Breaking Point
Genre: Porno , Thriller
Année: 1975
Pays d'origine: Suède
Réalisateur: Bo Arne Vibenius (sous le pseudo de Ron Silberman Jr)
Casting:
Andreas Bellis, Irena Billing, Barbara Scott, Per-Axel Arosenius, Susanne Audrian...
Aka: Elles lui ont tout appris / Les Suédoises
 

Bob Bellings travaille comme comptable dans un immense building d'une grande cité (Stockholm ?). Son physique quelque peu ingrat et son air coincé provoquent la risée de ses collègues féminines. Entouré de femmes dans son travail, Bellings n'en est pas moins un célibataire endurci. Il vit seul dans un modeste appartement, passant la majeure partie de son temps libre au modélisme ferroviaire, lisant des revues spécialisées et jouant au train électrique avec le regard émerveillé d'un enfant. La vie terriblement monotone de Bellings prend fin lorsqu'il se couche. Là commence une nouvelle vie pour le comptable complexé, obsédé par toutes ces secrétaires qui le méprisent, ou au mieux l'ignorent.
L'autre Bob Bellings est un homme beaucoup plus sûr de lui, qui a basculé de l'autre côté du miroir, n'hésitant plus à mettre en pratique ses fantasmes les plus fous. Les frontières de la morale ont été abolies dans une société où la police et les psychiatres conseillent aux femmes victimes d'un violeur de se laisser faire, et où le gouvernement offre une arme et le droit de s'en servir à tout bon citoyen. Dans un monde tel que celui là, Bob le comptable refoulé sexuel peut enfin devenir l'homme qu'il rêvait d'être depuis si longtemps : violeur, tueur, nécrophile lors de son premier meurtre (un besoin urgent d'assouvir sa libido que Bellings ne réitérera pas, se livrant à une sexualité somme toute assez classique avec les femmes par la suite). Il a dompté sa peur, n'hésitant plus à utiliser la force pour abuser des femmes, et certaines prennent finalement tellement de plaisir dans l'acte que la brutalité du premier rapport se transforme peu à peu en moment de complicité. Bob Bellings est désormais un homme respecté des femmes, et dont l'apparence rigide cache en fait une virilité exceptionnelle.
Evidemment, cette déconnection avec le monde réel est temporaire, et le retour à la réalité n'en est que plus difficile, et cruel. De retour dans son bureau, Bellings redevient un gratte-papier anonyme, et les secrétaires ne se caressent pas devant lui, pas plus qu'elles ne se déshabillent, comme il était en droit de l'imaginer. Il n'a plus que les mots pour se défouler, mais le fait de traiter toutes ces filles de salopes, de penser qu'elles mériteraient une bonne leçon, qu'il faudrait les punir, ne suffit pas à l'apaiser. Cette immense tour dans laquelle il n'est qu'un pion, un exécutant, prend de plus en plus l'apparence d'une camisole de force, une prison qui inhibe sa véritable personnalité mais à laquelle il ne peut pas se soustraire. Que va devenir Bob, dont la schizophrénie empire un peu plus chaque jour ?

 

 

Lorsque l'on évoque le nom de Vibenius, réalisateur de seulement trois films, on pense bien évidemment au fameux "Thriller" (ou "They call her One Eye") qu'il tourna en 1974, film étrange mélangeant le thriller, le rape and revenge, voire le western spaghetti, et dans lequel Christina Lindberg, l'"Allumeuse Suédoise", rendue borgne par un proxénète, se transformait en implacable vengeresse. "Breaking Point", réalisé l'année suivante (et dernier film de Vibenius), est beaucoup moins connu. Il est pourtant remarquable, et probablement plus dérangeant, déconcertant et extrême que "Thriller". Lui donner une étiquette s'avère déjà difficile, puisque l'on trouve dans ce film des moments de drame, de comédie, d'action, et des scènes pornographiques. L'essence de "Breaking Point" est concentrée sur son personnage principal, Bob Bellings, antihéros au possible, passant du statut de victime à celui de tortionnaire avec une aisance et un talent surprenants. Doté d'un faciès que l'on ne peut oublier, ce personnage est incarné par un parfait inconnu, Andreas Billis, qui se trouve être cameraman de métier, et qui a d'ailleurs oeuvré en tant que tel sur "Thriller". Il paraît impossible de comparer Billis avec un autre acteur, de par son physique et son interprétation, mais sa performance est indéniable. Il porte le film sur ses épaules et parvient à nous faire rentrer de plein pied dans ses fantasmes les plus fous, les plus pervers avec une étonnante facilité.
Les scènes marquantes sont nombreuses dans "Breaking Point". Dès le début, avec cette femme agressée au retour du supermarché, et dont il fracasse le crâne à coups de cendrier, avant de la déposer sur son lit puis de la violer. Et que dire de cette scène surréaliste dans laquelle une femme lui prodigue une fellation, avant qu'une mouche ne vienne se poser sur son gland. Bellings s'empare alors d'un élastique pour dégommer l'insecte, un geste qu'il ne manquera pas de regretter. Ce qui est prodigieux dans ce passage, c'est que l'on devrait le trouver grotesque ; mais en fait c'est tout le contraire : Bellings parvient à fasciner le spectateur, et ce dernier se demande jusqu'où il va pousser les limites de l'extrême.
Et bien, en fait, Vibenius n'hésite pas à pousser le bouchon très loin dans ce domaine. Billings aime par exemple se barbouiller le visage avec la cyprine sécrétée par ses partenaires, allant même jusqu'à s'en mettre derrière les oreilles comme s'il s'agissait d'un parfum. L'homme est aussi un plaisantin. Pour se venger d'une secrétaire qui le nargue, il se masturbe dans la salle de bains, recueille son sperme dans une tasse ; et le lendemain, au bureau, il introduit la tasse dans le distributeur de café, et offre le "cocktail" à sa collègue de travail, qu'elle boit entièrement bien que lui trouvant un goût étrange.

 

 

Plus grinçante est la scène où le comptable pénètre dans une cour de récréation et pose son regard sur une gamine d'à peine dix ans. Evidemment, toute la question est de savoir comment faut-il considérer ce regard ? Est-celui d'un père de famille attendri qu'il aimerait être ? Ou celui d'un pédophile qui sommeille en lui ? Toujours est-il qu'après une promenade champêtre où la petite fille, heureuse de s'être trouvée un ami "différent", n'éprouve qu'un seul désir : celui de le revoir. Mais Bellings, après un temps d'hésitation, finira par décliner l'offre avant de retrouver la solitude de son appartement.
La fin du film bascule quant à elle dans la folie la plus totale, comme si Vibenius avait décidé de laisser échapper une fois pour toutes les penchants démentiels de son personnage, telle une boîte de Pandore. Après avoir été agressé dans un parc (par un sosie de Billy Drago), essayer ses balles explosives laissées par un armurier complaisant (et avoir dégommé des sapins dans une forêt), Bellings se fait kidnapper par des braqueurs de banque. Une prise d'otages qui va se conclure de façon incroyable. Après avoir abattu un hélicoptère de police, volé une voiture, mis un véhicule dans le fossé, le comptable parviendra à rentrer chez lui et se coucher. En attendant de retrouver la routine du boulot ?
Outre la performance de son acteur principal, et du jusqu'au-boutisme de son metteur en scène (qui force au respect), il convient aussi de noter aussi la partition musicale, elle aussi surprenante, de Ralph Lundsten, à laquelle vient s'ajouter de façon récurrente le thème principal du "Troisième Homme" de Carol Reed, composé par Anton Karas. Un thème qui passe à toutes les sauces, et même par moments massacré. Combinée avec les gros plans sur le visage tourmenté de Bellings , la musique ne fait qu'accroître la schizophrénie ambiante, et c'est de façon imparable que Vibenius parvient à nous conduire jusqu'au fameux "Point de Rupture". "Thriller" est bel et bien enterré...

 


Note : 8/10

 

Flint

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