Menottes rouges, Les
Titre original: Zeroka no onna : Akai wappa
Genre: Polar , Trash
Année: 1974
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Yukio Noda
Casting:
Sugimoto Miki, Tamba Tetsuro, Araki Ichirou...
 

Difficile de ne pas rapprocher ces "Menottes rouges" de "La femme scorpion" tourné deux ans avant ; d'une part ils sont sortis groupés dans une belle édition HK, ce qui paraît pertinent vu qu'ils sont tous deux adaptés d'un manga de Tooru Shinohara, et puis par extension, cela nous donne au final deux films d'exploitation trashy ultra-féministes à haute tendance sadomasochiste assez différents pour poser deux beaux repères du cinéma japonais d'exploitation des seventies.
Les deux films mettent en scène de façon tordue des "justicières dans la ville", femmes ultra-vengeresses, prêtes à subir les pires outrages et violences masculines, autant sexuels que physiques, se délectant à l'avance du moment de leur propre vengeance.
Si "La femme scorpion" s'inscrivait davantage dans le "Women in prison", celui-ci est ancré dans le polar et évoque à la fois certaines black exploitations avec Pam Grier ("Foxy Brown" / "White mama black mama") ainsi que tout un pan du cinéma bis transalpin. On a par ailleurs souvent comparé ce film au "House on the edge of the park" de Ruggero Deodato en 1980.
Pour ceux que ça gave de lire plus loin, ce qui peut se comprendre, moi-même je lis parfois en diagonale, je trouve que, puisant dans le meilleur du bis évoqué ci-dessus, "Les menottes rouges" devient à son tour une référence du genre tant au sein du cinéma japonais que dans le monde entier, et mérite absolument d'être vu.

 

 

L'héroïne de l'histoire est une policière qui voit (tout en) rouge ; Elle est fringuée rouge, maquillée en rouge, possède un gun rouge ainsi qu'évidemment, une paire de menottes rouges... Mais attention, ce n'est pas au petit Chaperon rouge que l'on a affaire ; cette garce jouissive utilise du reste ses menottes comme une artiste, achevant ses victimes avec, leur déchirant la gorge bien comme il faut avec de beaux geysers sanglants.
Méfions nous donc de la femme qui voit rouge car la voici repartie en mission ; sortant de prison pour avoir exécuté un violeur / tueur / mais diplomate de son état, elle se voit confier comme mission donc, celle de récupérer la fille du futur premier ministre fraîchement kidnappée tout en exécutant toute personne plus ou moins avertie du fait, tout protagoniste, ravisseur comme civil !
Un bon job en perspective donc pour notre "red queen"...
Pour ce qui est de l'action, elle est ici bien présente, due principalement au réalisateur Yukio Noda qui tourna beaucoup de films d'actions avec Sonny Chiba. On notera que dans ce genre de film tout est prétexte à la violence et la violence sexuelle, même gratuite, comme s'il se servait de son film comme d'un exutoire.

 

 

En parlant d'exutoire justement, Yukio Noda nous balance ici une sorte de monument de perversité, emprunt de la violence la plus crue et d'un érotisme dur, brutal et qui paraît souvent gratuit, et c'est avec brio qu'il utilise l'actrice principale, Miki Sugimoto, égérie des pinku eiga (films érotiques japonais à destination commerciale comme "Prostitute with strong vagina muscles" que je n'ai pas vu mais qui semble être tout un programme) ; suivant la mouvance de "La femme scorpion", dans son ultra violence et féminisme quasi-extrême, les femmes subissent auparavant les pires méfaits masculins : humiliations, viols et tortures qui légitimisent de façon jubilatoire leur froide vengeance.
Pour finir la comparaison par rapport à "La femme scorpion", quoique ça sera difficile, "Les menottes rouges" tranche franchement avec son prédécesseur car celui-ci reste beaucoup plus barbare, plus cru et l'esthétisme suit cette ligne ; Yukio Noda filme comme s'il crachait sur pellicule un sale glaviot dans la rue ; autant dire que nous sommes assez loin du côté plus formel de son modèle ; il nous jette à la gueule d'ailleurs une scène de torture au chalumeau complètement gore et hallucinée, d'autant qu'elle dure plus d'un quart d'heure et nous laisse absolument médusé, éprouvé, épuisé ; cette scène est à noter à mon sens dans les annales du trash ; ailleurs il nous sert sans plateau ni baguettes un bon petit lot de scènes qui tâchent, au moins autant que les plus belles giclées "chambaresques".
N'oublions pas aussi pour revenir à l'intrigue, qu'il s'agit ici d'une mission commandée et non plus d'une vengeance dans sa trame initiale, sa mission est d'éliminer, point. Sauf qu'au sein du gang qu'elle infiltre, il n'y a que ramassis d'ordures, de voleurs, de tortionnaires achevés, de violeurs invétérés, et c'est très bien comme ça, car nous, spectateurs, attendons avec impatience la rébellion de la belle, qui sera donc bien malmenée au préalable, et ma foi, nous ne sommes pas déçus, d'autant que la mise en scène reste très nerveuse et fait peu de concessions ; nous avons droit à quelques cadres tarabiscotés ici et des enchaînements presque cartoonesques ailleurs qui finissent de classer ces "Menottes rouges" nihilistes et malpolies dans le haut de gamme de la "trash bédé", et l'on se rapproche à grands pas de Tsui Hark et de son "Enfer des armes".

 

 

Seul réel point noir finalement : la performance des acteurs, ni bons ni mauvais, un peu trop passifs à l'instar de l'héroïne à la limite de l'amorphe pendant un peu trop longtemps (presque tout le film !), mais disons pour finir que nous n'en attendions pas tant et que ces "Menottes rouges" sont plutôt réjouissantes et campent assez longtemps dans nos mémoires.

Note : 7,5/10

 

Mallox
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