Hollywood Boulevard
Genre: Comédie
Année: 1976
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Joe Dante, Allan Arkush
Casting:
Candice Rialson, Dick Miller, Paul Bartel, Mary Woronov...
 

En 1976, la New World Pictures de Roger Corman se porte très bien, merci, et a fait son grand bonhomme de chemin dans le milieu du cinéma indépendant. Roger est optimiste, et gère sa firme de façon très opportune, quoique très bis également. C'est ainsi qu'il accepta le pari que lui proposa le producteur Jon Davison : à savoir produire un film pour moins de 60 000 dollars et dix jours de tournage... Pari accepté par Corman, et Davison peut donc se mettre en quête de techniciens prêts à se plier aux rugueuses conditions de tournage. Le scénariste sera Danny Opatoshu, déjà auteur pour la New World de scripts comme Night Call Nurses et The Student Teachers. La réalisation tombera dans les mains de deux novices, des préposés aux bandes-annonces en quête de promotion : Allan Arkush et Joe Dante.
Avec si peu de budget, difficile de travailler... Pourtant, Dante et Arkush vont baser leur film sur ce manque d'argent, justement. Le sujet sera simple, et marquera d'ailleurs le début de l'attachement que Dante portera toute sa carrière durant à la description parodique de l'industrie du cinéma : il s'agit ici de narrer les aventures de Candice Hope, une blonde plantureuse débarquée à Hollywood pour percer dans le milieu du cinéma. Sauf qu'elle se retrouvera plongée dans l'industrie du cinéma indépendant, où les films se font sans moyen, et souvent en dépit du bon sens. La société de production qu'elle intégrera grâce à son agent Walter Paisley affichera d'ailleurs clairement la couleur avec son nom de "Miracle Productions", auquel les employés rajoutent volontiers "If it's a good picture, it's a miracle"...
Bien sûr, Dante et Arkush parodient ici la méthode Corman. Mais la très grande force du film est d'être lui-même ce qu'il parodie, et d'en être conscient : un film truffé d'aberrations scénaristiques, où l'histoire première et sa réalisation se révèlent aussi absurdes et hilarantes que les nanars tournés par les personnages du film...
Beaucoup de choses ressortent du film. Déjà, la nature véritablement hors normes de tous ces artisans du bis que sont les réalisateurs, les producteurs, les acteurs, les cameramen... Ici, le réalisateur (joué par le regretté Paul Bartel) est un allumé, un immigré allemand motivant ses troupes en leur faisant croire qu'ils sont en train de tourner un chef d'oeuvre. Il est entouré d'un producteur pouvant aussi bien venir du porno, d'un cameraman borgne, d'un scénariste fleur bleue à cheval sur le respect de son travail, et bien sûr d'acteurs se composant de nymphettes et d'une prima donna qui n'a pas lieu de l'être (Mary Woronov). Toute une galerie de personnages allumés, autour desquels gravite l'agent Walter Paisley, incarné par un Dick Miller totalement allumé...

 

 

Et tout ce petit monde ne serait pas véritablement au complet si on ne parlait pas de leurs acolytes science-fictionnels, engagés pour le tournage du western retro 50's science-fictionnel : l'homme-mouche, l'homme-gorille, "Godzina" et l'extraterrestre... Des membres à part du casting, qui eux aussi apprennent leurs textes, reçoivent des instructions du réalisateur et qui parlent même aux journalistes en quête de making-of... Et n'oublions pas non plus les figurants : les bimbos venues au casting pour femmes à poil, les figurants transformant la scène de viol en véritable snuff, les cascadeurs qui foirent leurs cascades... Bref, pas un pour relever l'autre.
Evidemment, on ne peut imaginer que l'écurie Corman ressemble à ça, et Dante et Arkush ont caricaturé diverses personnalités. Mais le résultat est proprement hilarant. Révélateur aussi d'un certain état d'esprit qui règne sur les tournages : une assemblée d'artisans sans véritable pression, travaillant dans la joie, la bonne humeur et l'amateurisme. Parodique, certes, mais surtout très affectif.

Bien sûr, tout ce que la "Miracle Productions" tourne est également adapté des vraies tendances de la New World de Corman. La tendance à reprendre des bouts de films déjà tournés et de les réinsérer dans de nouveaux films. Chose extrêmement utilisée dans les films tournés ici. Big Bad Mama, Death Race 2000, The Big Doll House... Beaucoup de scènes non utilisées ou déjà utilisées par Corman qui se retrouvent dans le film, utilisées par le personnage de Paul Bartel.
Et puis bien sûr la spécialité de Dante alors qu'il était aux bandes-annonces : les extraits de films philippins. Avec explosions massives, scènes de guerre et autres plans gores... Le sujet du montage est également traité : comment se faire tenir une scène ou les champs / contrechamps ne peuvent pas être raccords, puisque issus de deux oeuvres différentes ? On ne peut pas ! Et le film le prouve, en encourageant le spectateur cinéphile cormanien à retrouver quels sont les films desquels sont tirées ces scènes... Avouons quand même que certains "stock-shots" sont placés relativement logiquement (dans le film de Dante et Arkush, et pas dans les films dans le film), à travers une séquence de drive-in, où Dick Miller assiste à une de ses scènes de The Terror, en n'en profitant pour s'auto-congratuler...

 

 

A part cela, beaucoup d'ingrédients des recettes à la Corman sont citées. Le sexe, la violence, les effets spéciaux (pourris de préférence)... Bref, largement de quoi voir là un documentaire sur le cinéma de genre indépendant. Quelques scènes sont un peu hors sujet, et ne sont rien d'autre que des pubs débiles (et forcément très drôles) insérées lors de la scène du drive-in déjà mentionnée plus haut mais qui est un des temps forts du film. Ces pubs sont entre autres un publi-reportage sur la fabrication d'une pizza, ou concernent encore la mise en vente d'un nouveau laxatif...
Le film se situe donc quelque part entre Amazon Women on the Moon, réalisé quelques dix ans plus tard par entre autres le même Dante, et Le Grand Détournement. Les bisseux en sortiront ravis, d'autant plus que jamais l'industrie du bis n'est traînée dans la boue, si ce n'est par un personnage aigri de ne pas avoir réussi à taper plus haut. Les autres y prendront beaucoup de plaisir également, tant l'absurde y est présent.
Hollywood Boulevard est un film très malin, utilisant ses propres défauts pour les transformer en qualités, tout en étant très informatif sur un cinéma généralement méprisé. Autoparodique à l'extrême, on est très loin des comédies démago et frileuses. D'un pari entre associés, Dante et Arkush ont donc fait une blague. Peu professionnel, mais extrêmement réussi.

 

Note : 8/10

 

Walter Paisley
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