Malédiction de Frankenstein, La
Titre original: La maldicion de Frankenstein
Genre: Horreur , Erotique
Année: 1972
Pays d'origine: France / Espagne
Réalisateur: Jess Franco
Casting:
Howard Vernon, Anne Libert, Alberto Dalbes, Dennis Price, Britt Nichols, Luis Barboo, Beatriz Savon, Daniel White, Lina Romay (pour la version espagnole)
 

Dans son laboratoire, le Docteur Frankenstein (Dennis Price), aidé de son assistant Morpho (Jess Franco), parachève l'œuvre de sa vie : réussir une transplantation du cerveau afin de rendre intelligente sa créature : un géant à la force colossale. Alors qu'il vient de toucher au but, il n'a malheureusement pas le temps de savourer sa victoire. Une créature encore plus étrange, Melissa (Anne Libert), femme-oiseau accompagnée de Caronte le serviteur dévoué (Luis Barboo), fait irruption et kidnappe la créature. Dans la lutte, le savant a été gravement blessé, et Morpho assassiné. Le duo ramène le monstre au château de Varna, repaire du magicien Cagliostro. Le sorcier a d'immenses pouvoirs. Il a notamment engendré Melissa à partir d'un œuf et de semence humaine, et, bien qu'aveugle, la femme-oiseau possède des talents de clairvoyance et agit en qualité d'oracle auprès de son maître. Melissa est aussi friande de chair humaine, pratique qu'elle met en œuvre lors de joutes érotiques avec des prisonniers enchainés dans des cellules.

 

 

Cagliostro envisage d'utiliser la créature de Frankenstein afin qu'elle lui ramène de jeunes filles vierges pour satisfaire ses appétits sexuels. Il compte aussi créer une femme parfaite, qui s'unira au monstre afin de donner naissance à l'être suprême. Un être qui sera la pierre de voute de Panthos, une secte de morts-vivants que contrôle Cagliostro, également versé dans les arts de la nécromancie.
En attendant, le Docteur Seward (Alberto Dalbes) tente de sauver Frankenstein mais n'y parvient pas. Lors des obsèques, il fait la connaissance de Vera, qui n'est autre que la fille de Frankenstein. Elle compte reprendre les travaux de son père et parvient d'ailleurs à le ranimer provisoirement dans le laboratoire, grâce à un appareil sophistiqué appelé "le rayon de vie". Elle apprend ainsi que la créature de son père a été enlevée par Cagliostro. Vera décide de se rendre sur les lieux, bien qu'étant consciente du danger. Seward tentera de la sauver, avec l'aide de l'Inspecteur Tanner (Daniel White).

 

 

Pour ceux qui ne connaissent pas cet opus de Jesus Franco, et pour tous les autres qui ne sont guère habitués aux oeuvres du cinéaste ibérique, un tel résumé pourrait laisser entendre que l'on ait affaire à un grand n'importe quoi. Eh bien... oui ! C'est tout à fait cela, et mieux encore !
Dans La malédiction de Frankenstein, Jess réussit la performance d'aligner dans un seul film un monstre de Frankenstein enduit de peinture argentée, à faire pamer Sheila période disco B.Devotion ; une femme-oiseau aveugle cannibale poussant des petits cris, fringuée d'une moumoute Emmaüs avec des gants en plumes vertes ; un Frankenstein mort mais ressuscité trois fois momentanément pour qu'il puisse donner des indications sur les circonstances de son décès ; la fille de Frankenstein qui trouve génial de se constituer prisonnière pour mieux approcher Cagliostro (et qui donc tombe en son pouvoir) ; et un Cagliostro qui, pour créer la femme parfaite, décapite Britt Nichols (dont le corps est pourtant irréprochable), ne conservant que sa tête pour la greffer sur le corps d'une autre nana qui n'est pas mieux foutue. Oui, il y a tout cela dans le film, et puis aussi des zombies comme on n'en voit rarement (sauf dans les trains fantômes des fêtes foraines de notre enfance), dont un qui a les oreilles de Monsieur Spock ; ainsi qu'un inspecteur de police qui décapite Frankenstein devenu sa propre créature (ironie du sort) en lui balançant de l'acide.

 

 

Bref, c'est navrant, ou génial... tout dépend comment on est disposé face à un tel spectacle. Franco mélange sans complexe les romans de Mary Shelley et Bram Stoker, comme précédemment dans son "Dracula contre Frankenstein". Les deux films font d'ailleurs en quelque sorte partie d'une trilogie, comprenant aussi "La Fille de Dracula".
Ces films, tournés au tout début des seventies, correspondent à une série de longs métrages étranges, sinon imprévisibles, que Jess Franco réalisa pour Robert de Nesle, qui était à la tête de la Compagnie du Comptoir Français du Film. La plupart de ces œuvres étaient bouclées en à peine deux semaines, généralement au Portugal ou en Espagne (Barcelone, Alicante, Murcia et Lisbonne pour La malédiction de Frankenstein). Pour la musique, l'excellent Daniel White était évidemment de la partie (en plus d'avoir un rôle consistant). Pour ce film, White a composé une musique totalement expérimentale, très contemporaine, avec notamment un passage dément à l'orgue, comme si Charly Oleg se prenait subitement pour Fantomas.
En dehors de l'infernal tandem (Franco s'octroyant un petit rôle), on reste en terrain connu niveau casting : Anne Libert et Britt Nichols (toutes deux dans "La Fille de Dracula", Les Démons et Une Vierge chez les Morts-Vivants, entre autres), Alberto Dalbes ("Kiss me Killer", "Tendre et Perverse Emanuelle"), Dennis Price (Venus in Furs, Vampyros Lesbos), et l'incontournable Howard Vernon, magistral en Cagliostro.

 

 

Comme souvent avec le cinéaste espagnol, La malédiction de Frankenstein existe en plusieurs versions (deux, en fait). L'une destinée au marché français, englobant plusieurs scènes de nudité ; et une autre, pour l'Espagne, où toute trace d'érotisme a disparu. Les scènes en question ont soit été supprimées, ou (plus fort) modifiées en habillant les personnages. L'exemple le plus frappant est le passage dans lequel Caronte et Vera Frankenstein sont attachés au milieu d'un amas de piques enduites de poison, tout en étant fouettés par la créature de Frankenstein. Entièrement nus dans la VF, les acteurs sont habillés dans la version espagnole (Luis Barboo arborant d'ailleurs un magnifique slip en peau de bête).

Par ailleurs, peut-être pour compenser la durée réduite du métrage, la version espagnole comprend cinq scènes additionnelles ne figurant pas dans la VF. Il s'agit d'une intrigue supplémentaire impliquant un groupe de gitans, dont le personnage principal, Esmeralda, se trouve être possédé par Cagliostro. Si les scènes en question n'apportent rien d'essentiel au film, il s'agit néanmoins d'un événement car le rôle d'Esmeralda échoit à une petite nouvelle nommée Lina Romay. Première incursion dans le cinéma, première rencontre avec Jess Franco, et le début d'une nouvelle ère, d'une longue histoire puisqu'elle dura jusqu'au décès de l'actrice en 2012. Après la mort tragique de Soledad Miranda, Jess Franco trouvera en Lina Romay la muse dont il avait toujours rêvé.

 

 

En dehors de cette anecdote, La malédiction de Frankenstein demeure un film tout autant fascinant qu'incohérent, avec une conclusion absurde. Mais peu importe. On voit que le cinéaste voue une passion pour les serials, les bandes dessinées. Howard Vernon campe un méchant mégalomane à la Fu Manchu, partant dans de délirants monologues, et dont le but est toujours le même : la domination du monde. Malgré son flot d'absurdités, il y a dans le film plus d'idées et d'action que dans les deux précédents opus de cette fameuse trilogie, et Franco pousse le bouchon vraiment très loin au niveau du délire.
Pour la petite histoire, Cagliostro, de son vrai nom Joseph Balsamo, vécut durant la seconde partie du XVIIIe siècle. Son existence fut particulièrement mouvementée, et incroyable. Il utilisa en plusieurs occasions des pseudonymes, l'un d'entre eux étant... Mélissa !

 

Flint

 

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche du combo Artus Films de Les Expériences érotiques de Frankenstein

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