Emmurée vivante, L'
Titre original: Sette Note in Nero
Genre: Giallo
Année: 1977
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Jennifer O'Neill, Gabriele Ferzetti, Marc Porel, Gianni Garko, Ida Galli, Bruno Corazzari...
 

Alors qu'elle s'apprête à rejoindre son mari dans sa maison de campagne, et avant de s'engager dans une succession de tunnels, Virginia, est victime d'une vision dans laquelle elle voit une femme fatalement emmurée, tandis que résonne un étrange carillon. Ce n'est pas la première fois que ce genre de visions vient la perturber, puisque c'est même un trauma d'enfance, où toute petite, elle avait eu déjà ce genre de prémonitions, voyant avant qu'il se produise, le suicide de sa mère. Pour le coup, cela lui paraîtra d'autant plus étrange que dès son arrivée dans la maison, elle reconnaîtra en ce lieux, celui de l'horrible fait entrevu juste avant. Pire encore, un squelette sera effectivement retrouvé derrière le mur, et le mari soupçonné, sera arrêté, semble t-il injustement. Las, les visions de Virginia ne s'arrêteront pas pour autant, si bien qu'en lieu et place de visions passées, ce sera peut-être son avenir qui sera en jeu, et pour cela ira voir un ami parapsychologue afin de décrypter ce qu'elle voit, mais qui sait ce que ce cachent ses visions qui ne semblent rien avoir d'hallucinatoires ?

 

 

Si l'on contourne l'inepte et laid "Murderock" qui fait partie de la fin de carrière en chute libre du réalisateur romain et qu'on va zapper pour le coup, et si l'on ignore les relents giallesques présents dans l'incontournable "Eventreur de New York", voici donc le quatrième et dernier giallo du maestro. Qu'en est-il ? Et bien ce n'est ni le meilleur, ni le pire, c'est tout simplement excellent et il faudra bien redonner un jour à Lucio Fulci la part de contribution éclatante qu'il a pu apporter au genre et dire combien cet homme en est tout simplement l'un des meilleurs représentants. D'ailleurs, le confiner à ses films d'horreurs n'est qu'une erreur monumentale qui se fait au dépends de ces maîtres films et j'en connais certains qui placent avant les films de zombies les "Spider gialli" de son réalisateur. Avis que je ne suis pas loin de partager, vu la maîtrise et la grande intelligence dont il fait preuve. Celui-ci a l'énorme mérite dans un genre pas toujours finaud de convoquer sans cesse l'intelligence du spectateur, tissant une toile qui peut sembler de prime abord, débridée, voire confuse, alors qu'il me semble pourtant manifeste qu'il y a un véritable de soucis de poser brique après brique (plus que jamais ici !) pour les cimenter dans un équilibre quasi-parfait à la fin. Lucio Fulci lui-même s'en fera d'ailleurs plus tard le reproche qualifiant des oeuvres comme le pourtant extrêmement brillant "Perversion Story" de "trop mécaniques".

Il est vrai que je rapprocherai davantage "Sette note in Nero" (Je préfère garder les titres originaux quand même qui on soulignera une fois de plus sont bien plus jolis que ces vulgaires transpositions françaises !) de "Una Lucertola con la Pelle di Donna", film également majeur de son auteur et dont on recollais déjà les morceaux dans une boucle parfaite, avec ici en lieu et place de l'onirisme omniprésent dans le film cité, un travail assez considérable sur la notion de perception, ainsi que la notion de mémoire. Thèmes que l'on retrouvaient déjà dans son premier giallo, ainsi que ceux qui s'en suivirent comme l'excellent "Non si sevizia un paperino" qui jouait même sur un conflit de perception entre d'une part un journaliste neutre, voire candide, des villageois au jugement hâtif du à un trop grand écart vis-à-vis du monde urbain moderne, les confinant ainsi dans une trop grande ignorance, et des policiers dépassés dans leur approche trop cartésienne des meurtres.

 

 

En passant, on notera la touche d'humour qui d'entrée cligne de l'oeil à son précédent giallo, avec la mère de l'héroïne qui, dans un flash back, tombe du haut d'une falaise, venant ricocher à plusieurs reprises sur les parois escarpées de la dite falaise, et il sera difficile de ne pas penser que Fulci ne règle pas ses comptes avec lui-même puisqu'il s'agissait d'une des seules choses dispensable au film, en plus d'être assez ridicule et d'en amoindrir les qualités. Que Fulci se moque de lui-même ainsi, est une nouvelle fois la preuve que ce dernier savait, sans que cela soit science exacte pour autant, la qualité de la pellicule qu'il a livrée tout le long de son assez stupéfiante carrière, tant en nombre qu'en réussites notables. Là où cela est doublement perspicace, c'est que dans un même temps, il semble éluder son passé, pour nous annoncer un Fulci nouveau. Autant dire que la transition est totalement réussie et qu'en même temps que de faire résonner ses propres films, il annonce clairement un changement de cap qui l'amènera deux ans plus tard à ses derniers grands films que l'on sait, dont le premier fut "L'enfer des Zombies".
En effet, Lucio Fulci livre ici un exercice de style moins "mécanique" qu'à ses débuts dans le genre, quand bien même pour ma part, j'échangerai volontiers ce terme un brin négatif sur sa propre oeuvre, pour le remplacer par une notion de toile d'araignée brillamment, voire supérieurement tissée, et si l'on retrouve à nouveau cela dans "Sette note in Nero", on entrevoit dans sa forme en "fausse roue libre", tout son cinéma à venir, avec un certain délaissement pour ses scénarios au profit de manipulations stylistiques, déjà présentes auparavant, mais pousser ici vers leur paroxysme. Ces plans à travers une fissure du mur de briques, sur lequel le réalisateur zoome puis "dézoome", passant alors du flou au précis est un véritable trait de génie qui n'a rien à voir avec une gratuité d'effets, puis que ces choix de mise en scène là, épousent justement la perception de l'héroïne évoluant elle-même entre visons floues et flashs limpides, mêlant passé et présent dans un maelström d'images trompeuses, à tel point, que le présent rejoindra brillamment le passé dans un final des plus astucieux (et où le plus gros, la chose presque impossible semblera possible). Ce parti pris n'est pas sans faire penser à nouveau à l'oscillation au sein de la psyché de l'héroïne qui allait et venait entre rêves et réalité pour ne faire plus qu'un ensuite au sein du déjà nommé "Venin de la Peur".

 

 

"Sette Note in Nero", qui on l'aura compris convoque une nouvelle fois Edgar Poe et son "Chat noir" ou "Le coeur révélateur" pour exemple, est doté d'une mise en scène remarquable dans laquelle le metteur en scène exploite à merveille les intérieurs (dont le principal, celui du crime initial qui se répétera), les rendant alors de plus en plus inquiétants et étouffants au fur et mesure que l'intrigue avance, et on a même le sentiment que cette habitation centrale du film, rétrécit petit à petit, comme si l'héroïne se rapprochait elle-même d'un emmurement fatal. Quel intelligence au service de son histoire lorsque l'on comprends clairement à l'heure de film qu'en lieu et place du passé, c'est bien l'avenir qu'entrevoir le personnage de Jennifer O'neill, avenir où elle aura son rôle à jouer, tout comme le laissait prévoir le début avec la chute prémonitoire de sa mère. On ne peut pas dire que Fulci délaisse ses acteurs. Ils y sont excellents, et si l'on excepte quelques dialogues un poil en dehors de l'histoire en plus d'être banals, on notera une remarquable composition de Marc Porel et de Gabrielle Ferzetti, qui élèvent vers le haut une interprétation plus faiblarde, notamment Gianni Garko dans le rôle du mari "injustement" accusé d'un premier crime et qu'on aura le droit de trouver un peu fadasse face au reste, notamment à la très estimable interprétation de son actrice principale avec qui pourtant le tournage s'est assez mal passé. On connaît le tempérament colérique du metteur en scène, et il sera difficile toutefois de faire la part des choses, voire de prendre parti pour l'un ou pour l'autre, puisqu'on constatera que les acteurs lui furent souvent fidèles, revenant jouer dans ses films (Fabio Testi / Georges Wilson / Tomas Milian / Catherine Mac Coll avec qui leur relations n'avaient d'ailleurs pas très bien débuté, pour accoucher au final sur une collaboration de 4 films) bref, la liste est longue, ce qui me fait penser que Fulci devait être bien moins désagréable que certains ont pu le prétendre.

 

 

En tout cas, ce quatrième giallo de "Spider fulci", n'est peut-être pas son meilleur, mais il regorge de trop de qualités pour ne pas s'imbriquer aux trois précédents de la façon la plus brillante et complémentaire qui soit, tout en assurant une transition vers ses derniers grands films à venir. La partition de Fabio Frizi achève complètement ce sentiment, en même temps d'être excellente, elle colle à l'époque, tout en contribuant au virage amorcé juste après par le maestro, à savoir un certain délaissement pour son scénario (et ses acteurs de façon sûrement plus préjudiciable), afin de s'attarder dans des peintures atmosphériques, glauques et morbides, claustrophobes et inquiétantes, pour finir en de magnifiques fresques de l'enfer ("Frayeurs" / "L'Au-delà"), tandis qu'encore ici, et peut-être pour l'ultime fois au sein de son oeuvre, on a droit aux deux à la fois, ce qui avouons le, n'est pas rien...

 

Note : 8/10

 

Mallox
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