Man in the Overcoat, The
Titre original: Un om în loden
Genre: Thriller , Policier
Année: 1978
Pays d'origine: Roumanie
Réalisateur: Nicolae Mărgineanu
Casting:
Victor Rebengiuc, Ovidiu Iulian Moldovan, Mircea Albulescu, Florina Luican, George Constantin, Constantin Diplan, Sanda Toma, Tanase Cazimir...
Aka: A Man in a Raincoat
 

Bucarest, fin des années 70 - Dan Stamatiad, un célibataire quinquagénaire, a le sommeil agité et est réveillé à heure fixe par des cauchemars où il entend des rires sardoniques. Quand il reçoit par la suite des lettres de menaces anonymes, Stamatiad, ingénieur occupant un poste important à l'institut de géologie national, pense d'abord à une mauvaise plaisanterie d'un subordonné. Mais quand ces menaces deviennent verbales lors d'appels téléphoniques chez lui et à l'institut, Stamatiad se décide à aller voir la police. Sa démarche est prise au sérieux par la Securitate, et après la mise sur écoute de son téléphone et une rapide et efficace enquête sur son entourage familial et professionnel, les soupçons se portent sur un collègue et ancien condisciple de Stamatiad, l’ingénieur Aman. Celui-ci, par jalousie professionnelle, tenterait de pousser Stamatiad, solitaire et psychiquement fragile, à la dépression pour récupérer son poste. Des indices matériels accablent Aman qui, après un interrogatoire informel, a pris la fuite, sauf que...

 

 

Croisement improbable de thriller paranoïaque 70's virant au giallo machination pour l'argument et de feuilleton ORTF, pour ne pas dire d'un épisode contemporain de Derrick pour l'esthétique, Un om în loden est un représentant parmi d'autres de l'extrême variété de styles et de thèmes du polar "Ceauscescien" des années 70. En effet, quoique numériquement peu nombreux (une dizaine tout au plus, si on met de coté les films de contre-espionnage propagandistes), le polar R
roumain, quasi-inexistant dans les années 60, va faire preuve dans la décennie suivante d'une extrême versatilité, empruntant des formes très surprenantes pour une "démocratie populaire".
Les salles obscures de Bucarest, Brasov ou Timisoara verront donc passer sur leurs écrans : de la comédie policière éléphantesque, équivalent valaque des gendarmes de Saint-Tropez (la série des "Brigada Diverse") ; des proto-poliziotesco ultra-violents en borsalino, mêlant tant bien que mal justice expéditive et propagande communiste (les deux premiers "Commissaire Roman") qui évolueront en quasi vigilante très "droitiers" (la série des "Commissaire Moldovan"), n'ayant gardé de l'aspect propagandiste que la lutte contre un adversaire "fascistoïde" (la fameuse garde de fer, ici transformée en organisation mafieuse) ; et, pour clore la décennie, un semi "found footage" dans une atmosphère et un sujet à la "Isla minima" ("A Girl's Tears" / "O lacrimă de fată").

 

 

Au milieu de tout ça Un om în loden fait presque figure de film convenu, ou en tout cas correspondant plus à ce que le vulgum pecus attend, au moins dans la forme, d'un film du bloc communiste. Thriller minimaliste dans son esthétique, sa durée et son absence (volontaire ou non, difficile à dire) d'emphase et d'effets appuyés, mais d'une rare efficacité scénaristique, ce métrage se démarque nettement de ses équivalents occidentaux contemporains. Cet "homme en loden" est une sorte d'anti-giallo (tendance machination) : thématique identique mais traitement à l'opposé. Il se démarque tout autant des thrillers paranoïaques d'outre-Atlantique, car ici la victime et ses tourments sont rapidement mis de côté pour mettre en avant l'enquête policière, et donc l'efficacité et l'intelligence des inspecteurs de la Securitate. Autre différence majeure avec un giallo machination, le plan machiavélique du coupable est à la fois redoutablement retors et relativement crédible, ce qui nous change des scénarios prétextes totalement irréalistes des thrillers transalpins. Notons qu'ici la machination a ses tenants dans la période pré-communiste et son auteur est passé par l'étranger, ce qui n'est évidemment pas politiquement innocent : une démocratie populaire ne saurait produire de tels sociopathes.

 

 

Blague à part, le scénario tient particulièrement bien la route. Il s'agit d'une adaptation d'un roman d'Haralamb Zincă "Moartea vine pe bandă de magnetofon" (soit "La mort vint par bande-audio"). Sorte de John le Carré roumain, Haralamb Zincă (pseudonyme littéraire d'Hary Isac Zilberman) est un auteur de romans d'espionnage flirtant avec le polar, très populaire dans son pays mais totalement inconnu à l'étranger (où il n'a jamais été publié et donc traduit).
La mise en scène est, elle, très sobre pour ne pas dire quelconque. Nicolae Mărgineanu, alors réalisateur débutant et ancien directeur photo de Mircea Drăgan en particulier pour les fameux, et fumeux, "Brigada Diverse", tente bien, pour mettre en images les tourments intérieurs de Stamatiad, quelques effets de style, notamment avec des vues plongeantes de cages d'escaliers vertigineuses, sans réellement convaincre. Côté interprétation, comme pour tous les films roumains de la période, c'est du solide, même si, je l'avoue, seul Mircea Albulescu (au physique aisément reconnaissable, yeux globuleux et sourcil broussailleux) m'était connu. Pour chicaner, je dirais que la femme fatale, indispensable à tout bon polar, interprétée ici par Florina Luican, manque peut-être un peu de sex-appeal. Un constat encore plus criant pour le "méchant" de service, qui a encore moins le physique du rôle. Des défauts mineurs pour un film qui l'est certes tout autant (mineur) mais se laisse voir avec plaisir.

 

 

Sigtuna

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