Prophecy - Le monstre
Titre original: Prophecy
Genre: Horreur
Année: 1979
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: John Frankenheimer
Casting:
Robert Foxworth, Talia Shire, Armand Assante, Richard Dysart, Victoria Racimo...
Aka: Prophecy : The monster movie
 

Adroscoggin dans le Maine - la population indienne est confrontée aux effets néfastes des papeteries qui ne respectent pas les normes écologiques. La tension entre les ouvriers de l'usine et les indiens monte, surtout depuis que plusieurs personnes ont été retrouvées horriblement mutilées. Le service de la santé publique envoie le Dr Robert Verne pour enquêter et juger de la situation sur place. Ce dernier va vite se rendre compte des dégâts occasionnés par le rejet de certains produits sur les indiens et la faune locale, entraînant malformation des nouveaux nés et gigantisme !

 


John Frankenheimer (1930-2002) faisait partie de ces réalisateurs américains capables de réaliser n'importe quoi, ce qui donnait parfois de petites merveilles, comme le méconnu "Black Sunday", un film qui mélange allégrement espionnage, action et film catastrophe. Parmi sa filmographie on peut retenir des productions comme "Le Train", "Grand Prix", "Le Prisonnier d'Alcatraz" ou "Ronin". Intrigué par cette nouvelle vague de films fantastiques qui déferlait sur les écrans depuis le début des années septante, Frankenheimer décide de s'essayer au genre en acceptant l'offre du patron de la Paramount, Michael Eisner, qui lui propose de réaliser un film de monstre. Pour mettre toute les chances de son côté, il engage le scénariste de "La Malédiction" : David Seltzer . Malheureusement, le fantastique et Frankenheimer ne feront pas bon ménage, en effet c'est un genre qui ne convient pas au style du réalisateur (comme le montrera bien des années plus tard son adaptation de "L'île du Dr Moreau"), qui semble avoir du mal à trouver la juste mesure.

Néanmoins, "Prophecy" demeure une œuvre intéressante pour son message écologique (la pollution) et social (l'intégration des amérindiens). Le film débute par une spectaculaire séquence choc qui soulève l'intérêt ; mais, par la suite, il faut malheureusement noter une flagrante baisse de rythme, le réalisateur préférant s'attarder sur les magnifiques paysages dans lesquels se déroule un drame humain : la lutte entre les autochtones et les ouvriers de la papeterie toute proche, qui s'accusent l'un l'autre des dramatiques événements qui se déroulent dans la région. Petit à petit le réalisateur nous fait découvrir que l'industrie n'est pas tout à fait étrangère aux divers événements.

 


Il faut bien attendre la dernière partie du métrage pour que se dévoile enfin le fameux monstre (en fait un grizzly mutant) qui malheureusement n'est pas des plus convaincants, surtout lorsqu'il se déplace. Entre temps, nous aurons droit aux états d'âme d'un couple dont on se fout éperdument (mon futur bébé sera il contaminé ?) Plus intéressant est le contexte social que nous dépeint le réalisateur, décrivant l'influence néfaste de notre civilisation sur la nature et ses habitants les plus proches, ici représenté par les indiens. Peuple mystique et incompris que l'on spolie des ses terres et qui se fait doucement mais surement empoisonner par les hommes blancs, une démonstration un rien caricaturale mais néanmoins efficace. Comme l'interprétation d'Armand Assante tout en fureur et conviction, ce qui n'est pas le cas de l'insipide couple Foxworth / Shire d'une fadeur confondante, on en regretterait presque Jennifer Love Hewitt et son 95C.

Si le réalisateur parvient par moment à instaurer un semblant de suspense, voire une ambiance particulière (comme l'utilisation du brouillard ou de la pluie), il semble totalement désemparé lorsqu'il doit filmer son monstre, pourtant réalisé par les studios Burman ("Halloween 3", "The Manitou", "Les Entrailles de l'Enfer", "Le Droit de Tuer"...). Alors qu'un Richard Fleisher confronté aux mêmes problèmes sur "20.000 Lieues sous les Mers" réussit à dissimuler son poulpe mécanique par l'utilisation d'une tempête. Frankenheimer, pourtant très bon technicien, semble incapable de camoufler son monstre, autrement que par de très courtes séquences aux cadrages imprécis. Difficile de ne pas remarquer qu'il s'agit en fait d'un acteur dans un costume d'ours, le premier rôle de Kevin Peter Hall (2.20m), qui allait devenir un habitué du genre ("Predator", "BigFoot et les Henderson"…)

 


Pour le reste, Frankenheimer montre qu'il sait utiliser une caméra et qu'il maîtrise parfaitement le scope, notamment lors d'une série de gros plans sur le visage des acteurs se trouvant dans le même plan, mais pas à la même distance. Grâce a cette maîtrise du cinémascope et une superbe photographie très "seventies" de Harry Stardling Jr ("Convoy"), le réalisateur restitue parfaitement la beauté des forêts du Maine (pour l'anecdote il est a noter qu'il n'y a pas de Grizzly dans le Maine), le tout souligné par une discrète mais efficace partition de Leonard Rosenman, qui utilise le fameux "The Blaster Beam", instrument utilisé par Jerry Goldsmith sur "Star Trek the Movie", John Barry pour "The Black Hole" et Laurence Rosenthal sur "Meteor".

 

 

Grosse production aux allures de série B soignée, "Prophecy", qui sortit la même année que "Alien", remporta quand même la coquette somme de 20 millions de $ au box office, ce qui n'empêchera pas son réalisateur de considérer l'œuvre comme son plus mauvais film. Loin d'être aussi sévère, reconnaissons que le film se laisse regarder comme un agréable et divertissant hommage (voulu ou non ?) au film de monstre des années 50, le péril atomique ayant cette fois cédé la place à des considérations plus écologiques mais tout aussi redoutables pour les hommes.

 

The Omega Man
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