Phase IV
Genre: Science fiction , Agressions animales
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Saul Bass
Casting:
Nigel Davenport, Michael Murphy, Lynne Frederick...
 

Il s'agit de l'une des grandes réussites du cinéma de science fiction, bien trop méconnue par rapport aux qualités dont regorge l'unique film du décidément grand Saul Bass. Plus proche dans sa façon d'aborder le genre d'un "2001, space odyssey" version Microcosmique, que "les fourmis géantes attaquent", film qui n'existe pas, mais on l'aura compris, Saul tourne le dos ici à tout un pan de "l'insecte-monster" pour livrer une réflexion abyssale sur l'être humain, sa condition et son statut usurpé au sein de l’univers.
Dans une région semi-désertique de l'Arizona, des savants intrigués par les modifications des comportements des fourmis locales, viennent étudier le phénomène en question afin de trouver les raisons de cette mutation soudaine.
Deux membres de l'institut scientifique de Coronado, se rendent sur place ; Ernst D Hubbs et son assistant James Lesko entreprennent d'y installer leur laboratoire ultra moderne afin de commencer leurs recherches sur le dit phénomène de mutation. Petit à petit, ils prennent conscience de l'évènement inédit dont ils sont témoins ; en effet, l'équilibre écologique semble se modifier vers une nouvelle ère dans lequel l'être humain pourrait bien être la victime, et où les fourmis s'organisant en colonies semblent vouloir contester le pouvoir de l'homme sur la nature...

 

 

Bon, je vais épargner au lecteur le laïus pourtant tentant, consistant à dire tout le bien de son metteur en scène qui il est vrai, est à ranger du côté des génies visuels, pour ses conceptions bien connues de génériques devenus des classiques, allant de Hitchcock à Preminger, en passant par Wilder et pour finir chez Scorcèse période "Nerfs à vif" et "Casino"; cet homme est un grand graphiste conceptuel, et on lui doit même (selon ses propos) semble t-il la conception de la scène de douche de "Psychose"; loin de moi l'idée dans rentrer dans le débat "à qui doit-on quoi?", je dirai simplement à ce sujet, que les grands metteurs en scène savent tout simplement s'entourer de personnes de talent.
Evidemment, Hitchcock ne serai certainement pas vu de la même façon, sans Bernard Hermann ou sans celui qui nous intéresse ici, l'excellent Saul Bass ; mais l'on peut dire ça de Fellini / Rota, de Leone / Morricone ; le cinéma c'est un peu comme le rock'n'roll, à savoir une histoire de groupe.
Bref, je m'égare, je m'égare... et pendant ce temps "Phase IV" reste une sorte de film supérieur, dans lequel les qualités visuelles et graphiques sont au firmament, et c'est avec une intelligence énorme que Saul Bass transforme un script de série B, voir Z (se taper "Phase IV" et "Mosquito Man" le même soir est une expérience proche de l'acide) en oeuvre presque parfaite, multipliant les cadrages mathématiques, renvoyant le cosmos à son relativisme de base, l'infiniment petit pouvant s'y révéler gigantesque et dangereux ; et c'est bien sur un relativisme absolu, aidé de Thalès et Pythagore, auquel on assiste ici lorsque Saul Bass choisit de filmer les fourmis en Macro, avec des cadrages inspirés comme jamais, rendant l'ascension et l'organisation des fourmis complètement inquiétante, sans même que le spectateur ait le moindre effort à livrer pour accéder à ce qui semblait un trip purement mental.

 

 

Aucun détail n'est laissé au hasard, et le contraste entre l'immensité désertique et la bulle de verre dans laquelle évoluent les chercheurs de plus en plus dépassés par les événements confine au grand art, réussissant à instaurer un climat claustrophobique pour l'être humain, tandis qu'ailleurs, les fourmis encore plus minuscules au sein du désert et de l'univers, semblent au contraire galvanisées, pétant la forme dans une union sacrée, et prêtes à la prise de pouvoir au sein d'une immensité qui ne les dépasse pas, contrairement aux chercheurs ; elles semblent même grandir au fur et à mesure que leur pouvoir croît !
Le travail sur le son est également assez extraordinaire ; d'ailleurs, le film se dispense quasiment de dialogues, pour laisser place à un duel sonore entre le bruit des machines humaines et celui des insectes, mis intelligemment au premier plan, et l'on rentre dans une réflexion sur la technologie et son rapport à la nature des plus pertinente ; à ce titre si les fourmis prennent le dessus, cela paraît logique puisqu'elles sont solidaires et unies pour une même cause, tandis que l'être humain se perd dans la recherche de sens (de science ?), dans ses contradictions aux confins de l'individualisme.
L'utilisation du désert en proie aux promoteurs est également épatante, et voir petit à petit les fourmis s'organiser en colonie dans cette immensité (toujours relative...) relève de l'exploit et du grand art ; réussir à nous faire croire à partir de simples cadrages au postulat apocalyptique est un challenge, relevé ici haut la main ; rendant dans un même temps la menace aussi palpable et presqu'aussi mathématiquement croissante ; ce genre de procédé technique reste quand même assez inédit dans le film de genre à ce jour; la parabole qui sous-tend cette oeuvre insolite et spectaculaire, même si elle se fond dans un esprit d'époque, reste totalement d'actualité et tandis que celles-ci résistent aux nouvelles contraintes ou autres menaces humaines, l'homme lui, s'enlise tranquillement dans son arrogance d'être dit supérieur.

 

 

On pourrait croire de prime abord, le film rédhibitoire, et le spectateur lambda sera inspiré de découvrir rapidement ce film, à l'écart de tous les standards visuels et narratifs habituels, mais qui reste pourtant le parfait "film expérimental Grand Public" ! Dommage qu'on oublie si souvent d'évoquer cet ovni passionnant, oppressant et jamais ennuyeux pour une patte de fourmi ; Comme quoi la géométrie peut être à la fois instructive, intéressante, spectaculaire et passionnante.
Les 20 dernières minutes restent pour ma part, un très grand moment de cinoche et le plan final dans lequel la fourmi lève la tête vers le ciel, qu'elle semble presque défier, relève du génie absolu.

 

Note : 9/10

 

Mallox
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