Blanc, le jaune et le noir, Le
Titre original: Il Bianco, il giallo, il nero
Genre: Western spaghetti , Comédie
Année: 1975
Pays d'origine: Italie / Espagne / France
Réalisateur: Sergio Corbucci
Casting:
Eli Wallach, Tomas Milian, Giuliano Gemma, Jacques Berthier, Romano Puppo...
 

Alors qu'un poney japonais sacré a été kidnappé, trois hommes aux cultures et aux ambitions différentes s'allient afin de le retrouver. Le shérif Gedeon, mais aussi Saoura, l'assistant du samouraï spolié puis tué, ainsi qu'un sympathique Suisse hors-la-loi venu à moto...

 

 

Qu'il est loin le temps chatoyant du "Mercenaire" et de "Companeros", dans lesquels les péripéties s'enchaînaient sans temps morts avec ce qu'on nomme le grand souffle de l'aventure. Exit la verve, exit la truculence, et place à l'humour grossier, tendance "Fayot-Prout". Quant au souffle des grandes oeuvres de Sergio Corbucci, il est ici absent, et tandis que les péripéties s'enchaînent lourdement, il faudra faire totalement abstraction des grandes oeuvres susnommées pour apprécier un tant soi peu cette balade ironique mais fatiguée dans l'Ouest. A ce titre, la première demie heure est éprouvante et l'on frôle d'entrée la désolation. On nous présente donc les personnages dans ce qui ne sera finalement qu'un triangle de plus au sein d'un genre assez exténué alors (1975), dans un postulat grotesque à souhait, dans lequel trois hommes que tout sépare, et qui vont se lier afin de retrouver un poney chargé d'or et pour le coup devenu pétomane.
Si Eli Wallach (alias Sherif Black) s'en sort honorablement, quoiqu'avec pas mal de tics très "actor's studio" et sa mine renfrognée qu'on a déjà trop vu, si Giuliano Gemma passe tout en décontraction (mais un peu trop), dans le rôle d'un bandit sympathique nommé Blanc de Blanc (bonjour les noms !), l'erreur monumentale de casting qui flingue d'entrée le film, c'est bien sur Tomas Milian, qui se retrouve là dans la peau d'un domestique de samouraï, à camper "Le Jaune" de service, gesticulant à tour de bras, bavard comme pas un avec un accent absolument pas crédible et qui discrédite ce qui se voudrait être une bande dessinée au Far West, tant il dépasse le taux de cabotinage acceptable, tolérable. Déjà rien qu'en cela, "Il Bianco, il giallo, il nero" arbore des allures de vulgarité assez stupéfiantes.
Pour bien faire et n'en croyant ni mes yeux, ni mes oreilles et ayant vu le film en version italienne sous-titrée anglaise, je suis tout de même allé voir ce que cela donnait en version française, et bien c'est pire ! Et je déconseille à chacun ici de découvrir ce film-ci dans la version française, au risque de consternation, Tomas Milian y est totalement horripilant et le doublage lamentable, le japonais y étant doublé de façon pire qu'une folle dans une caricature comme on ose plus en faire.

 

 

Là-dessus et pour en revenir au film, on se tape une drôle de musique des frères De Angelis, dans un style bluegrass ironique, qui sans son leitmotiv "Bad Men !" (chaque fois des bandits arrivent), frôlerait la correctionnelle. Elle est aussi pénible et usée que le reste.
Si Corbucci nous balance assez rapidement et de façon redondante des gags scatos, comme ce poney qui pète à la tête du samouraï (et là, je ne sais pas qui cela fera rire, vu comme c'est lourd, surjoué) ou bien encore ce même Milian en samouraï en train de tenter de trancher des mouches, on a alors légitiment le droit de se dire qu'on est mal embarqué, et on ne pourra même pas reprocher au spectateur de déserter le film.
On retrouve pourtant pas mal d'éléments du Corbucci qu'on aime, comme en toile de fond, ce début de siècle dont il se servira à des fins comico-anachroniques, et la première scène comique qui fonctionne intervient lorsqu'un vendeur à la criée prie Blanc de Blanc d'essayer le side-car dont il vante les mérites devant la foule. Giuliano Gemma se fera prier, mais comme il est pourchassé par le shérif, il partira tranquillement avec le side-car. Enfin une séquence qui fonctionne, aimable et sympathique, c'est assez con mais bon, et c'est encore là qu'on discerne le mieux les intentions du réalisateur.
On sent finalement qu'en quelques années, Corbucci a perdu de son idéal (s'il en eut jamais) et malheureusement une nouvelle fois, au profit de pas grand-chose, sinon un cynisme de principe qui tourne à vide, puisque ne recelant rien derrière qui puisse le soutenir.
Alors, tenter d'offrir un divertissement aimable, bon enfant, sans prétention particulière sinon celle de distraire son spectateur n'a rien de condamnable, si ce n'était le fait que le film ne parvient même pas à ses fins. La première demie-heure est d'une lourdeur peu commune, tout comme la dernière.
Entre les deux, pendant un temps on se surprend (faut dire qu'on est resté bien bas, voire stupéfié devant tant d'aberrations) à prendre son petit plaisir devant cette ballade nonchalante et paresseuse de ces pieds nickelés dans l'ouest. Certaines scènes font même sourire comme ces trois comparses qui se traînent à la queue leu leu, avec l'un d'entre eux dans une moitié du side-car, l'autre moitié ayant été égarée en route et aux grées de leurs molles aventures, où la bonne humeur communicative de Giuliano Gemma, qui sans sauver le film, reste la seule chose qui lui apporte un tantinet de fraîcheur dans ce désert d'imagination.
Idem dans une baston générale de saloon où nos trois lascars travestis après avoir offert un spectacle de cabaret, se font draguer par les patibulaires et rustres cow-boys locaux, ce qui bien sûr ne sera pas de leur goût. Alors que la séquence très slapstick ne commence pas trop mal, elle finit par s'étirer en longueur pour devenir lourde, puis carrément vulgaire avec tant d'insistance.
Bref, on sent un Sergio Corbucci à la peine, incapable de donner souffle, vie, unité et cohérence à son film, et au final on repart frustré, un peu triste et nostalgique devant ce qui ressemble à un naufrage sans en être totalement un, avec des acteurs en roue libre qui semblent s'amuser entre eux sans nous faire un peu de place...

 

 

Note : 4/10

 

Mallox
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