Possédée, La
Titre original: L'Ossessa
Genre: Epouvante , Possession
Année: 1974
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Mario Gariazzo
Casting:
Stella Carnacina, Ivan Rassimov, Luigi Pistilli, Lucretia Love...
 

Danila, une étudiante en histoire de l'art, découvre dans une église désacralisée un crucifix sur lequel figure non pas la sculpture en bois du Christ mais celle d'un bandit, réaliste au-delà du raisonnable. Ni une ni deux, avec l'accord de l'université, elle ramène la chose à l'atelier. Peu de temps après, profitant qu'elle ait le dos tourné, le brigand va descendre de sa croix, devenir un homme en chair et en os, et va faire l'amour à la jeune fille, désarçonnée de voir que le gars est réel. Hélas, il ne s'agit ni plus ni moins que de Satan, qui du coup va pouvoir s'emparer du corps de Danila. C'est donc un cas de possession démoniaque qui s'amorce.

 


"La Possédée" n'est donc vous l'aurez compris qu'une repompe sans scrupules de "L'Exorciste", sorti l'année précédente (et qui obtint le plus gros succès commercial pour un film dit "d'épouvante"). La quasi intégralité du film de William Friedkin se retrouve dans le film de Gariazzo : l'environnement familial plutôt tendu de la jeune possédée, l'impasse dans lequel se trouve la science, puis la prise en charge de l'affaire par l'Eglise, qui confiera le dossier à un exorciste devenu ermite. Mais la comparaison s'arrête là, puisque "La Possédée" se montre pour sa part beaucoup moins scrupuleux sur la construction de l'intrigue, dont les éléments sont mit bout à bout sans imagination, sans aucun sens du réalisme et avec une concision pour le moins douteuse. A vrai dire, Gariazzo s'intéressera bien plus (de façon incompréhensible) à son introduction, dans laquelle il s'amuse à placer des dialogues entre historiens de l'art s'échangeant des remarques sur leurs propres interprétations des oeuvres auxquelles ils sont confrontés. On s'en fout pas mal, d'autant plus que rien ne sera utilisé de façon significative par la suite.
La possession en elle-même est assez peu inspirée, et reprend plusieurs ingrédients de celle de "L'Exorciste" : le maquillage, même si il faudra attendre la toute fin du film et l'ultime développement physique de Danila pour que celui-ci réussisse à faire son petit effet, ainsi que le vomi (à la fin aussi) et les tentations sexuelles. C'est visiblement sur ces dernières que misait avant tout Gariazzo. Mais malheureusement, la pourtant jolie Stella Carnacina ne fait guère plus que de provoquer de façon très soft (je soupçonne l'édition vhs Proserpine d'avoir été censurée) les hommes qui lui passe sous le nez : son petit ami, son père, puis l'exorciste lui-même. Niveau érotisme, bien plus efficace sera l'une des scènes d'introduction, dans laquelle Lucretia Love, qui incarne la mère de Danila, se fera fouetter nue avec des roses par son amant. Tout ça dans le but de nous montrer que la famille de Danila est une famille désunie. Pire, Gariazzo ira de son petit couplet moralisant, léger mais au combien réactionnaire : on apprend ainsi par la bouche d'un curé que la possession démoniaque peut naître des moeurs trop dissolues des parents. Et Lucretia Love de culpabiliser...

 

 

Evidemment, la peur que cherche à faire naître le réalisateur avec son histoire de possession démoniaque a bien du mal à voir le jour. Si certaines scènes ne sont pas trop mal conçues (le viol initial, les hallucinations très bien soudées à ce que l'on croit être la réalité), la plupart sont très approximatives et ne suscitent rien d'autre que la perplexité. Il faut dire que Gariazzo a la mauvaise idée de faire intervenir excessivement son Satan en caleçon, incarné par un Ivan Rassimov surjouant comme un cochon, gâchant complètement les quelques scènes d'orgies vues dans les hallucinations, quand il n'intervient pas directement dans le final pour donner des conseils à sa possédée affrontant le vilain exorciste ("alors la cocotte, tu me le chauffes à la braguette, et il est cuit !"), comme le ferait un coach à son boxeur entre deux rounds.
Et puis il y a Luigi Pistilli en exorciste, tentant vainement de marcher sur les pas de Max Von Sydow : lui aussi connaîtra des problèmes de santé en plein milieu de l'action. Mais le problème est que si Von Sydow était efficacement maquillé par Dick Smith, Pistilli, lui, nous la joue nature. Son physique plutôt propice aux westerns ou aux polars est assez loin de l'image du vieil exorciste en retraite, et on s'étonnera de le voir aussi fragile (faut dire que le con s'auto-flagelle pendant les pauses au milieu des séances, tout ça pour faire pénitence d'avoir été tenté par la tentatrice).

Mario Gariazzo accumule donc les erreurs et rend caduques toutes les quelques bonnes choses qu'il peut présenter. Il sabote son réalisme en insistant plus qu'il ne faut sur l'origine du mal, il utilise abusivement d'une bande son portée sur les choeurs démoniaques, et, peut être la pire chose du film, il fait de sa possédée une hystérique tout juste bonne à hurler et à se taper la tête contre les barreaux de son lit... Alors forcément, en dehors même de toute comparaison hâtive avec "L'Exorciste" de William Friedkin, La Possédée aura très peu de chance de convaincre ses spectateurs.

 

 

Note : 4/10

Walter Paisley
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