Train spécial pour Hitler
Titre original: Train spécial pour S.S.
Genre: Erotique , Guerre , Nazisploitation
Année: 1976
Pays d'origine: France
Réalisateur: Alain Payet (sous de pseudo James Gartner)
Casting:
Monica Swinn, Sandra Mozarowsky, Christine Aurel, Frank Brana, Claudine Beccarie, Rudy Lenoir, Pamela Stanford...
Aka: Helltrain / Tren especial para Hitle / Hitler's last train / Love Train for S.S./ Captive Women 5 : Mistresses of the 3rd Reich
 

1941 : l'Allemagne nazie étend son hégémonie en Europe, dans le but d'affranchir le IIIe Reich convoité par Adolf Hitler. Les semaines à venir s'annoncent décisives pour l'occupant prêt à entrer en conflit avec les Russes. L'officier S.S. Otto Kramer (Frank Brana), proche du Führer, décide de mettre en place un réseau de call-girls choisies parmi les aryennes les plus sûres et dont la mission consistera à distraire et réconforter les officiers du Reich mobilisés sur le Front de l'Europe de l'Est. Dans cette optique, il demande à sa maîtresse Ingrid Schüler (Monica Swinn), une chanteuse et danseuse de cabaret en vogue et dotée également d'un solide réseau de connaissances au sein du parti nazi, de s'occuper du recrutement. Les prostituées triées sur le volet par Ingrid, promu au grade de Capitaine pour l'occasion, embarqueront à bord d'un train spécial transformé en bordel de luxe qui sillonnera à travers l'Europe septentrionale. Ainsi vont cohabiter bon gré mal gré une douzaine de femmes, voyageant de gare en gare, réceptionnant les officiers allemands et s'exécutant de bonne grâce devant leurs plus bas instincts. Si les désirs des soldats sont des ordres, la soumission à Ingrid, particulièrement intransigeante avec son personnel, ne va pas sans provoquer certains remous. Si tout se passe pour le mieux avec Helga (Christine Aurel), le conflit est par contre inévitable avec Rita (Claudine Beccarie) particulièrement allergique au caractère de sa supérieure hiérarchique, mais qui obtempère par crainte de représailles.
Trois années passent ainsi, de nouvelles filles intègrent le train spécial. Parmi elles se trouve Greta Heinemann (Sandra Mozarowsky), une amie d'enfance dont le père a été récemment pendu pour haute trahison. Le train sillonne divers pays sans problèmes jusqu'au jour où Ingrid reçoit un ordre écrit de Kramer intimant aux filles de se prostituer avec les simples soldats. Au sein du groupe de prostituées, la tension commence à monter...

 

 

"Train spécial pour Hitler" est le premier des trois films qu'Alain Payet a réalisé pour Eurociné, c'est aussi le premier film de guerre abordant la Nazisploitation produit par la firme française. Marius Lesoeur n'a jamais caché qu'il souhaitait profiter de ce créneau porteur et distribuer des oeuvres similaires à celles réalisées en Italie, et qui copiaient elles mêmes des classiques comme "Les Damnés" de Luchino Visconti (1969), qui engendrera quelques années plus tard "Portier de Nuit" (Liliana Cavani, 1973) puis "Salon Kitty" (Tinto Brass, 1976). Il est intéressant de noter à ce propos que les couples vedettes de "Portier de Nuit" (Charlotte Rampling et Dirk Bogarde) et de "Salon Kitty" (Ingrid Thulin et Helmut Berger) jouaient tous dans "Les Damnés". De ce fait, tout comme la vie, le cinéma est un éternel recommencement. Et pour Marius Lesoeur, il apparaît évident de confier le premier opus à l'un de ses cinéastes de prédilection : Jess Franco.
A l'époque, le metteur en scène espagnol travaille pour Erwin C. Dietrich et commence à enchaîner des Women In Prison à la pelle. Entre le W.I.P. et le Nazisploitation, il n'y a qu'un pas apparemment facile à franchir, surtout pour un cinéaste expérimenté comme Franco. Cependant, trois jours avant le début du tournage, Franco se fâche sévèrement avec Lesoeur et fait ses valises. Même si les motifs de cette discorde restent brumeux, il est probable que l'argent soit le facteur essentiel de la dispute. Entre un Dietrich qui paie rubis sur l'ongle et un Lesoeur grippe-sou comme pas deux, le choix peut paraître évident. Les décors étant retenus, et les comédiens engagés, Payet débarque ainsi en catastrophe, avec Jean-Pierre Bouyxou chargé d'écrire les dialogues et de les faire apprendre aux acteurs au fur et à mesure.
Le tournage va durer quatre semaines. C'est à partir de la troisième semaine que débute celui de "Elsa Fräulein SS", sous la réalisation de Patrice Rhomm, utilisant une trame similaire, les mêmes décors, et une partie des acteurs.

 

 

Le parachutage in extremis d'Alain Payet, les conditions de travail extrêmes de Bouyxou, le budget rachitique conforme à l'esprit d'Eurociné, et l'amateurisme d'une partie du casting, conjugués à la perte des dialogues au moment d'effectuer la post-synchronisation, qui oblige les acteurs à reprendre leurs textes en improvisant plus ou moins (voir l'entretien bonus avec Bouyxou), donnent au final une oeuvre totalement bis. En fait, "Train spécial pour Hitler" est un paradoxe permanent, dans lequel on passe d'une scène maîtrisée à une autre parfaitement ridicule. Certains passages sont issus de "stock-shots", d'autres, filmés par Alain Payet, seront plus tard recyclés dans "Nathalie dans l'enfer nazi". Puisque l'on évoque les dialogues, certains s'avèrent particulièrement croustillants, et on devine effectivement que l'improvisation fut au rendez-vous.
Au niveau du casting, Ingrid est interprétée par Monica Swinn, actrice familière de Jess Franco, que l'on a pu voir notamment dans "La Comtesse Noire". Le cinéaste espagnol lui a offert son premier grand rôle dans "Frauengefängnis" ("Barbed Wire Dolls") peu de temps auparavant, et dans lequel elle campe un personnage de gardienne de pénitencier particulièrement gratiné. A ses côtés, Christine Aurel, vue dans "La Bonzesse", n'est guère crédible en call-girl de luxe. Si Claudine Beccarie tire finalement son épingle du jeu, la vraie vedette féminine est sans aucun doute Sandra Mozarowsky, dans un rôle préfigurant en quelque sorte celui de Patrizia Gori dans "Nathalie rescapée de l'enfer".

 

 

Dans "Train spécial...", Sandra va connaître un amour impossible avec un officier de la Wehrmacht. Le lien avec le personnage de Jack Taylor, dans le troisième et dernier opus d'Alain Payet, paraît évident. Sandra Mozarowsky, née d'un père russe et d'une mère espagnole, a connu une fin tragique puisqu'elle s'est défenestrée du premier étage de sa résidence, à Madrid, en 1977, avant d'atteindre sa 19ème année. On avait pu la voir pour la première fois à l'écran dans le "Blue Eyes of the Broken Doll" de Carlos Aured, où elle faisait une apparition furtive dans un bar. Elle eût d'autres rôles plus importants par la suite, toujours dans le cinéma de genre, comme dans "La Chevauchée des Morts-Vivants" d'Amando De Ossorio.
Côté masculin, le rôle le plus consistant est tenu par Frank Brana, impeccable en officier nazi fanatique. Cet acteur débuta comme figurant dans de nombreux westerns spaghetti, et notamment ceux de Sergio Leone. Riche d'une filmographie d'environ 160 films, on a pu le croiser dans le deuxième volet de la tétralogie des Mors-Vivants d'Ossorio, mais aussi dans "La Chasse Sanglante" de Peter Collinson ou encore dans "Kilma la Reine des Amazones". Rudy Lenoir est toujours fidèle au rendez-vous, troquant d'un film à l'autre la tenue d'officier nazi pour celle de la Wehrmacht. Notons aussi la présence de Yul Sanders, figure mythique d'Eurociné, en partisan infligeant une copieuse fessée à Claudine Beccarie ! Olivier Mathot, quant à lui, certainement occupé dans le wagon voisin pour le tournage de "Elsa Fräulein SS", se contente de faire une brève apparition sans dire un mot, histoire de boire une coupe de champagne.

 

 

Au final, "Train spécial pour Hitler" traîne quand même en longueurs avec une durée d'1h48 au compteur. Tout comme le camarade chroniqueur Throma, je conseillerais à ceux qui désirent découvrir l'un des titres de cette collection éditée par Artus de choisir "Nathalie dans l'enfer nazi". Mais pour les amateurs d'érotisme pur, "Train spécial..." demeure le plus chargé dans ce domaine. Une manière de se consoler comme on peut, d'autant qu'Eurociné est resté très soft par rapport aux productions transalpines de cette époque.

 

Note : 5,5/10

 

Flint
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