Poupée de la terreur, La
Titre original: Trilogy of terror
Genre: Horreur , Thriller
Année: 1975
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Dan Curtis
Casting:
Karen Black, Robert Burton, John Karlen, George Gaynes, Jim Storm...
Aka: Poupée zombie (édition vhs colomus)
 

Petit film à sketch d'à peine une heure dix, La Poupée de la Terreur, à la vue de son titre en français, pourrait très bien passer pour un énième pompage du Child's Play de Tom Holland. Et bien non, pas du tout. Le publicitaire à l'origine du "brav'gars" rouquin n'avait même pas quitté les bancs de la fac que la seule poupée du film de Dan Curtis existait déjà. Rien à voir, donc, tellement rien à voir que seul l'un des trois sketchs utilise cette poupée, mais nous y reviendrons. Continuons plutôt la présentation de La Poupée de la Terreur. Et bien il s'agit en réalité de trois courts-métrages d'une vingtaine de minutes chacun, produits pour la télévision, et qui obtinrent un assez grand succès d'estime outre-atlantique. Des histoires signées Richard Matheson, réalisées par Dan Curtis, qui l'année suivante livrera l'un de ses films les plus mémorables, Trauma ("Burnt Offerings" en VO), avec une Karen Black qui tient déjà le haut de l'affiche de La Poupée de la Terreur, puisqu'elle y occupe le rôle principal des trois sketchs.

 


Le premier d'entre eux se concentre sur la relation unissant une professeur coincée à son étudiant libidineux. Après l'avoir convaincue de venir au cinéma avec lui (voir "The Night Stalker", un film produit par Dan Curtis...), le jeune homme drogue sa prof pour mieux prendre des photos d'elle dans des poses équivoques, ce qui lui permettra de la faire chanter si elle refuse de se soumettre à lui sur une longue durée (et sur un grand lit, dirons les pervers). Mais notre sympathique représentante de l'Education Nationale américaine n'est pas forcément si fragile qu'elle en a l'air...
Le problème est ici clairement que si ce n'est pour le final du film, sous forme de rebondissement plein d'humour noir, le sketch ne propose rien du tout. Curtis passe totalement à côté de son sujet : pas de suspense, pas de violence, pas d'érotisme, rien. Le sujet semblait pourtant s'y prêter, mais le réalisateur, plutôt que de jouer la carte du "mini "shocker", se contente de montrer à quel point son acteur masculin sait sourire de façon machiavélique, tandis que Karen Black, pour sa part, prouve qu'elle peut afficher un visage grimaçant exprimant l'ennui (il faut dire que le film fut produit pour la télévision, ce qui a dût pas mal jouer en faveur de cette trop grande sagesse). Ce sera comme ça jusqu'à la fin de l'épisode, vaguement amusant.

 


Beaucoup plus réjouissant est le second sketch, dans lequel Karen Black incarne cette fois une jeune femme toute seule dans son appartement qui subit les assauts violents de Zuni, un fétiche de guerrier africain consistant en une petite poupée de bois pourvue de grandes dents et de mauvaises intentions.
Le début de l'épisode n'incite pourtant pas à l'optimisme, puisqu'il se déroule essentiellement au téléphone, l'héroïne y conversant avec futilité avec sa mère, puis avec son petit ami. Heureusement, Zuni perdra ensuite la chaînette qui, attachée autour de son ventre, le gardait à l'état de bout de bois inoffensif. La mise en scène de Curtis est efficace et pleine d'humour, le bonhomme n'hésitant pas à jouer la vue subjective au ras de la moquette. Car Zuni ne doit pas faire plus de vingt centimètres et à ce titre il pose bien des problèmes à son infortunée propriétaire, qui ne le trouve nul part, jusqu'à ce qu'il se révèle lui-même en courant le couteau à la main vers sa proie tout en hurlant de sa voix suraiguë de guerrier zoulou miniature. Le petit homme est agressif, il mort comme un roquet, il revient toujours à la charge et se débrouille toujours pour ne pas se laisser piéger. La petite bête agresse la grosse, et c'est un vrai plaisir que de voir ce décalage à l'oeuvre pour finalement aboutir à une conclusion elle aussi dotée d'une ironie assez mordante.

 


Le troisième épisode revient malheureusement à la futilité du premier : il s'agit de deux soeurs, l'une bigote opprimée et l'autre coincée et adepte des sciences occultes. La première cherche à se débarrasser de l'emprise de la seconde, et encore une fois seul le final sortira le spectateur de sa torpeur à l'aide d'une révélation tout à fait prévisible, ce qui explique peut-être d'ailleurs le gros "spoiler" qui caractérise l'immonde édition vhs de chez Atlantic (qui à déplacé l'ordre initial des sketchs, en plus, celui avec Zuni devant en principe être le dernier). Il faut dire que deux Karen Black pour jouer deux soeurs qui ne se croisent jamais n'est peut-être pas la meilleure idée qu'ait eu Dan Curtis. La quasi intégralité de l'épisode se perdra en innocente parlotte.


La Poupée de la Terreur
n'est pas vraiment une bonne anthologie, mais rien que le second sketch justifie à lui seul sa vision, anticipant les futurs films de poupées (en plus dense et en plus marrant) et s'inspirant d'un genre de mise en scène (la vision subjective d'un tueur acharné) qui sera quelques années plus tard devenue monnaie courante. Et Karen Black, si ses personnages sont en général assez peu intéressants, offre une certaine diversité d'interprétation qui n'est pas désagréable. Et puis le tout est suffisamment court pour ne pas s'endormir.

 


Note : 5/10

 

Walter Paisley
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