Journal intime d'une nymphomane, Le
Genre: Erotique , Drame , Policier
Année: 1972
Pays d'origine: France
Réalisateur: Jesús Franco
Casting:
Montserrat Prous, Jacqueline Laurent, Kali Hansa, Anne Libert, Howard Vernon, Doris Thomas, Manuel Pereiro...
Aka: Les Inassouvies 77 / Sinner / Diary of a Nymphomaniac / Diary of a Nympho / Le giornate intime di una giovane donna
 

Dans une ville balnéaire sur le littoral espagnol, un certain Ortiz se fait séduire par une entraîneuse et stripteaseuse dans un club privé. Après l'avoir fait boire plus que de raison, elle l'entraîne chez elle en lui faisant miroiter une nuit de folie. Imbibé par l'alcool, Ortiz ne tarde pas à s'endormir. La jeune femme, Linda Vargas, appelle alors la police en signalant un meurtre. L'adresse indiquée est la sienne. Linda se tranche ensuite la gorge, et place l'arme dans la main de son "client" avant de mourir. L'arrivée de la police réveille Ortiz qui ne comprend rien mais plaide son innocence. Il est arrêté et inculpé de meurtre. Désespéré, il demande à sa femme, Rosa, de lui venir en aide. Celle-ci va par la suite rencontrer successivement les personnes qui ont connu intimement Linda, et apprendre que cette dernière tenait un journal intime contenant des révélations capitales...

 

 

Le journal intime d'une nymphomane fait sans conteste partie des œuvres ambitieuses de Jesus Franco. Lorsque l'on se penche sur les quelques deux cents longs métrages de sa filmographie pléthorique, il est évident que tout n'est pas reluisant, et que le pire côtoie souvent le meilleur. Mais le réalisateur a prouvé, notamment dans la période couvrant les années 60/70, qu'il était capable de construire des histoires cohérentes. Ce film en fait partie, il possède une réelle tension dramatique et l'érotisme se glisse dans la tragédie avec une évidence naturelle. Filmé juste après Les Démons, Le journal intime d'une nymphomane débute avec la mort de l'héroïne, et le spectateur apprend les circonstances ayant conduit à cet acte désespéré (doublé d'une vengeance) par le biais d'une succession de flashbacks. Ces derniers interviennent à chaque fois que la femme du présumé coupable rencontre une personne ayant connu la défunte.

L'histoire de Linda Vargas permet au cinéaste d'exploiter un univers qu'il affectionne, celui des boîtes de nuit, des clubs de striptease, avec ses shows lesbiens. On y croise une faune particulière, celle pour qui le sexe revêt une importance capitale. Ainsi Linda fera-t-elle la connaissance d'une aristocrate très "libérée", puis d'une stripteaseuse qui l'entraînera dans des jeux érotiques lors de séances photos.

 

 

Comme c'est souvent le cas avec le réalisateur, les femmes sont à l'honneur et occupent les premiers rôles. A commencer par Montserrat Prous, qui incarne la dénommée Linda, personnage central du film. Elle va tourner régulièrement pour Jess Franco durant les années 1972-73, une bonne demi-douzaine de fois, notamment dans "Les Amazones de la luxure" et "Maciste et les gloutonnes". Autour d'elle gravitent d'autres ravissantes actrices comme la Belge Anne Libert (Les Expériences érotiques de Frankenstein, La Fille de Dracula), Kali Hansa (The Night of the Sorcerers), Doris Thomas (Les Démons), sans oublier Jacqueline Laurent, le fil conducteur de l'histoire puisqu'elle joue le rôle de Rosa, retraçant de façon indirecte le parcours de Linda jusqu'à sa fin tragique. Jacqueline Laurent a tourné, tout comme ses autres partenaires dans le film, dans bon nombre de productions érotiques. On a pu la voir, entre autres, dans Les Possédées du diable, ainsi que dans Nathalie rescapée de l'enfer, où elle avait un rôle proche de celui de Dyanne Thorne dans la série des Ilsa.

 

 

Au niveau des acteurs, on retiendra essentiellement la prestation (tardive mais appréciable) de Howard Vernon, collaborateur fidèle de Franco, aussi bien lorsqu'il s'agit de composer des personnages troubles que pour s'occuper de la photographie. De son vrai nom Mario Lippert, l'acteur suisse était en effet un photographe professionnel, et il officiera en tant que tel pour le réalisateur espagnol en une dizaine d'occasions.

Un autre atout de ce Journal intime d'une nymphomane concerne la partition musicale. Celle-ci est l'œuvre de deux personnes. La première a pour nom Jean-Bernard Raiteux, à qui l'on doit les bandes originales de deux autres films de Franco, Les Démons et La Comtesse perverse. La seconde n'est autre que le célèbre Vladimir Cosma, un compositeur que l'on ne présente plus. Le résultat est plus que satisfaisant, avec une partition tantôt envoutante (accompagnant parfaitement la chorégraphie du show lesbien, faite de gestes lents et sensuels), et tantôt rock à forte consonance psychédélique. Les séances photos, sur fond de guitares saturées, possèdent un aspect irréel et donnent une dynamique aux scènes saphiques. Par bonheur, Jess Franco évite les "close-ups" (gros plans) sur l'intimité de ses actrices de même que les "flous artistiques" à l'objectif dont il abusera par ailleurs en de nombreuses occasions.


Indubitablement, Le journal intime d'une nymphomane est à ranger au sein des réussites de Jess Franco dans sa période Robert de Nesle. Après ce film, le cinéaste va reprendre la majorité de son casting pour tourner, dans la foulée, La Maison du vice (alias Les Ébranlées), une œuvre qui se passe aussi dans le milieu des boîtes de nuit et de la prostitution. On y retrouve donc Montserrat Prous, mais dans un rôle bien moins fort que celui de ce Journal intime... On regrette que cette actrice au talent indéniable n'ait pas souvent bénéficié de rôles aussi étoffés. Quant à Jess Franco, il n'allait pas tarder à trouver en Lina Romay sa future égérie...

 

Flint

(Critique initialement publiée sur Sueurs Froides - 22/07/2012)


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