Sumuru, la cité sans hommes
Titre original: Die sieben Männer der Sumuru
Genre: Aventures , Espionnage , Parodie , Psychédélisme
Année: 1969
Pays d'origine: Allemagne / Espagne / Etats-Unis
Réalisateur: Jesus Franco
Casting:
Shirley Eaton, Richard Wyler, George Sanders, Maria Rohm, Herbert Fleischmann, Marta Reves, Elisa Montés...
Aka: La ciudad sin hombres / The Girl from Rio / Sumuru, regina di femmina / Rio 70 / Mothers of America
 

L'agent spécial Jeff Sutton débarque en mission spéciale à Rio de Janeiro, avec une valise contenant dix millions de dollars. Cette arrivée ne passe pas inaperçue (l'homme est suivi dès sa sortie de l'aéroport), et la valise suscite la convoitise de deux bandes organisées : l'une, plutôt conventionnelle à tendance mafieuse, chapeautée par l'élégant et raffiné Sir Masius (George Sanders) ; l'autre, beaucoup plus inattendue, se présentant comme un matriarcat d'amazones sous l'égide de la belle et mystérieuse Sumuru (Shirley Eaton).
Charmeur, dans la tradition des agents secrets, Sutton séduit la jolie Leslie, tout en se mettant en quête de retrouver une jeune femme qui a été kidnappée. Ses recherches vont le conduire dans l'étrange cité de Femina, où Sumuru règne en maîtresse impitoyable.

 

 

Sumuru est une sorte de méchante de serials, un pendant féminin à Fu Manchu créé par l'écrivain Sax Rohmer. Le personnage vit le jour sous la forme d'une émission radiophonique, en 1945 et 1946, avec huit épisodes et une histoire ayant pour titre "Shadow of Sumuru". Cette histoire sera rebaptisée par l'écrivain "Sins of Sumuru" ("Nue sous un manteau de vison" en France) lors de son adaptation littéraire en 1950. Le roman connaîtra quatre suites, de 1951 à 1956.
Tout comme Fu Manchu, Sumuru sera adapté pour le 7ème Art. Le premier film sort en 1967, produit par Harry Alan Towers. Il s'agit de "The Million Eyes of Sumuru", avec un casting composé de Shirley Eaton, Frankie Avalon, Klaus Kinski et Maria Rohm, et Lindsay Shonteff à la réalisation. Deux ans plus tard, voici donc Sumuru, la cité sans hommes, dans lequel on retrouve Shirley Eaton dans le rôle titre, de même que Maria Rohm qui se trouve être la femme de Harry Alan Towers (ce qui explique sa présence dans tous les films produits par son mari). A noter enfin une transposition futuriste du personnage en 2003 dans le sobrement intitulé "Sumuru" réalisé par Darrell Roodt, et produit par, je vous le donne en mille... Harry Alan Towers.

 

 

Gardant un bon souvenir de son Opération Re Mida tourné deux ans plus tôt, Jess Franco est enthousiaste à l'idée de réaliser cette adaptation du personnage créé par Sax Rohmer. D'ailleurs, Franco avait précédemment mis en scène, toujours avec Towers, un film consacré au maléfique Fu Manchu : "Le Sang de Fu Manchu" en 1968, et il récidivera peu après Sumuru, la cité sans hommes avec "The Castle of Fu Manchu", Christopher Lee incarnant les deux fois le célèbre méchant.
Dans Sumuru..., on retrouve donc logiquement l'esprit de Opération Re Mida, à savoir ce côté pulp et pop des sixties, un goût prononcé pour la comédie et des situations fantaisistes. Dans cet univers très proche de la BD, Franco instille une petite dose d'érotisme, essentiellement par l'entremise de Maria Rohm. Il se permet même une ébauche de scène saphique avec une doublure de Shirley Eaton. Cette dernière, n'ayant pas été mise au courant, découvrira la "supercherie" plus tard, et aura quelques raisons d'en vouloir au réalisateur. Toutefois, ce que Sumuru... gagne en érotisme, il le perd en délire visuel et dans la pertinence des dialogues. Le film s'avère moins percutant que Opération Re Mida, la faute à une réalisation un brin paresseuse, dans laquelle Franco étire abusivement bon nombre de ses scènes, et profite même du Carnaval de Rio se déroulant juste après le tournage pour en filmer des passages et les intégrer ensuite au montage (sur l'écran, environ cinq minutes de "film touristique" pur et dur). L'autre point faible est le choix de Richard Wyler ("Coplan FX 18 casse tout"), campant un agent secret assez peu charismatique, et bien fade face à la vénéneuse Shirley Eaton, quant à elle impeccable en "reine des amazones".

 

 

De ce fait, à défaut d'un Richard Wyler trop pâlot, le pendant masculin à Shirley Eaton se trouve être George Sanders, brillant acteur britannique (cf chronique de Psychomania), dont Jess Franco fait ressortir à merveille les côtés raffiné, flegmatique et cynique (acteur de premier ordre dans sa prime carrière, basculant dans le cinéma populaire à la fin de celle-ci, George Sanders rappelle un autre acteur britannique qui aura un parcours similaire, tournant aussi pour Franco : Dennis Price). Ici, l'acteur s'autoparodie à merveille, dans la peau d'un chef de gang aux moeurs ambiguës (il aime se faire masser par son bras droit et utilise un téléphone rose) qui ne supporte pas la torture et rit à gorge déployée à la lecture d'une bande dessinée de Popeye. Sanders cabotine avec talent, ses apparitions, tout comme celles de Shirley Eaton, sont les points forts du film. Sumuru, la cité sans hommes est aussi à voir pour les costumes kitsch des amazones de Femina, et les gadgets bricolés avec les moyens du bord (le rayon de douleur, le gaz détruisant les cellules du corps humain...).

 

 

Comme souvent, Jess Franco s'offre un cameo, on peut l'apercevoir brièvement en train de jouer un air de guitare. Pour l'anecdote, le metteur en scène bouclera le tournage en une semaine, avant même les prévisions espérées par le producteur. Le budget qui était alloué à Franco lui permet donc d'enchaîner avec le projet suivant de Harry Alan Towers : "L'Amour dans les prisons de femmes" ("99 Women"). Le cinéaste parvient à tourner vingt-cinq minutes du film en l'espace de cinq jours (vers Copacabana), soit environ un tiers du métrage, avec l'argent de Sumuru.... Une bonne opération qui ne pouvait que satisfaire ce sacré radin de Towers !

 

Flint


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# La fiche DVD Artus Films de Sumuru, la cité sans hommes

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