Trip, The
Genre: Expérimental , Psychédélisme
Année: 1967
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Roger Corman
Casting:
Peter Fonda, Bruce Dern, Susan Strassberg, Dennis Hopper...
 

"The Trip" est une oeuvre à part dans la filmographie de Corman. A part parce qu'elle marque un point crucial dans sa carrière : se heurtant aux réticences de ses distributeurs historiques, James H. Nicholson et Samuel Z. Arkoff, Corman va être amené à rompre avec la firme AIP, après à peu près quinze ans de travail commun. C'est que les deux dirigeants, alors que la période psychédélique des 60's commence à tourner à plein régime, sont de plus en plus puritains. Corman est quant à lui nettement progressiste. Alors quand il propose de filmer le trip d'un Peter Fonda sous LSD, forcément, il y a conflit...
L'histoire de "The Trip" est fort simple : Paul est un réalisateur de films obnubilé par son travail. En proie à des soucis d'ordre privé, en instance de divorce, il va décider de faire son premier voyage avec le LSD, surveillé par son ami John (Bruce Dern). S'en suit une bonne heure de psychédélisme forcené...

 


Car The "Trip" est un film expérimental. Corman s'y évertue à créer toute une atmosphère colorée, bariolée de couleurs vives, parsemée de plans de caméra kaléidoscopiques, qui pourraient aussi bien constituer un clip pour les Grateful Dead. Sans parler d'un montage très rapide, avec des plans qui s'enchaînent sans aucune cohérence, et intégrant des plans subliminaux... Pourtant, le trip de Paul n'est pas sans quelque logique.
Premièrement, sûrement en réaction à la fin de son couple, il s'imagine des aventures aux accents sexuels plus ou moins directs, avec une mention spéciale à la longue scène d'amour surréaliste en compagnie de la belle Susan Strassberg (fille de l'inventeur de l'Actor's Studio, au passage). Une lumière psychédélique qui donne aux deux corps exactement le même aspect, à tel point que l'on ne sait à qui appartient la partie du corps qui nous est présentée (souvent en gros plan). L'acte charnel devient ici une véritable fusion des deux amants... Superbe.
Mais l'amour n'est pas le seul thème abordé par le trip. La mort y est également présente, sous la forme de cavaliers noirs oeuvrant en pleine nature verdoyante, ce qui ressemble d'ailleurs au passage énormément aux Nazguls de la Communauté de l'Anneau de Peter Jackson (salaud de plagieur !). Corman va de plus plonger son personnage principal dans une demeure gothique, envahie par les brumes, qui n'est bien entendu pas sans nous rappeler les films du cycle Edgar Poe.

 

 

D'autres moments nous montrent Paul dans une sorte de cirque tribunal dirigé par Dennis Hopper, qui dans "l'extra-trip" est un dealer sympathique et débauché. Hopper devra se juger lui-même à propos de son divorce, de sa vie, ce qui renforce la vision du trip comme un voyage au plus profond de soi-même...
Une quête introspective et initiatique qui verra aussi Paul échapper à la surveillance de son ami et se promener défoncé. Il sympathisera avec une petite fille, ainsi qu'avec différents junkies, dont une fille, qu'il va apprendre à aimer... Mais de son propre aveu, il aimera tout le monde. Profondément hippie. Toute une culture qui culminera dans un bar psychédélique, avec relâche des moeurs, filles nues peinturlurées et dansantes à l'appui... Ainsi que le perpétuel conflit avec la police, qui fera vite tourner Paul dans un état paranoïaque...
Bref différents aspects de la société hippie sont abordés. Une des controverses qu'a suscité le film est celle portant sur l'apologie ou non du LSD. Fausse controverse. Corman se borne en réalité à décrire un trip, lui qui, avant le tournage, et à titre de savoir personnel, s'est livré à l'expérience, de même que Fonda, Dern, Nicholson, et la plupart des personnes impliquées dans le film.
Certes la quête de soi-même qui nous est présentée dans le film peut être vue comme bénéfique, mais d'un autre côté le personnage de Fonda et ses grandes tirades philosophiques de drogué peuvent aussi susciter un certain humour, surtout avec le recul historique. En gros, le jugement quant au LSD est ouvert, et c'est au spectateur de faire son choix. Corman est loin d'être le chantre du LSD, comme certains critiques ont pu le considérer alors...

 

 

The Trip expose en outre toute la force du cinéma de Corman : de l'audace expérimentale, de la liberté, du progrès... Un film profondément marqué dans son époque, et une source d'inspiration énorme (jusqu'au "Las Vegas Parano" de Terry Gilliam, auquel le film fait furieusement penser)...
Une vraie expérience, qui exige tout de même un minimum de réceptivité ou d'intérêt aux préceptes psychédéliques, sous peine se faire sombrer le spectateur dans l'ennui. A noter aussi : les brèves apparitions de Dick Miller et Barboura Morris, deux autres figures cormaniennes historiques.

Note : 7/10

 

Walter Paisley
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