Tour du monde de Sadko, Le
Titre original: Sadko (Садко)
Genre: Fantastique , Aventures , Heroic Fantasy
Année: 1952
Pays d'origine: Union Soviétique
Réalisateur: Aleksandr Ptushko
Casting:
Sergei Stolyarov, Alla Larionova, Mikhail Troyanovsky, Nadir Malishevsky, Yuri Leonidov, Yelena Mishkova, des éléphants...
 

Dans la principauté de Novgorod au Moyen Age, le troubadour Sadko aimé de la belle Lyubava mène une vie insouciante en jouant de son luth. Un jour, il rachète la liberté du colosse Vyashta, qui s'est lui-même vendu comme serf pour payer ses dettes. Son geste ne passe pas inaperçu et il se rend compte de la misère et du désespoir du bas peuple de Novgorod. Il harangue alors la foule en leur parlant de l'oiseau du bonheur, qu'un vieillard lui a dit exister dans un lointain pays, et il promet de l'amener à Novgorod pour que toute la population de la ville connaisse la félicité. Le soir il se rend, en tant que ménestrel, à un banquet donné par les riches marchands qui dirigent la république. Il espère obtenir de ces derniers le financement nécessaire pour organiser une expédition outre-mer afin de trouver l'oiseau du bonheur pour le bien de toute la principauté. Mais il est chassé sous les moqueries et se retrouve mélancolique et solitaire à chanter au bord du lac Ilmen. Séduite par sa voix profonde, et son physique, une superbe ondine sort des eaux et se présente à lui comme étant la fille du roi des mers. Elle lui promet, que si le lendemain il lance un filet au milieu du lac, il pêchera un poisson d'or à la valeur inestimable...

 

 

Quatrième long métrage d'Aleksandr Ptushko, et premier de ses films à véritablement rencontrer un succès international (il sera Lion d'argent à Venise en 1953), "Le tour du monde de Sadko" est un film à grand spectacle d'une beauté plastique éblouissante. Tourné quatre ans avant "Le géant de la steppe" ("Ilya Muromets"), Sadko, bien qu'étant lui-même un chef d'oeuvre, souffre sans aucun doute de la comparaison avec son illustre cadet, qui possède, en plus des qualités de son aîné, un souffle épique et un aspect plus "adulte". "Le tour du monde de Sadko" n'en est pas moins un extraordinaire divertissement familial renvoyant dans les limbes de la médiocrité tout ce que les studios Disney ont fait, feront ou espéreront faire dans le "domaine" du conte médiéval.
"Le tour du monde de Sadko" est en fait l'adaptation d'un opéra du 19e siècle de Rimski-Korsakov (qui n'en a pas que composé la musique mais aussi écrit le Livret), tiré d'une légende russe médiévale. La morale, naïve mais d'une sagesse universelle, de ce conte étant que le bonheur se trouve en soi, ou en tous cas auprès des siens, et qu'il est inutile d'aller le chercher au bout du monde. Mais le film n'est pas une plate adaptation de l'Opéra, il y ajoute en plus les pérégrinations exotiques de Sadko et son équipage, et ces scènes sont d'ailleurs les plus réussies car sans doute les plus cinématographiques (la partie "indienne" est une merveille). A l'inverse, les séquences sous-marines font plus que friser le ridicule, même si leur coté enfantin attire l'indulgence.

 

 

S'il est par contre un domaine où "Sadko" l'emporte sur "Ilya Muromets", c'est, et pour cause, la musique. Une grande partie de la musique du film est en effet tirée de l'opéra éponyme de Rimski-Korsakov, et celle (merveilleuse) du segment indien l'est d'une autre oeuvre de ce génial compositeur : Shéhérazade (ce qui explique son coté plus arabisant qu'indien). Et même si, malgré tout, on peut parfois regretter la longueur et le nombre des séquences chantées dans un film si court (un peu moins de 90 minutes), il faut reconnaître qu'elles s'intègrent parfaitement à l'action.
"Plastiquement", ce film est une réussite absolue et les effets spéciaux parfois datés sont pour beaucoup dans le charme de ce "Sadko". Concernant les costumes et les décors, je n'en rajouterai pas dans le dithyrambe pour ne pas lasser le lecteur de cette notule, mais ils sont aussi "riches" que l'abondante figuration. Bref, tout ce qui fait la patte d'Aleksandr Ptushko est là. Ptushko, un nom synonyme de cinéma merveilleux, dans tous les sens du terme.

 

 

Dans le rôle titre, Sergei Stolyarov, avec sa haute stature, son regard d'azur et sa voix de stentor, fait preuve du charisme nécessaire pour interpréter le héros positif absolu, dénué de tout défaut et doté en prime d'une conscience sociale (URSS oblige). Car dans le film Sadko n'a pas l'ambiguïté du personnage de l'opéra. Si dans l'opéra le héros délaisse sa femme pour partir à l'aventure dans les mers exotiques, trompe le roi des mers, puis est contraint par son équipage à se sacrifier pour apaiser ce dernier et sauver son navire ; dans le film, c'est la mort dans l'âme et pour le bien de tous que Sadko quitte sa fiancée, c'est de lui-même qu'il se sacrifie, et c'est la propre fille du roi des mers qui par amour le pousse à la quitter. Au niveau du charisme, les deux rôles féminins, Yelena Mishkova et la jeune Alla Larionova ne sont pas en reste (elles sont très belles et très expressives), d'ailleurs l'ensemble du casting est remarquable avec de grands noms du cinéma soviétique (Stolyarov, bien sûr, mais aussi Serguei Martinson et Nikolai Kryuchkov).
Pour l'anecdote, il convient de signaler que "Sadko" est sorti aux USA en 1962, sous le titre "The Magic Voyage of Simbad" (*), dans une version saccagée par les studios Corman, l' "adaptation" étant signée d'un petit jeune nommé Francis Ford Coppola.

 

 

Film idéal à regarder en famille au moment des fêtes, je vous encourage à aller faire un tour avec Sadko.

 

Note : 9,25/10

 

Sigtuna

 

(*)

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