Absolution
Genre: Thriller , Drame
Année: 1978
Pays d'origine: Royaume-Uni
Réalisateur: Anthony Page
Casting:
Richard Burton, Dominic Guard, David Bradley, Billy Connolly, Andrew Keir...
Aka: Murder by Confession (RFA)
 

Dans un pensionnat catholique pour garçons, une étrange amitié lie le Père Goddar, un homme sévère mais particulièrement brillant, et Benji, l'un de ses meilleurs élèves. Mais le Père Goddar connaît le caractère influençable de Benji, et lorsque ce dernier commence à passer beaucoup de temps avec Blakely, un jeune homme anticlérical et à l'esprit libre, il en est carrément indigné. Il défend à son protégé de continuer à fréquenter Blakely et s'arrange même avec la police pour que ce dernier soit une bonne fois pour toutes écarté des bois qui cernent le pensionnat. Mais c'est au tour de Benji de se révolter, et sa vengeance contre le Père Goddard va être cruelle et exécutée de sang-froid, débouchant même sur une suite d'événements tragiques inattendus.

 

 

Absolution fait partie – et bien que Michael Caine fut un temps envisagé – d'une période un peu singulière dans la carrière de l'acteur Richard Burton, celle où il endosse une soutane à l'écran (L'Exorciste II : L'hérétique juste avant) lorsqu'il ne se fait pas d'une autre manière le "chantre de la confidence" ("Equus" de Lumet) ou le médium capable de pouvoirs télékinésiques (La Grande menace).
Si l'on se réfère aux mémoires écrites en 2018 par l'acteur Jon Plowman, un autre prêtre du film, Burton détestait apprendre les vers par cœur et jouer un prêtre lui permettait, notamment lors de scènes de confessionnal, de coller le scénario au mur derrière la caméra. Quoi qu'il en soit, Richard Burton livre une étonnante prestation et, habité par un rôle qui lui tenait alors à cœur de jouer (il accepte à l'époque de revoir son cachet à la baisse), il s'autorise même à improviser le temps d'une scène où il récite des vers de Gerard Manley Hopkins.

Mais Absolution porte avant tout la patte d'Anthony Shaffer ("Frenzy", "Le Limier", "The Wicker Man"), qui scénarise et adapte alors sa propre pièce de théâtre (Play With a Gypsy) n'ayant jamais été jouée. À ce sujet, il fait partie de ces bobines où il convient de ne point trop en dire. La réalisation est alors confiée à Anthony Page (rompu à la télévision, mais également auteur d'un étonnant "Jamais je ne t'ai promis un jardin de roses" ainsi que d'un remake assez futile de "Une femme disparaît", avec Elliot Gould, Cybill Shepherd et Angela Lansbury).

 

 

Au niveau des acteurs, citons également Dominic Guard ("Le Messager" de Losey, "Pique-nique à Hanging Rock" de Peter Weir), David Bradley (révélé par Ken Loach avec "Kes") mais aussi Billy Connolly (il jouera Fido dans le film éponyme) dont c'est aussi le premier rôle pour le cinéma. Ce dernier, ici en hippie joueur de banjo, campant dans les bois cernant le pensionnat, y sert tout à la fois de catalyseur puis de révélateur...

... De révélateur car tout ce qui va imploser et exploser, au-delà de cette foi, au-delà des obligations de celle-ci, peut se réduire à "une certaine attirance de Goddard pour ses élèves". Une attirance qui ne va pas sans préférences et, par conséquent, non sans jalousies. L'une des astuces, mais aussi et surtout l'une des failles de cette foi tapie dans l'institution, c'est d'être tenu à La Loi du Silence du confessionnal.

 

 

À ce sujet, et pour faire les liens avec deux films et deux réalisateurs évoqués plus haut, on retrouve Robert Addie, ici dans son premier rôle pour le cinéma avant de retrouver l'auteur de L'Exorciste II : L'hérétique pour camper Mordred dans "Excalibur". Quant au vaccin de rappel de Sydney Lumet, il se fait de lui-même, tout bêtement parce que Absolution n'est pas sans rappeler Les Yeux de Satan (Child's Play) avec son établissement catholique pour garçons, l'atmosphère trouble qui règne au sein du pensionnat, les rapports dominés/dominants entre les élèves mais aussi entre les professeurs, puis les élèves et les professeurs qui parfois s'inversaient jusqu'à semer une confusion toute démoniaque, défiant quoi qu'il en soit la foi. Idem pour l'aspect forcément théâtral (leur source réciproque).
Child's Play de Lumet s'impose donc comme référence et l'on retrouve le même art manipulateur et vénéneux dans Absolution, œuvre sur la perversion cachée, sur la face obscure, l'hypocrisie et, en point de mire, le doute, ce Diable qui peut s'immiscer dans l'esprit jusqu'à tuer.

Dans cette même famille toute ambivalente, on peut également citer jusqu'à Mort d'un Prof de John MacKenzie, encore que le père spirituel des dominants-dominés serait plus à chercher du côté de The Servant. Mais là où Absolution diffère des films cités, c'est dans l'attirance sexuelle, soit suggérée, mais qui pèse pourtant sur le film de Page de manière omniprésente. Burton/Goddard, en tant qu'éducateur et formateur, semble constamment embarrassé d'une mauvaise conscience et de tourments qui forment une fissure servant la manipulation juvénile. À partir de cette dernière, Anthony Shaffer la fait se multiplier, mais toujours poussée plus loin, et toujours au nez et à la barbe du Père Goddard, mais aussi du spectateur.

 

 

Illusion ou réalité ? Vérité ou mensonge ? De quoi pousser à la folie puis de la folie au suicide. Or le suicide est ici voué à la damnation éternelle. Et vivre avec la vérité c'est évoluer dès lors dans un Enfer, plus réel, tout fait de regrets, de châtiment et d'expiation.

Absolution fait partie de ces œuvres déroutantes de prime abord et qui, chemin de croix et cauchemar éveillé faisant, se révèle aussi piégeant qu'une toile d'araignée tissée avec art. Un traquenard grandissant fort bien assisté d'une excellente musique de Stanley Myers (tour à tour inquiétante et festive, soulignant ainsi l'aspect trublion de l'œuvre) et d'une somptueuse photographie toute naturaliste signée quant à elle par un autre expert en la matière : John Coquillon (régulier de chez Peckinpah, on lui doit aussi de magnifiques travaux sur des œuvres telles que "Le Grand inquisiteur", "Le Cercueil vivant", L'Enfant du diable, L'Homme de Prague ...). Une direction artistique tout à fait remarquable qui permet de trouver un équilibre entre l'atmosphère gothique de l'école et la campagne environnante.

Quant à notre "malheureux" Richard Burton, ici dindon de la farce sombrant dans la folie, il éprouvera peu après - on le comprend - le besoin de se dégourdir les jambes avec "La Percée d'Avranches" et entre deux "Oies sauvages", peu avant de s'en aller rejoindre Dieu. En tout cas, on l'espère pour lui !

 

 

Mallox

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