Don, Le - L'Ultime Héritage
Titre original: The Gift
Genre: Fantasy , Magie Noire-Vaudou , Contes et Légendes
Année: 2010
Pays d'origine: Grande-Bretagne
Editeur: Mnémos
Collection: Dédales
Auteur: Patrick O'Leary
Traducteur:
Nathalie Mège
Sortie VO: 1997
 

Les livres sont des compagnons fabuleux. Que l'on aime ou pas les histoires qu'ils nous racontent, on partage avec eux un peu de notre vie comme ils partagent un peu de la leur. Et puis il y a des livres qui sont encore bien plus que cela, qui deviennent instantanément des amis plus intimes, car ils vous touchent plus que les autres, car ils viennent se nicher en vous comme d'inséparables compagnons ou tout simplement car ils vous prennent par la main, vous lançant un "il était une fois" et vous voilà partis avec eux. "Le Don, L'ultime héritage" de Patrick O'Leary fait partie de ceux la. Il fait partie de ces romans dont il devient très dur de parler justement car ils sont comme une partie de vous et aussi car ils ne sont pas une histoire, ils sont toutes les histoires.

Le Don est un roman particulier, très particulier même, car il ne raconte pas une histoire, mais des histoires. Des histoires qui s'imbriquent dans d'autres, qui se complètent, s'annulent, se poursuivent et peut-être qui ne se finissent jamais. Il y a d'abord un conteur qui, pour payer sa traversée en bateau, doit raconter une histoire au Capitaine et à ses matelots. Cette histoire qu'il leur raconte c'est celle de Simon, jeune roi sans mère et dont le père vient de se suicider, et celle de Tim jeune garçon élevé dans les bois et qui va voir sa famille massacrée par un étrange monstre. Ces histoires qui au final n'en formeront plus qu'une, c'est un peu aussi celle du conteur lui-même, celle du Capitaine de ce bateau dont on ne sait pas la destination et bien sûr un peu celle des marins présents sur le pont. C'est aussi l'histoire de la vie et donc de la mort. Car les sorciers font des dons, comme les fées marraines, mais quant ils donnent ils reprennent toujours un peu aussi. Alors s'ils offrent la magie, ils donnent la mort et comment lutter contre la mort si ce n'est en racontant des histoires ? En effet seuls ceux qui racontent, seuls ceux qui savent que toute chose dure dans le conte, sont évidemment immortels. C'est touchant, beau et c'est un vibrant hommage au merveilleux (dans le sens fort du terme) et à ceux qui le font!
D'entrée de jeu on est subjugué par la plume de Patrick O'leary, fabuleuse, à la fois belle et poétique mais aussi tellement remplie de nostalgie et de douleur. L'une des premières histoires qui ouvrent ce roman à la structure très particulière, c'est celle de Simon, un jeune garçon qui va devenir roi plus vite que prévu. En effet, presque devant ses yeux, son père se suicide. Alors on le sacre rapidement roi, mais voilà, peu à peu le jeune garçon devient sourd. Gênant pour un monarque qui doit écouter ses sujets…Un jour un vieux sorcier plutôt débutant, et peut-être un brin maladroit lui jette un sort, censé le guérir. Alors oui, il va être guéri mais maintenant il entend tout et quand je dis tout, c'est tout. La moindre pensée, la moindre douleur intérieure, le moindre son. On ne peut pas vivre en sachant tout, on ne peut pas vivre en connaissant tout. Alors pour fuir la folie, il s'en va au cœur de la forêt profonde pour ne plus entendre. Là, il fait la connaissance d'un autre garçon. C'est le second conte que nous narre Patrick O'leary. Il faut bien comprendre la structure toute particulière et superbement travaillée de Patrick O'Leary, véritable chef-d'œuvre du montage au même titre que certaines œuvres cinématographiques, puisque ces deux contes nous sont racontés en parallèle, avec à l'intérieur d'autres contes, qui vont au final n'en former plus qu'un, comme si tout était lié depuis le début, comme pour nous montrer que nous appartenons tous à un grand tout.
La seconde histoire, donc, c'est celle de Tim dont le père est bucheron ébéniste, qui crée de ses mains de superbes meubles. Mais voilà, un jour, sans que l'on sache d'abord pourquoi, un terrible sorcier tue toute sa famille, détruit la forêt. Tim se réfugie dans un puits, où il fait la rencontre d'une créature du peuple de l'eau qui va l'initier à la magie et lui apprendre à dompter les vents. Peu après, les deux enfants se rencontrent et tous les deux n'ont plus qu'un seul but aller affronter le terrible sorcier qui est à l'origine de tous leurs malheurs.
La plume de Patrick O'leary est d'une poésie, d'une sensibilité absolument éblouissante. Certains passages notamment sur la nature, le vent, les animaux sont somptueux et je me suis vu les lire plusieurs fois. L'auteur rend un vibrant hommage aux contes et à ceux qui les font. Loin des réécritures ou des détournements bien connus, Patrick O'leary écrit son propre conte tout en nostalgie et en beauté. C'est cette beauté qu'il est impossible de dire, cette même beauté qui m'a charmé, qui m'a fait lire le livre à haute voix, qui m'a fait moi-même devenir conteur. Cette histoire d'enfants qui vont à la mort, qui vont lutter contre cette dernière, un étrange roman d'initiation (ce que sont toujours les contes au final) où seuls s'en sortent ceux qui savent raconter. Difficile de rester insensible devant tant de beauté! J'ai particulièrement était touché bien sûr par le final, dont je ne vous dirait rien pour ne pas gâcher votre plaisir, mais qui est beau à pleurer, hommage absolument fantastique à ceux qui ont perdu un être cher, à l'enfance que nous ne devrions jamais perdre et bien sûr à l'imagination. Dès le début du roman de Patrick O'leary on est subjugué par cette puissance évocatrice de l'enfance, au rapport à la mère et n'est-ce pas troublant de voir un petit garçon s'approcher de son père et lui demander : "dis papa à quoi elle ressemblait maman avant d'être morte ?..."

Dire que j'ai aimé "Le Don, L'ultime héritage" est un faible mot. Ca été pour moi un véritable choc, une beauté déconcertante, une intelligence implacable, un chef-d'œuvre qui se joue des genres mais qui à chaque page subjugue et émerveille. Le Don c'est en à peine deux cents pages, des milliards d'histoires, tristes, violentes, enfantines, ensorcelantes… Le Don, notre don, on ne devrait jamais l'oublier et c'est ce que semble nous dire Patrick O'Leary, c'est l'art de raconter des histoires, l'art de créer des mondes, même s'ils sont bancales, même s'ils sont mal fait, des mondes qui nous plaisent, des mondes pas toujours beaux mais qui se superposent à celui-ci toujours plus cruel que la morale des fables. Le don c'est celui de conter des histoires dans lesquelles les gens sont immortels, où nos parents nous aiment, où l'amour est facile et où les sorciers peuvent être vaincus avec un peu d'imagination. C'est beau et c'est ça la vérité!

Note : 10/10

 

Le Cimmerien

 

A Propos de ce livre :

 

- Site de l'éditeur : http://www.mnemos.com/

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