Réducteur de têtes
Titre original: Shrunken Heads
Genre: Horreur , Fantastique
Année: 1994
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Richard Elfman
Casting:
Julius Harris, Meg Foster, Aeryk Egan, Rebecca Herbst, A.J. Damato, Bo Sharon, Darris Love, Bobbi Elfman, Troy Fromin...
 

Dans un quartier de New York, trois jeunes amis, Tommy, Bill et Freddie, font face à une bande de voyous menée par Vinnie. Pour se faire respecter, celui-ci les fait assassiner. Monsieur Sumatra (Julius Harris), un ancien sorcier haïtien, va les ressusciter sous forme de têtes réduites. Avec leurs nouveaux pouvoirs, les trois amis vont pouvoir assouvir leur vengeance.

 

 

Second long métrage de Richard Elfman, "Réducteur de têtes" pourra paraître de prime abord très classique par rapport à son premier et précédent film, le formidable "Forbidden Zone" qui brassait un maximum de pans de la cinéphilie d'exploitation dans un délire complètement barré mais homogène et surtout d'une totale liberté, le classant ainsi à la frontière d'un expérimentalisme le plus jouissif et contagieux que j'ai pu voir. Forcément après un tel raz de marée qui enterrait dans un même temps "Hellzapoppin" et "The Rocky horror picture show", ceux qui auront vu "Forbidden Zone" resteront quelques peu perplexes devant l'apparent classicisme du film de Elfman, notamment sa première demi-heure qui déstabilisera. Celle-ci suit les aventures de nos trois adolescents harcelés par un gang et Richard Elfman y va là de son hommage aux films de bandes des années 50/60 avec comme phares "La fureur de vivre" et surtout "West Side Story" dont on s'amuse à parodier certains thèmes. Elle tente d'en retrouver la "magie" surannée mais échoue quelque peu dans ce domaine.
En effet en même temps que nous présenter son histoire et ses personnages avec les raisons qui seront plus tard les catalyseurs du film en action, cette partie là pourra paraître un poil longuette ou surchargée. L'oeil est tellement rivé sur l'esthétisme - en passant, pourtant pas trop mal rendu tant au niveau graphique que dans le compte-rendu de ce cinéma désuet de genre "Rebel without a cause" - qu'on pourra avoir tendance à zapper l'histoire elle-même, à priori dénuée d'enjeu, en tout cas pour ceux qui nous concernent dans la vie. Il s'agit plus d'un hommage personnel et pour se faire plaisir que d'une réelle peinture sociale réactualisée ou non. (Très outrée pour le coup, en ce qui concerne les classiques un brin cramoisis cités plus haut et que reprend plutôt bien à son compte le réalisateur). Mais voilà à trop se disperser, on peut disperser également le spectateur. Disons que "Forbidden Zone" avait l'avantage d'évoluer sur une trame beaucoup plus ouverte permettant de mélanger les genres avec plus de bonheur et surtout d'harmonie.

 

 

Passons donc cette mise en bouche trop pleine pour en arriver à quelques considérations plus prises de têtes (rétrécies) quant à la suite du film et rendons avant tout hommage à Richard Bright, ici scénariste comme sur "Forbidden Zone" qui, on s'en apercevra un peu au fil du métrage, fournit finalement dans l'ensemble, un script bien torché. Et rappelons qu'à la base, cet homme là était l'un des membres des groupes Mystic Knights et The Oingo Boingo avec les frères Elfman. Comme le film précédent celui-ci a des airs de film fait entre potes et en famille, en rajoutant celle de Charles Band ici producteur avec le frère Richard à la musique tandis que Danny Elfman en compose le thème principal ainsi que des variations brillantes des gnossiennes de Sati.
Pour en revenir à l'équilibre de "réducteur de têtes" disons que si l'entame, trop riche et trop longue et qu'elle a du mal donner le rythme nécessaire pour emballer son film, celui-ci va finir petit à petit à fonctionner et le charme commencer à opérer. L'arrivée de Julius Harris, dans le rôle d'ancien sorcier de chez les tontons macoutes va donner toute son impulsion et son unité au spectacle qui va s'en suivre. Julius Harris qui offre une composition savoureuse, propre à l'image des meilleurs conteurs d'histoires pour enfants, à savoir arborant un rictus amusé mais avec un zeste de diabolisme en lui. Diabolisme sans doute venu de chez Papa Doc, dont il serait finalement un reste symbolique, un fantôme expiatoire et maléfique. D'autant que François Duvalliers fut connu pour avoir appris le vaudou et que le personnage du sorcier Sumatra utilise finalement les mêmes méthodes : Il prend ses victimes la nuit, leur faisaient alors subir les pires tortures, pendaient à tour de bras et dans des lieux publics. Comme Julius Harris dans le film, Les tontons macoutes s'habillaient en noir avec de longs trench coats et portaient des lunettes noires. Du coup, Richard Elfman l'air de ne pas y toucher y va de son petit règlement de compte, mettant en avant une page d'histoire qui n'a cessée qu'à la fin des années 80 (et donc encore dans les mémoires en 94) et dont les interventions occidentales furent pour le moins contestables sinon nulles. Il remet en avant une page d'histoire sans s'alourdir pour autant, exemple que je vais tenter de suivre aussi. Ce qui ressort avant tout, c'est la fantaisie de son auteur. D'ailleurs pour finir de décrire notre gourou réducteur de têtes, son nom évoque plutôt l'Indonésie tandis qu'il jure par le nom de Haile Selassie, qui fut l'empereur de l'Ethiopie jusqu'en 1974 et plus connu sous le nom de Rastafarianism... bref un mélange on ne peut plus fantaisiste.

 

 

Voilà, le film est donc lancé, et sa cohérence ne cesse de s'affirmer au fil des minutes. L'humour est omniprésent, et lorsque pour bien préparer sa potion magique, notre sorcier vaudou aura besoin d'un chat à ébouillanter, on se sentira suffisamment de connivence pour le lancer de concert avec lui dans le chaudron de la mort ! Malice et humour noir.
Les têtes coupées de nos trois jeunes amis dans leur cercueil renaitront donc plus puissantes et dotées de pouvoir paranormaux et de télékinésie. (Vous me direz ça vaut mieux lorsqu'on a plus de tronc, idée à laquelle je souscris bien entendu). On aura quelques belles scènes de sorcelleries et puis ces têtes volantes ressemblant à des découpages à l'ancienne qui, si elles intriguent quelques instants, finissent de façon imparable, à condition de se prêter au jeu du film (ou à son délire), par faire mouche. Il faut le dire comme c'est : On se marre bien devant leurs assauts répétés avec pour chacune d'elle, un pouvoir différent conféré. Si l'un déclenche des courants électriques, l'attaque, le couteau entre les dents, des pneus de la voiture de nos méchants bananés gominés par l'une de nos trois têtes chéries est un grand moment. Le rythme s'est depuis un temps bien emballé, le sujet s'est resserré, du coup ce mariage improbable et casse-gueule entre la comédie, l'horreur, l'hommage aux cinémas aimés (ou non), prend forme pour donner une deuxième partie de film totalement originale et divertissante.

 

 

Prévenons toutefois que certains pourraient bien reprocher au film de ne se classer dans aucun genre en particulier, et privé de ces repères auront assez peu de chance de l'apprécier à sa pourtant juste valeur. Celle d'un film qui emprunte les chemins de la liberté dans un contexte de budget pourtant restreint, et qui fait passer avant tout un vent salvateur de fantaisie débridée, créative et récréative. A contrario on pourrait bien aussi lui reprocher d'être trop muselé. Normal après un "Forbidden Zone" aussi détaché et décomplexé de tous les standards filmiques. Pourtant si celui-ci était un chef-d'oeuvre, "Réducteurs de têtes" demeure bien qu'inégal, un film extrêmement savoureux et rigolo, confirmant même si tourné 14 années après, un univers très personnel et d'une richesse exemplaire. Des films de types atypiques qui ont des couilles et qui les montre comme c'est le cas ici, j'en reprends personnellement plutôt deux fois qu'une. L'une des toutes meilleures livraisons de la famille Band et sa firme Full Moon, et sans conteste l'un des plus originaux. Vive la fantaisie !

 

Note : 7/10

 

Mallox
 
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