Chat Noir, Le
Titre original: Il Gatto Nero
Genre: Epouvante , Agressions animales
Année: 1981
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
atrick Magee, Mimsy Farmer, David Warbeck, Al Cliver, Dagmar Lassander, Bruno Corazzari, Geoffrey Copleston, Daniela Doria...
 

S'il y a des films un tant soit peu plus embarrassants que d'autres, Le Chat Noir en fait partie ; celui-ci a été tourné entre deux pièces maîtresses de Lucio Fulci, et si l'on retrouve au sein du film de belles scènes gothico-oniriques qui doivent beaucoup au talent de Sergio Salvati, lequel se transcendera largement la même année avec L'Au-delà en parfaite symbiose avec Dr Fulci, on ne peut pas dire qu'ici cela fonctionne et le sentiment général qui se dégage de cette adaptation lointaine du roman éponyme, c'est d'être surtout à côté de la plaque à bien des égards. On croirait presque que certains des artisans de cette oeuvre, si elle n'est pas non plus honteuse, ont pris ici quelques vacances, son metteur en scène en premier ; et d'une façon plus large encore, on pourrait presque prendre ce Chat Noir, et même si on évoquera plus tard les qualités de films tournés peu après, comme La Maison près du Cimetière ou encore L'éventreur de New-York, comme "LE" repère à partir duquel on peut mesurer le déclin du réalisateur...
Jill Travis (Mimsy Farmer), photographe de métier, se rend dans un petit village anglais afin de mener à bien un essai photographique sur les cimetières. Elle fait la rencontre d'une personne très inquiétante, à la réputation sulfureuse, en la personne de Robert Miles (Patrick MaGee), lequel est obsédé par la communication avec les morts si bien qu'il s'attache à capturer les bruits nocturnes du cimetière. Miles semble posséder le don de communiquer avec les morts via un chat noir ; hélas, dès que le matou apparaît, des personnes disparaissent pour être retrouvées mortes, assassinées dans de mystérieuses et assez atroces circonstances.
Alertée par la succession de morts violentes, Jill ne tarde pas à soupçonner le dit chat d'en être responsable. L'inspecteur Gorley (David Warbeck) arrive afin d'enquêter sur les étranges activités de Robert Miles, ce, avant de la rejoindre dans sa suspicion sur les méfaits éventuels, bien qu'à priori peu probables, du vilain félidé...

 

 

Pourtant ça commence plutôt bien, dans un village anglais bien photographié par Salvati, un conducteur trouve le chat sur la banquette arrière avant de se crasher méchamment puis traverser son pare-brise. Là, pas de doute, cette première mort insolite et crue indique qu'on est bien chez Fulci, et le générique qui suit le chat longeant les murs et les toits, avec la partition très étonnante de Pino Donaggio, aux lisières de l'ironie présage même le meilleur, ce qui sera assez vite contesté, dès lors que la caméra s'attardera un peu plus longtemps sur les deux maillons faibles du film : le chat et sa représentation dans le film, et l'utilisation presque unilatérale de Patrick MaGee, tout sourcils levés, et quasi figé dans cette expression assez ridicule, tout le film durant.
Dès lors, le regard et l'attention qu'on porte au film lui sera fatal ; comment digérer le fait que le dit Magee soit géré comme s'il était resté coincé à demi hémiplégique depuis "Orange Mécanique", sans que cela prête à sourire ? L'acteur est ici en roue libre, complètement livré à lui-même, avec comme semble t-il seule et unique indication : avoir l'air inquiétant en fronçant ses sourcils (bien fournis, il est vrai) ; difficile de faire plus squelettique pour un personnage qui a pourtant une importance cruciale au sein du récit, en plus d'être un rajout au roman d'Edgar Poe. On se demande donc bien pour quelle raison, celui-ci n'est pas plus développé alors, faisant perdre ainsi au film une grande partie de son enjeu et de sa crédibilité.
Le second élément qui achève de faire pencher la balance du mauvais côté, c'est l'utilisation et la représentation du chat, notamment dans ce qu'il est censé apporter comme éléments d'effroi et de peur, et le résultat à l'écran : des champs contrechamps tous azimuts entre d'un côté des gens tétanisés d'effroi et un chat somme toute assez mignon, si ce n'est qu'on a affublé ici le félidé de grognements plus proches du tigre afin de le rendre un tant soit peu terrifiant, ce qui tombe quasiment à l'eau sans démordre, tout au long de cette oeuvre décidément mineure, d'un Fulci qu'on retrouvera pourtant au firmament la même année avec L'Au-delà.

 

 

D'une manière générale, on assiste là à un désintérêt conséquent pour le récit, mais cette fois-ci, pour le pire, contrairement au chef-d'oeuvre cité juste avant. Et surtout,le film est plombé par une paresse bien trop grande dans la direction d'acteurs. Si Patrick Magee est mal utilisé, c'est à peine mieux du côté de Mimsy Farmer (4 Mouches de velours gris / La Traque), actrice assez asthénique au préalable et que l'on a bien du mal à sentir concernée ici ; tout comme David Warbeck qui, même s'il sort quelque peu son épingle du jeu, est à la fois en retrait (ferait presque penser au personnage de Tomas Milian dans La Longue nuit de l'exorcisme) et défend un personnage assez peu développé aussi...
Alors, est-ce un navet pour autant ? Et bien pas vraiment non plus. Il y a ailleurs quelques qualités qui méritent d'être signalées : notamment le générique déjà évoqué qui lorgnerait presque vers La Féline de Tourneur, avec une dimension bon enfant dans la partition de Pino Donaggio (pourtant très inégale, voire discutable ailleurs si bien qu'on en vient à regretter la plupart du temps l'absence d'un Fabio Frizzi) qui ferait passer le film pour un hommage amusé aux films des années 50, ce qu'il n'est pas loin d'être avec ses trucages cheap et ses non trucages, comme ce chat qui se promène aussi allègrement, si bien qu'on dirait parfois qu'il nous tire la langue. Certains moments distillent leur petit lot de terreur et d'amusement mélangés, je pense notamment ici à la scène où le vilain chat, poursuivant le personnage joué par Bruno Corazzari, qui pour le coup se cloître, horrifié dans une cave que le chat ne tardera pas à ouvrir avec ténacité, faisant basculer l'ouverture ; c'est à la fois bien filmé mais aussi fort drôle, jamais le poursuivi ne pensant à forcer de l'autre côté de la porte, et qui plus est surtout, voir le chat s'escrimer à ouvrir la porte au préalable contribue à le rendre des plus bénins.

 

 

Par ailleurs, s'il y a bien un talent qui ne se dément jamais, c'est celui de Sergio Salvati, et il faut dire combien le film regorge néanmoins de beaux plans. C'est bien grâce à son décorum que Fulci parvient ici in extremis, sinon à gagner la partie, tout du moins à sauver la mise ; l'ambiance surnaturelle des petits villages d'Angleterre est idéalement restituée par son photographe, et lorsque le réalisateur se donne la peine, à savoir, dans toutes les scènes d'atmosphère, que ce soit dans le cimetière enfumé, hanté par Robert Miles tentant de communiquer avec les morts ; que ce soit dans toutes scènes précédant les attaques du chat, ou bien encore dans la recherche au sein des catacombes de traces par l'héroïne, là, oui, on retrouve le Fulci qui maîtrise son sujet, sachant créer l'atmosphère la plus lourde, claustrophobe et moite qui soit. Dommage alors que la finalité de tout cela nous ramène soit au mystique sourcilleux, soit au gentil chat, car il est clair qu'il y avait meilleure partie à tirer.
Et ce n'est pas les quelques éclairs (bienvenus) de violence graphique, comme l'homme qui passe à travers son pare-brise, un soûlard qui fini empalé après une longue poursuite (celle de la cave évoquée peu avant), ou encore cette femme brûlée vive, qui viennent racheter le tout, car on reste définitivement trop loin du tout excessif d'un Au-delà à venir et d'un Frayeurs fraîchement fait, où cette saturation de violence se substituait par tableaux à la narration. Ici, il faut bien l'admettre, ça reste bancal, et même si ce Chat Noir reste, tout compte fait, plaisant à regarder, pour de bonnes et de mauvaises raisons, sa maladresse (ou paresse) renvoie d'avantage à un plan de 1972 au sein de l'excellente Longue nuit de l'exorcisme, où l'un des protagonistes chutait à la fin du film du haut d'une falaise et où Fulci réussissait alors l'exploit de venir ternir une oeuvre pourtant au demeurant exemplaire, par un abus d'images arrêtées sur le corps en train de s'effriter durant sa longue chute, laissant alors déjà, un arrière goût de "mal fini" aux entournures, qu'on ne peut s'empêcher de retrouver à nouveau ici.
Dernière chose aussi, l'abus de zooms sur les regards des personnages est ici tant porté à son paroxysme, qu'il finit par arriver au contraire du résultat sans doute escompté, à savoir, accoucher d'une oeuvre rigolarde plutôt qu'effroyable, et l'on repart avec le sentiment que pour le coup, Lucio Fulci, a tout fait sauf forcer son talent ; c'est très dommage, car il semble pourtant, qu'il y avait là, matière à bien mieux...

 

 

Mallox
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