Chute de la Maison Usher, La
Titre original: The Fall of the House of Usher
Genre: Fantastique , Gothique
Année: 1960
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Roger Corman
Casting:
Vincent Price, Mark Damon, Myrna Fahey, Harry Ellerbe, Bill Borzage...
 

Philip Winthrop se rend au château de la Maison des Usher, afin d'y chercher celle qui est promise à devenir sa femme, Madeline Usher. Une fois sur place, en Nouvelle-Angleterre, il se voit opposer la résistance de Roderick Usher qui refuse de laisser se marier Madeline, pour que celle-ci n'ait pas d'enfants et que la lignée maudite des Usher prenne fin. Car les Usher sont atteints de maladie, les conduisant à leur perte. Une dégénérescence causée par les ancêtres familiaux eux-mêmes. Des bandits, des meurtriers, des prostituées, qui finirent fous pour la plupart d'entre eux. Roderick Usher et sa soeur eux-mêmes montrent des signes inquiétants.

 

 

Du moins le croit-on. Car jamais il ne nous est révélé si les deux Usher restant sont réellement atteints de maladie, ou si Roderick Usher imagine sa maladie (une hypersensibilité de l'ouïe, du toucher, du goût...) et a convaincu sa soeur qu'elle était atteinte du même mal. A ce titre, le jeu de Vincent Price est encore une fois magistral. Il parvient à faire ressortir le profond épuisement de son personnage, qui croule (ou qui croit crouler) sous une malédiction ancestrale.
Un personnage torturé, un aristocrate décadent dans la plus pure tradition gothique du cinéma des 60's. Un personnage qui n'attend qu'une chose : la mort. La sienne et celle de sa soeur. Mais il refuse dans le même temps de se suicider. On devine là une certaine forme de masochisme implicite, avec un personnage créant autour de lui une véritable aura de mort, ce qui marie ainsi le sadisme au masochisme. Ainsi, on apprend que sa soeur était autrefois, lorsqu'elle était à Boston, une jeune fille épanouie. Désormais, revenue dans la Maison des Usher, sous l'influence de son frère qui lui répète ces histoires de malédiction, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Du reste, elle n'est pas la seule à subir cette aura macabre. La Maison elle-même, autant dans le sens du château que celui de la lignée familiale, est en ruines. Sa perte est inexorable, très proche. Même les alentours de la bâtisse sont désolés. Une végétation définitivement morte, noire, perdue au milieu des brumes de la Nouvelle-Angleterre (brume qui servait aussi à cacher la pauvreté des décors, bien qu'ici cette végétation ait réellement été désolée, calcinée qu'elle fut avant le tournage).
Cela dit, on est en droit de se demander si c'est l'environnement et les histoires de ses ancêtres qui ont influencé Roderick Usher et l'ont conduit à la folie, ou si celui-ci n'est pas fou du tout et dit la vérité, à savoir qu'il existe véritablement une malédiction qui pèse sur les Usher. La fin du film, ouverte, pourra orienter le spectateur dans un sens ou dans l'autre, selon sa perception...

 

 

Plus concrètement, cette malédiction prend donc la forme d'un véritable écroulement de la maison, symbolisant encore une fois la fin de la famille Usher et de leur antre. Un écroulement qui sera particulièrement dangereux pour Philip Winthrop, qui se heurtera ainsi à un autre obstacle que Roderick Usher. Car, hasard ou pas, les risques encourus dans la maison sont grands. Un lustre lui tombe presque sur le coin de la figure, une rampe cède sous son poids... La maison semble tout de même bien vivante.
Et elle possède ses secrets : des passages secrets, mais aussi ce qui se trame dans ses murs. Et ceci relève encore une fois chez Corman du domaine freudien. Corman lui-même interprète la pénétration dans les passages secrets comme des pénétrations d'ordre sexuel, comme la perte de la virginité. On peut également imaginer qu'il y aussi un brin d'inceste dans les relations entre Roderick et Madeline, ce qui expliquerait aussi la ferme opposition du personnage de Vincent Price au départ de sa soeur.
Corman a également recours à l'inconscient, aux rêves (rêves littéralement très colorés, avec des filtres lumineux), pour donner à Philip Winthrop des indications sur ce qui se passe effectivement dans le château. Ainsi, Madeline va effectivement très vite mourir, du moins c'est ce que croit tout d'abord Philip... Mais les évènements vont le conduire à douter. Cela sera à lui de percer la complexe personnalité de Roderick Usher, pour le savoir. Et percer également la complexe et gothique architecture du château, véritable labyrinthe dans lequel il devra chercher Madeline ou son cadavre.
C'est aussi l'occasion pour Corman et ses excellents directeurs photos, Floyd Crosby et Daniel Haller, d'étaler toute la beauté de leur environnement gothique, à base de salles poussiéreuses, de toiles d'araignées, que côtoient les salles plus "sociales", plus respectables, remplies de meubles anciens, de chandeliers, de décorations multiples... Bref on a dans le décor l'écho de la personnalité de Roderick : une façade aristocratique, qui dissimule une noirceur profonde.

 

 

En conclusion, le premier film du cycle Edgar Poe de Corman pose les fondements des sept qui suivront, de même que celles de tout le genre de la décennie naissante. Le style gothique, les personnages qui se répartissent de façon bien ciblée (un torturé ténébreux, une femme oppressée, un jeune galant dynamique...), l'aspect freudien... L'humour fait ici un peu défaut, le côté théâtral de Price n'étant pas encore affirmé. Ce qui peut constituer un autre atout. Bref, on est pas loin du chef d'oeuvre...

 

Note : 8/10

 

Walter Paisley
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