Mystère du château de Blackmoor, Le
Titre original: Der Würger von Schloss Blackmoor
Genre: Krimi
Année: 1963
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Harald Reinl
Casting:
Karin Dor, Harry Riebauer, Dieter Eppler, Walter Giller, Ingmar Zeisberg, Rudolf Fernau, Hans Nielsen...
Aka: L'étrangleur de Blackmoor Castle / L'étrangleur
 

Alors que Lucius Clark, riche parvenu britannique, fête sa prochaine élévation à la pairie dans la salle de réception du château de Blackmoor qu'il loue depuis son retour d'une colonie africaine, des aboiements inquiétants résonnent dans le chenil. Un domestique, envoyé pour calmer les chiens, est assailli par un individu masqué qui l'étrangle après une courte lutte et dissimule le corps dans les buissons du parc. Alors que la réception vient juste de se terminer, et qu'il est désormais seul au château, Lucius Clark est menacé par ce même assaillant masqué qui vient de s'introduire dans la bâtisse. L'Étrangleur prévient Clark qu'il fera de sa vie un enfer tant qu'il n'aura pas récupéré les diamants que celui-ci aurait volés en Afrique au défunt Charlie Manning avant de l'assassiner. Mais le bruit d'un moteur provenant de la cour du château provoque la retraite précipitée du mystérieux assaillant. S'ensuit l'arrivée de Claridge Dorsett, la très jolie nièce de Clark, accompagnée d'Edgar Blackmoor, le propriétaire du château, que cette dernière a failli renverser dans la cour mal éclairée du parc. Lucius Clark cache à sa nièce l'agression qu'il vient de subir, mais éprouve des soupçons quant à la présence de Lord Blackmoor à cet endroit et à ce moment...

 

 

Le mystère du château de Blackmoor est le deuxième opus de la série des Bryan-Edgar-Wallace-Filme de la CCC. Comme je ne reviendrai pas sur la genèse de cette licence, créée totalement artificiellement par Artur Brauner dans le seul but de concurrencer les Edgar-Wallace-Filme de la Rialto, si vous voulez en savoir plus je vous invite à lire la (remarquable) critique du Secret des valises noires sur cet encore plus remarquable site qu'est Psychovision (ceci dit en toute objectivité et impartialité, bien entendu).
Comme presque toujours dans cette série, et malgré le "d'après Bryan Edgar Wallace" au générique, le film n'est pas une adaptation de roman mais est tiré d'un scénario original (quoique faisant preuve de peu d'originalité) signé Gustav Kampendonk et Ladislas Fodor, deux polygraphes multi-genres du cinéma allemand, qui ont signé ou cosigné (avec Robert Stemmle) la plupart des scénarios de ladite série. Si, à la revoyure, le film est moins catastrophique que dans mon souvenir (mais reste, de loin, le moins bon des Krimis réalisé par Harald Reinl), ce scénario tissé de grosses ficelles dans l'unique but de préserver un whodunit artificiel, quitte à accumuler les invraisemblances et les incohérences, plombe de façon rédhibitoire ce métrage.

 

 

Par contre, la mise en scène de Harald Reinl, hormis une séquence de décapitation d'un motard surmonté d'une tête en plastique indigne de son talent (ou, pour faire plaisir à ses détracteurs, de son "métier" et de son indéniable maîtrise technique) suivie d'un mouvement de caméra assez foireux (à se demander si le très désinvolte "docteur" Reinl a personnellement tourné cette séquence ou l'a délégué à un assistant), reste propre tout en étant loin de ses meilleures réussites. On peut même dire que dans cette plutôt médiocre licence des Bryan-Edgar-Wallace-Filme, Le mystère du château de Blackmoor est dans une honnête moyenne. Il est vrai que pour faire pire que l'inimitable (ce qui peut paraître paradoxal pour quelqu'un qui chercha à imiter Alfred Vohrer) Franz Josef Gottlieb, il faut quand même se lever de bonne heure. D'ailleurs, placé en concurrence frontale avec un Edgar-Wallace-Filme officiel de la Rialto, le très consternant Crapaud masqué signé dudit Gottlieb, Le mystère du château de Blackmoor parvint facilement à rivaliser au box-office, encourageant Artur Brauner non seulement à poursuivre la série mais aussi à sortir la dernière mouture des aventures du docteur Mabuse (Mabuse attaque Scotland Yard) sous la double étiquette Mabuse / Bryan-Edgar-Wallace.

 

 

Si dans le précédent paragraphe, toute chose étant pesée, j'ai été indulgent concernant la mise en scène, je serai beaucoup plus sévère dans mon jugement concernant la "bande originale". Il est rare que dans mes modestes notules (que j'ai la faiblesse de qualifier de critique) je mentionne la musique d'un film autrement que par une sentence lapidaire du genre : "excellent score jazzy easy listening signé Peter Thomas", essentiellement parce qu'en la matière je suis beaucoup moins calé que mes petits camarades de Psychovision (ce qui n'est pas sans me complexer, heureusement je compense par la taille de mon sexe, mais comme j'ai horreur de me vanter je ne m'étendrai pas dessus, laissant à d'autres le plaisir de le faire). Mais ici, difficile de passer sous silence l'accompagnement musical – enfin, disons plutôt sonore - signé et exécuté par Oskar Sala sur son Mixtur-Trautonium, dont le mérite principal aux yeux (à défaut des oreilles) d'Artur Brauner est d'économiser sur les salaires de tout un orchestre. Loin de moi l'idée de diminuer l'importance d'Oskar Sala dans l'histoire de la musique électronique (sans lui, il n'y aurait peut-être pas eu de J. M. Jarre ou de Daft Punk... oui les exemples sont peut-être mal choisis…), mais il faut bien reconnaître que les sonorités assez peu harmonieuses émises par le Mixtur-Trautonium deviennent assez vite lassantes et leur aspect rétro-futuriste aurait mieux convenu à un film d'anticipation.

 

 

Pour finir, un mot sur le casting. Si, environ deux fois par siècle, les Allemands placent à leur tête des dirigeants qui, en gouvernant par les sentiments plus que par la réflexion, plongent tout le continent européen (par orgueil, par haine ou comme à l'heure actuelle par compassion mal digérée et mal dirigée) dans le chaos et dans la destruction, il faut bien reconnaître que dans certains domaines les termes "Deutsche Qualität" ne sont pas de vains mots et s'appliquent en général parfaitement pour qualifier le niveau de l'interprétation dans les Krimi, et le présent film ne fait pas exception.
On pourra quand même reprocher à Dieter Eppler d'en faire un peu beaucoup (à sa décharge, il faut dire que la "caractérisation psychologique" de son personnage est particulièrement ridicule) alors qu'à l'inverse Walter Giller (mari de Nadja Tiller dans le civil), dans un rôle à la Eddi Arent, fait preuve d'une sobriété trop en décalage avec la tenue de clown qu'on lui a infligée. Sans démériter, Harry Riebauer n'est pas non plus hyper convaincant dans le rôle du héros, et le couple qu'il forme avec Karin Dor n'est pas très bien assorti. Une Karin Dor hélas toujours très chastement vêtue quand elle est dirigée par son mari. Un mari qui, pourtant, n'hésite pas à filmer les autres actrices en nuisette, ici Ingmar Zeisberg (bien qu'Ingmar soit en général un prénom masculin, la féminité d'Ingmar Zeisberg est incontestable), faisant donc preuve de fort peu de solidarité professionnelle en dénudant l'épouse de son collègue Wolfgang Staudte.

 

 

Sigtuna

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