Enterrer l'ombre - Exhumer l'ombre
Titre original: Burying the Shadow
Genre: Fantasy , Vampirisme
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Editions de l'Oxymore
Collection: Moirages
Auteur: Storm Constantine
Traducteur:
Sandrine Jehanno et Denis Labbé
 

Dans la cité interdite, au coeur de la ville de Sacramante, les Artisans Eloim vivent depuis des générations en symbiose avec leurs Mécènes, à qui ils apportent leur art en échange de leur sang. Mais un mal mystérieux commence à se répandre parmi ces talentueux vampires : l'appel du suicide. Beth et Gimel, les Artisans jumeaux, vont entreprendre pour sauver les leurs une longue quête qui les mènera vers les médecins de l'âme de Taparak et aux racines angéliques des Eloims.
Quel est le thème central de ces livres... ?
Les vampyres ? On pourrait le croire...
La fantasy alors ? Pas exactement...
Mais quoi alors? Et bien je m'avancerai à affirmer que ce roman ne ressemble à rien. (Il me semble entendre Baudelaire rire dans sa fausse barbe...) A rien ? Exactement. Mais loin de moi l'idée de catégoriser ce livre de fade ! Bien au contraire ! En fait ce livre ne ressemble à rien parce que rien ne pourrait lui être comparé !

L'histoire se lit au fil des chapitres à travers les yeux de deux femmes, Beth et Rayojini, toutes deux liées mais totalement différentes. L'une, Eloim, cherchant à comprendre le sens du suicide chez une race vouée à l'éternité, l'autre, Taps, pratiquant la médecine de l'âme (une sorte de chamanisme), abordant la compréhension des Eloims, ces êtres entourés d'un tel mystère. On s'apercevra d'ailleurs que selon la narratrice, l'écriture se verra changeante.
Nous avons là un univers vaste, fertile et complexe. La variété des contextes n'est aucunement contrebalancée par une sensation d'inachevé ou d'incohérence entre les mondes. Plusieurs thématiques se retrouvent sans s'entrechoquer : de la Fôret majestueuse de Taparak à la Cité moderne (et non pas contemporaine) de Sacramante, des ruines ancestrales aux tréfonds d'âmes torturées, on visite avec un grand plaisir l'imaginaire de Storm Contantine. Certains y verront, à tort, du sous-Tolkien, puisqu'il est vrai que les peuples sont moins construits (tout le monde n'est pas capable d'inventer des languages... !). Mais il s'avère, en revanche, que c'est beaucoup mieux écrit ! (Aïe ! Non ! Pas les yeux !).
Ce que j'ai beaucoup aimé, aussi, c'est la vision qu'elle nous offre de la race vampirique. Nous y découvrons des êtres raffinés, loin du monstre des débuts littéraires ou de la créature torturée de Anne Rice, et s'ils se cachent, ce n'est que pour éviter la jalousie féroce des mortels. En effet, dans un ensemble féerique, le vampyre n'est pas plus étrange qu'une autre espèce. Nous restons par ailleurs partagé quant à l'éthique de ces créatures. Ne sachant trop où les situer, leur personnalité comme leur histoire reste un mystère (qui sera heureusement résolu), l'auteure a admirablement évité l'erreur récurrente de se laisser influencer par les moeurs de son époque. Ce qui leur donne ce côté tout droit sortit de Tir Na nOg. Ils semblent inaccessibles, divins, et génère à la fois fascination et méfiance.
Ici pas de texte engagé. Aucun message à véhiculer si ce n'est, implicitement, la toute puissance du symbole, base de la littérature Fantastique. On le remarque dans les excursions spirituelles de Rayojini, bien sûr, ainsi que dans ses expériences divinatoires, mais aussi comme liant de cet univers particulier. L'initiation de Rayojini, bien que non mentionnée dans le quatrième de couverture, me semble être un point non négligeable dans l'importance du récit. Sous la plume de Dame Constantine, tout revêt une grâce exquise. La simple lecture en deviens jouissive. Même la scène de l'initiation des femmes parvient à n'être en rien vulgaire, ni même juste érotique, nous le vivons comme une transcendance mystique.
De même, la marque très sensuelle des Eloims est décrite, toujours avec classe, comme une partie essentielle de leur image : un fantasme d'adoration qui se rapproche dangereusement du culte religieux. La destinée de Rayojini, instiguée par Beth en est aussi une approche quasi-religieuse qui porte le semblant de la perception symbolique comme interprétation première de tout ce qui nous paraît existentiel.
Ce roman est une merveille, un long poème enchanteur.

Llugh

 

A propos du livre:

 

- A l'origine ce roman est sorti en un seul ouvrage, en France Burying the Shadow a été divisé en 2 tomes : Enterrer l'ombre et Exhumer l'ombre, tout deux édités par Les éditions de l'Oxymore.

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