Crypte du vampire, La
Titre original: La cripta e l'incubo
Genre: Vampirisme , Fantastique , Gothique
Année: 1964
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Camillo Mastrocinque
Casting:
Christopher Lee, Adriana Ambesi, Ursula Davis, José Campos, Véra Valmont, Carla Calo...
Aka: La maldicion de los Karnstein / Crypt of the Vampire/ Terror in the Crypt
 

Au XIXème siècle, dans la région autrichienne de Styrie. Le comte Ludwig Karnstein, veuf, vit avec sa fille unique Laura dans le château ancestral. Eloigné du monde (le village le plus proche a été abandonné depuis longtemps), l'édifice abrite également en son sein un homme à tout faire (Cedric), une domestique (Annette, qui est la maîtresse du Comte) et enfin Rowena, la gouvernante, une femme austère qui s'adonne à la magie noire.
Les jours pourraient couler paisiblement entre les murs de ce château si l'ennui et la peur ne rongeaient pas Laura d'un mal profond. Seule, et sujette à des cauchemars récurrents, la jeune femme se morfond dans sa chambre malgré le réconfort de Rowena qui tente bien de conjurer le mal... par le mal, en invoquant Satan. Mais ses prières ne sont pas exaucées, et la malédiction des Karnstein semble bien réelle. On dit que deux siècles plus tôt, la comtesse Sheena Karnstein fut brûlée par les siens pour actes de sorcellerie. Avant de périr, elle lança une malédiction, annonçant qu'une Karnstein naîtrait, qui serait son portrait craché et le bras de sa vengeance.

 

 

Le temps a passé. Rien de notable ne s'était produit mais voilà que ces derniers mois trois jeunes femmes de la dynastie des Karnstein ont été retrouvées mortes dans de mystérieuses circonstances, la dernière étant Tilde, la cousine de Laura. Ludwig Karnstein, inquiet de la tournure des événements, et craignant pour la vie de sa fille, fait alors appel à Friedrich Klauss, un restaurateur de tableaux. Le Comte lui confie la mission de retrouver un portrait de Sheena Karnstein, qui serait caché quelque part dans le château. Karnstein redoute en effet que Laura soit la réincarnation de son ancêtre malveillante.

Friedrich tente peu à peu de créer un lien avec Laura mais la jeune femme reste murée dans son désespoir. Jusqu'au jour où un carrosse perd une roue sur la route qui longe le château. Témoins de la scène, Laura et Friedrich font la connaissance de Ljuba et de sa mère. Cette dernière doit poursuivre son voyage, en toute urgence. Les Karnstein proposent donc d'accueillir Ljuba et de s'occuper d'elle le temps nécessaire. Au fil des jours, Ljuba et Laura sympathisent au point de devenir inséparables. Le Comte reprend espoir en voyant sa fille retrouver la joie de vivre. Néanmoins, l'ombre de Sheena semble toujours hanter les sombres couloirs de la demeure ancestrale...

 

 

C'est en pleine vague gothique que La crypte du vampire voit le jour. L'Italie, tout comme l'Angleterre, dispose des meilleurs réalisateurs dans ce créneau, parmi lesquels Mario Bava ("Le corps et le fouet"), Riccardo Freda (L'effroyable secret du Dr Hichcock) et Antonio Margheriti ("La sorcière sanglante"). Camillo Mastrocinque, quant à lui, n'est pas du tout un spécialiste du film fantastique lorsqu'il met en chantier La cripta e l'incubo. Il a pourtant une bonne cinquantaine de longs métrages à son actif, mais essentiellement des drames, des oeuvres romantiques et des comédies avec l'acteur Totò.
Il décide pourtant d'adapter le roman (ou la longue nouvelle) de l'écrivain irlandais Sheridan Le Fanu : "Carmilla". Publié en 1871 (le "Dracula" de Bram Stoker sera édité en 1897), "Carmilla" raconte l'histoire de Laura Karnstein, une jeune femme vivant recluse dans un château avec son père, au début du XIXème siècle, en Styrie. Un jour, suite à l'accident d'un attelage, elle fait la connaissance de Carmilla. La famille Karnstein accueille la jeune femme, blessée, le temps qu'elle guérisse. Laura et Carmilla deviennent amies, une amitié se transformant peu à peu en amour saphique. Mais cette passion est ternie par d'étranges événements survenant dans la région, où des femmes meurent après avoir sombré dans une profonde mélancolie.

"Carmilla" est probablement le premier récit à aborder saphisme et vampirisme. Il a connu de nombreuses adaptations au cinéma. Parmi celles-ci, on peut citer "... Et mourir de plaisir" de Roger Vadim (1960), la trilogie "Karnstein" de la firme Hammer, comprenant "The Vampire Lovers" (1970), "Lust for a Vampire" (1971) et Les sévices de Dracula (1971), ainsi que La mariée sanglante de Vicente Aranda (1972). On peut également rajouter "La comtesse noire" de Jess Franco en 1973 (transformant le nom de Karnstein en Karlstein, comme il le fit pour "La fille de Dracula"), et Alucarda de Juan Lopez Moctezuma (1977). Il est à noter qu'à l'exception de ce dernier et des trois films de la Hammer, les autres sont des adaptations modernes du roman de Le Fanu, se déroulant à l'époque où ils furent tournés.
Pour le tournage de La crypte du vampire, Camillo Mastrocinque a choisi le magnifique cadre du château de Balsorano, dans la région des Abruzzes. Erigée au XVème siècle, cette forteresse médiévale sera la vedette de bon nombre de films populaires, surtout dans les années 1960/70. On la retrouve notamment dans Vierges pour le bourreau, Les vierges de la pleine lune, Reincarnation of Isabel, L'insatiable Samantha, "Emanuelle et les collégiennes" ou encore "Malabimba". A ce titre, on peut considérer le château de Balsorano comme un haut lieu du cinéma de genre.

 

 

Un tel cadre ne pouvait accueillir qu'un acteur prestigieux. Et on ne pouvait rêver mieux que Christopher Lee. Devenu une star du cinéma fantastique suite au doublé légendaire de Terence Fisher, "Frankenstein s'est échappé" (1957) et Le cauchemar de Dracula (1958), l'acteur britannique sera l'icône incontestée de la firme Hammer avec Peter Cushing. Mais contrairement à son ennemi/partenaire de bien des films, Christopher Lee va déployer son charisme incroyable (et son mètre quatre-vingt-seize) en Italie, où il mènera une carrière parallèle particulièrement fructueuse. D'abord avec Steno ("Les temps sont durs pour Dracula"), puis Mario Bava (Hercule contre les vampires). En 1963, il enchaîne successivement "La vierge de Nuremberg" et "Le corps et le fouet", avant de poursuivre avec La cripta e l'incubo. En plus de l'Angleterre et l'Italie, Christopher Lee tournera aussi pas mal en Allemagne à cette époque, notamment dans des krimis.
L'originalité, dans l'oeuvre de Mastrocinque, réside dans le fait que le personnage incarné par Lee, le comte Ludwig Karnstein, est sympathique, et que sa bonté n'est jamais remise en question durant tout le film. C'est assez rare pour être souligné, et l'on suppose que l'acteur a dû apprécier de changer de registre en cette circonstance.

Dans le film, Christopher Lee est entouré d'acteurs bien moins prestigieux, sinon inconnus du grand public. A commencer par Adriana Ambesi, à la beauté trouble rappelant la diva Maria Callas, qui joua dans une poignée de péplums et de westerns ainsi que dans une comédie de Lucio Fulci, Come svaligiammo la banca d'Italia. Une carrière en demi-teinte, tout comme sa partenaire Ursula Davis, que l'on apercevra dans l'autre film gothique de Mastrocinque, "Un ange pour Satan", et dans le mémorable Jungle 2000 de Roberto Mauri. La française Vera Valmont est également de la partie. Un parcours atypique pour cette actrice qui aura débuté dans des comédies "franchouillardes" comme "Taxi, roulotte et corrida" et "Les Fortiches", pour bifurquer au milieu des seventies dans le circuit érotique (le diptyque de Pallardy Règlements de femmes à OQ Corral et L'arrière-train sifflera trois fois) et même le porno à l'occasion ("Les pornochattes"), avant de disparaître définitivement des écrans.
L'erreur de casting tient peut-être du rôle du "jeune premier", le restaurateur de tableaux, qui est joué par un parfait inconnu, l'espagnol José Campos, hélas bien trop fade et aisément éclipsé par un Christopher Lee pourtant extrêmement sobre.

 

 

Concernant l'équipe technique, on remarque des noms bien plus évocateurs, qu'il s'agisse de Carlo Savina pour la musique, ou de Demofilo Fidani pour les décors. Les scénaristes sont également des noms familiers pour les habitués du cinéma bis, puisque l'on retrouve l'inévitable Ernesto Gastaldi, et un tout jeune Tonino Valerii, également crédité en tant qu'assistant réalisateur. Alors débutant, Valerii se fera connaître en tant que réalisateur pour son giallo Folie meurtrière et quelques westerns comme Le dernier jour de la colère, Texas et "Mon nom est Personne".
Bien que La crypte du vampire soit une coproduction italo-espagnole, on relève les noms, parmi les producteurs (et distributeurs) du film, du duo américain fondateur de l'American International Pictures, Samuel Z. Arkoff et James H. Nicholson.

Peu spectaculaire dans l'ensemble, le film aurait tendance à plonger le spectateur dans une certaine léthargie, à l'instar de son héroïne Laura. Ce serait oublier, néanmoins, que La crypte du vampire est parsemée de très jolies scènes, d'un esthétisme rendant hommage comme il se doit au genre gothique. La première scène donne d'ailleurs le ton, avec un rêve onirique de Laura se transformant progressivement en cauchemar, dans lequel elle voit sa cousine Tilde courir dans les bois, cherchant apparemment à échapper à un danger avant que sa fuite ne s'arrête devant un carrosse noir surgi de nulle part. Les deux passages où Ljuba entraîne Laura au dehors sont également réussis, le premier conduisant à l'église en ruines et le second au dénouement. La fin dans le caveau des Karnstein est aussi à porter au crédit du metteur en scène, notamment le moment où Franz Karnstein sort d'un cercueil pour étrangler Friedrich. Le visage maquillé de Franz et sa gestuelle évoquent alors de manière saisissante le cinéma expressionniste allemand de l'entre deux guerres.
Enfin, la veillée funéraire voyant la gouvernante Rowena se dresser de son cercueil et pointer un doigt accusateur vers Laura, tandis que les éclairs viennent s'intercaler dans l'obscurité de la nuit, demeure un moment fort, et n'est pas sans rappeler l'ambiance de quelques joyaux du cinéma fantastique mexicain de cette époque.

 

 

Alors, si l'on se réfère à l'appréciation de ce film par Jacques Zimmer, quand il écrivait ces mots dans La Saison Cinématographique 66 : ... son film est un plagiat vulgaire et confus, une sorte de mélodrame mondain parsemé de séquences oniriques ratées et d'emprunts mal assimilés, on peut dire que le journaliste avait la dent dure et qu'en vérité, La cripta e l'incubo mérite plus de reconnaissance et de considération. Mais il est vrai qu'à l'époque le cinéma gothique était l'apanage de noms reconnus, et que les nouveaux venus n'avaient pas forcément voix au chapitre. Camillo Mastrocinque, avec le recul, apparaît comme un honnête artisan dans le cinéma gothique, et d'ailleurs il le prouvera deux ans plus tard avec "Un ange pour Satan", qui est un très bon cru, et pas seulement du fait de la présence de Barbara Steele. Alors certes, la relation saphique entre Laura et Ljuba est à peine esquissée, et l'atmosphère horrifique censée régner dans le château aurait pu être accentuée, mais il n'en demeure pas moins que La crypte du vampire, avec ses cinquante ans d'âge ou presque, vieillit plutôt bien.

 

 

Flint


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