Crazy Mama
Genre: Comédie , Road-movie
Année: 1975
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Jonathan Demme
Casting:
Cloris Leachman, Stuart Whitman, Ann Sothern, Linda Purl, Don Most, Jim Backus...
 

A des années-lumière avant "Le Silence des Agneaux" et "Philadelphia", Jonathan Demme oeuvrait au sein de l'indépendante New World Pictures de Corman. "Crazy Mama" est sa seconde réalisation, après le women-in-prison "Caged Heat". Cette fois, son film porte sur un autre genre usité par la New World : le film à la "Bonnie and Clyde", axé autour d'une "mama", véritable chef de gang. Succédant ainsi au "Bloody Mama" de Corman lui-même et au Big Bad Mama de Steve Carver, le film de Demme nous raconte l'histoire de Melba, de sa mère Sheba et de sa fille Cheryl, trois générations de femmes décidant, après une expropriation, de revenir sur leurs terres de l'Arkansas, celles où Melba et sa mère se sont faites pour la première fois expropriées (laissant derrière elles le père de famille, mort dans une fusillade contre la police).
En chemin, la famille s'agrandira de plusieurs personnages aussi allumés que les trois filles : le petit ami d'une Cheryl mineure mais enceinte (et fermement résolue à ne pas se marier), un blouson noir, un shérif déserteur ruiné, une octogénaire accro au jeu... Tout ce petit monde est donc résolu à bâtir une ferme en Arkansas, terre promise abritant la bien nommée petite ville de Jérusalem. Bien sûr, un tel objectif requiert des moyens financiers, mais ce n'est pas un problème : il reste la solution de devenir des hors-la-loi.

 


Extrêmement décomplexé, le film s'oriente bien entendu vers la comédie, tout d'abord grâce à ses personnages hauts en couleurs et volontiers libérés pour l'époque à laquelle se situe le film : la fin des années 50. Ainsi, Melba n'hésite pas à se bécoter comme une adolescente avec son shérif, Cheryll sortant quant à elle ouvertement avec deux garçons en même temps, peu jalouse de l'intérêt porté par l'un de ses prétendants à l'octogénaire ramassée en chemin. Sans parler des amusantes transgressions au dogme chrétien (sans pour autant que l'existence de Dieu ne soit remise en cause par les personnages). L'immoralité règne, et bien entendu les hold-up n'en sont qu'une conséquence logique et nécessaire.
C'est là qu'interviennent les propos gauchistes des productions Corman. S'en prenant d'abord à des petits commerçants, le groupe va très vite décider de s'en prendre à ceux qui ne sont pas comme eux, c'est à dire aux banques et à la bourgeoisie (via un faux kidnapping visant à soutirer de l'argent à la famille d'un des membres du "gang"). D'ailleurs, la compassion affichée envers certaines victimes, outre qu'elle constituait un élément comique, montrait bien que notre famille ne pouvait décemment pas s'en prendre à de pauvres gens semblables à elle.
La police et le FBI seront ainsi vus comme les ennemis empiétant sur la liberté et sur le rêve américain. Pour le coup, le parallèle avec les pionniers du Far West est évident, sauf qu'ici, le mouvement est inversé, puisque les personnages vont d'ouest (la Californie, lieu devenu trop "civilisé") en est. Pour Demme et pour la maison New World (le producteur ici n'est pas Roger Corman mais sa femme Julie), le rêve américain consiste en la liberté sans contrainte administrative, quitte pour cela à contourner les textes de lois lorsque ceux-ci semblent inutiles et trop bureaucratiques (ce que Corman ne se cache d'ailleurs pas d'avoir fait dans sa carrière).
Bref, les hors-la-loi de Corman ne sont pas des tueurs, pas des monstres, mais juste des personnages avec un idéal marginalisé. Cependant, Demme et ses producteurs restent conscients que ce rêve reste utopique, comme le montrera la fin du film, qui verse dans une tonalité nettement plus noire, ne serait-ce que par le choix des personnages qui succomberont à la police.

 


Pour revenir à l'aspect plus formel de ce "Crazy Mama", notons les éléments traditionnels des films New World : scènes d'action, nudité, présence de Dick Miller via un caméo... Le fait que le film se déroule dans les années 50 permet aussi une BO très réjouissante, composée de standards musicaux de l'époque. Les décors et costumes comportent aussi ce charme rétro donnant au film un côté décalé fort appréciable. Le casting va d'ailleurs pousser jusqu'à chercher des acteurs en vogue dans les 50's, et même, pour les plus jeunes personnages, des acteurs qui font alors ou feront un jour les beaux jours de la série télévisée "Happy Days" (Don Most et Linda Purl, soit l'ami de Richie Cunningham - joué d'ailleurs dans la série par Ron Howard, également issu de chez Corman - et la petite amie de Fonzy).
Malgré tout cela, on ne peut dire que le film est intégralement réussi, tant le milieu du film tourne à vide. La répétition des hold-up et en général le manque d'enjeux immédiats lasse quelque peu, et à vrai dire les personnages ont beau se démener comme ils veulent, ils n'y peuvent pas grand chose. On pardonnera ce défaut, mais au final, le film, tout irrévérencieux qu'il soit, en pâtit tout de même.

 


Note : 6/10

 

Walter Paisley
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