semaine par Edward L. Cahn. Un réalisateur, dès lors fidèle au producteur et dont les amateurs de S.F. oldies sont habitués à voir passer le nom, ou à le fréquenter de plus près encore puisque, après avoir œuvré depuis 1917 comme assistant de production, il se met à tourner durant toutes les années 50 un nombre non négligeable de séries B from outer space (et encore d'ailleurs !). Il enchaine alors les petites productions qui deviendront plus ou moins célèbres, avec plus ou moins de bonheur mais toujours avec un professionnalisme forçant le respect. On peut citer "Le tueur au cerveau atomique", "The She-Creature", "Voodoo Woman", "Invasion of the Saucer Men", "Invisible Invaders", "Zombies of Mora Tau" ou bien encore "The Four Skulls of Jonathan Drake". Edward L. Cahn n'a pas illustré uniquement des récits fantastiques mais aussi des petits thrillers et films noirs ("Experiment Alcatraz", "Girls in Prison", "Hong Kong Confidential", etc.). C'est cependant pour ses S.F. habiles qu'on le retient le plus souvent. Son décès en 1963 met fin à sa carrière et achève de le confiner comme réalisateur des années 50, ce même si ses premiers essais derrière la caméra ont lieu au début des années 30.

 

 

Curse of the Faceless Man n'est pas un spectacle original. Son scénario puise principalement au rayon momie, principalement dans le classique datant de 1932, celui de Karl Freund. Du reste, la créature étrusque garde une certaine ressemblance avec le personnage d'Imhotep, jadis campé par le légendaire Boris Karloff. Le médaillon trouvé ici se substitue au parchemin de Thot, objet de convoitise ayant la particularité de ressusciter les morts. Dans les deux films, le "mort-vivant" (ici, un certain Quintillus Aurelius) est persuadé d'avoir trouvé dans le monde actuel la réincarnation de son amour éternel. Dans ce film, la cristallisation d'outre-tombe est personnifiée par Tina Enright (Elaine Edwards), la fiancée de Paul Mallon (Richard Anderson). Une coïncidence un peu grosse pour un personnage étant l'une des deux seules présences féminines du film. On pourrait même en déduire que la première femme croisée aurait fait l'affaire. Mais à cette invraisemblance s'ajoute un pouvoir télépathique : la jeune femme, artiste-peintre, anticipe par rêve l'existence du mort-vivant venu de Pompéi. Elle en est tant troublée qu'elle le peint même. Des emprunts qui semblent eux aussi trouver leurs inspirations dans des classiques de la Universal. Le vampire, tout aussi mythique, est lui aussi doué de télépathie. Quant à certains plans de Curse of the Faceless Man, de ceux où "la créature" tient une femme dans ses bras ("L'Étrange Créature du lac noir" pour le plus évident et pour rester parmi les Universal Monsters), ils sont devenus depuis belle lurette des sortes de clichés magnifiques.

 

 

Le problème principal de Curse of the Faceless Man, une fois le préambule posé, est de ne pas renouveler suffisamment les situations. Ainsi, le film alterne les considérations scientifiques et celles, répétitives, où notre "homme sans visage" se lève puis déambule dans le musée, mais aussi jusqu'à la chambre de sa bien-aimée fantasmée, semant ainsi la terreur. La mise en scène d'Edward L. Cahn demeure solide mais également peu inventive. Champs et contre-champs se succèdent avec stupeur et effroi provoqués, mais sans véritable splendeur du côté de la créature. Du coup, Curse of the Faceless Man mise sur l'efficacité, et parvient à l'atteindre par moments, mais manque globalement de magnificence. Un soupçon d'expressionnisme en plus aurait été le bienvenu. En l'état, il ressemble à un bon épisode de la série "La quatrième dimension".

Certes encore, les acteurs ne rivalisent pas avec certains grands noms liés aux classiques de l'épouvante ; toutefois, ils n'ont rien à se reprocher et livrent à l'unisson une prestation tout à fait décente. Si aux niveaux créatif et inventif, Curse of the Faceless Man est un peu le négatif du précurseur génial "Planète interdite", le jeu de Richard Anderson, décédé en cette année 2017, est quant à lui immuable, c'est-à-dire parfait. Comme compagne à l'écran, Elaine Edwards (Le Masque, "Pamela, Pamela, You Are...") fait office de screaming girl tout à fait convaincante. Parmi les seconds rôles, citons encore, en directeur de musée, Luis Van Rooten (régulier du cinéma de John Farrow - le papa de Mia et de Tisa - puisqu'il commence sa carrière dès 1944 en Himmler dans "Hitler et sa clique" avant de rester fidèle au réalisateur avec "Révolte à bord", "La Grande horloge" "Les Yeux de la nuit" etc.
Dans le rôle de son épouse, Adele Mara, chanteuse-danseuse avant d'être actrice, fréquente elle aussi le cinéma de John Farrow à cette époque ("Les échappés du néant"). Tout comme les deux autres scientifiques du film, Gar Moore (qui a l'avantage d'avoir déjà croisé Boris Karloff dans "Deux nigauds chez les tueurs" en 1949) et Felix Locher ("La fille de Frankenstein" - il jouera même un cadavre dans House of the Damned ici chroniqué), elle assure le principal : une présence crédible. Quant à Quintillus Aurelius, alias le somnambule d'argile, il est campé par un certain Bob Bryant. Il trouve ici une sorte de consécration et en tout cas son plus grand rôle peu avant de camper un nudiste dans "My Bare Lady" d'Arthur Knight. Moins à poil que dans le nudie précité, il est "volcanisé" par les bons soins du maître es maquillages, Layne Britton, que l'on retrouvera plus tard au générique de films tels que "Porgy and Bess" (le noir, c'est lui), "Tora! Tora! Tora!" (le jaune, c'est lui) ou encore "Les Blues Brothers" (les noirs blanchis, c'est encore lui !).

 

 

Profitons de l'occasion pour dire quelques mots à propos d'autres noms comme celui de Kenneth Peach, directeur de photographie au talent sûr et qui, la même année, tout comme Layne Britton, travaille également sur un autre film d'Edward L. Cahn, It! The Terror from Beyond Space, distribué tous deux dans les salles en double-programme. Son travail est à l'image du film, parfaitement fonctionnel mais rarement inventif. Il convient de mentionner dans la foulée que ces deux S.F. horrifiques furent tournées avec la même équipe, quasi simultanément. On retrouve du coup Jerome Bixby au scénario, lequel n'a pas de grande filmographie à faire valoir. It! The Terror from Beyond Space et Curse of the Faceless Man marquent ses débuts et ce dernier enchaine avec "The Lost Missile" de William Berke, écrit ensuite pour les séries "Men into Space" et "La Quatrième dimension". Son fait d'armes le plus mémorable est d'avoir imaginé l'histoire du "Voyage fantastique", transformé par Richard Fleischer en classique que l'on sait. La musique est quant à elle composée par l'excellent Gerald Fried dont la carrière commence avec les quatre premiers films d'un certain Stanley Kubrick (jusqu'au "Sentiers de la gloire") et dont la trajectoire sera liée à celle d'un autre grand réalisateur : Robert Aldrich. Disons-le comme c'est, sa partition est irréprochable et probablement ce que recèle de meilleur cette petite série B. Les chemins de la vie étant faits pour se croiser, il n'y a qu'un Bob Aldrich qui sépare autant qu'il réunit Gerald Fried et William Glasgow, directeur artistique de talent lui aussi, indissociable de l’œuvre du gros Bob (de En quatrième vitesse à "Qu'est-il arrivé à tante Alice?"). Il décède en 1972 après avoir contribué une dernière fois au cinéma avec ...tick... tick... tick... - Et la violence explosa.

 

 

Pour en revenir à cette "Malédiction de l'homme sans visage" et conclure à son propos : probablement minorée car considérée comme la resucée d'une source prestigieuse, il s'agit d'une série B attrayante et qui, quoi qu'il en soit, jamais n'ennuie du haut de ses modestes 77 minutes.


Mallox

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