Centerfold Girls, The
Genre: Thriller , Slasher
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: John Peyser
Casting:
Jaime Lyn Bauer, Tiffany Bolling, Jennifer Ashley, Andrew Prine, Aldo Ray, Francine York, Ray Danton...
Aka: Girl Hunter
 

Clement Dunne (Andrew Prine) est un jeune homme tout à fait convenable, du moins au premier abord. Joli garçon (malgré des lunettes old-fashioned), élégamment vêtu (à part ses pompes mafioso, un peu frime), il serait presque le gendre idéal. Malheureusement, Clement est quelque peu tourmenté. Elevé sous le sceau du christianisme d'une manière pour le moins abusive, le brave garçon perd tous ses moyens dès lors qu'il voit une fille à poil dans un magazine. Peu à peu, la folie s'est emparée de lui, considérant ces femmes au mieux comme des prostituées, au pire comme des suppôts de Satan. Il faut donc les purifier, et Mr Dunne a trouvé une idée radicale pour cela : les occire. Cette quête mystique commence à prendre tournure dès lors qu'il est entré en possession d'un calendrier regroupant divers modèles ayant fait les pages centrales d'une revue de charme (les fameuses Centerfold Girls, donc).

Le garçon étant méthodique, il commence par égorger Miss Janvier, avant de l'enterrer sur une plage. Une fois son forfait accompli, il prend soin de découper le visage de sa victime sur le calendrier, avant de détourer celui de sa prochaine cible au feutre rouge. Les trois prochaines qui risquent ainsi de passer à la casserole sont respectivement infirmière, étudiante et hôtesse de l'air. Comme Clement est quelqu'un de parfaitement organisé, il suit toujours le même mode opératoire, qui consiste à rechercher l'adresse de sa "proie", son numéro de téléphone histoire de la harceler un peu (beaucoup, même) ; enfin de la suivre en voiture à la première occasion, et de choisir le lieu (et le moment) opportun pour frapper. Et en bon prédateur qu'il est, Clement Dunne sait quand il faut agir...

 


The Centerfold Girls est un slasher qui sort des sentiers battus, de par sa construction en trois parties, dans lesquelles on suit chacune des trois victimes qui va se trouver confrontée à Clement Dunne. Ce thriller peut ainsi se voir comme un film à sketchs, avec comme dénominateur commun notre tueur en série. Si l'on s'amuse à calculer la durée des différents segments, on constate qu'ils sont parfaitement équilibrés, puisque chacun d'entre eux tourne autour des vingt-neuf minutes (auxquelles il faut rajouter un peu plus de cinq minutes pour le teaser et générique). Voilà pour l'aspect technique. Le plus important reste évidemment la qualité des sketchs. Il arrive souvent qu'un film s'avère inégal, justement par la faute de sketchs inférieurs aux autres. Ici, ce n'est pas le cas. Les trois segments sont non seulement réussis, mais ils ont tous une identité propre, et le personnage récurrent de Dunne donne à l'ensemble une parfaite homogénéité.

D'ailleurs, puisqu'on en parle, il n'est pas si fréquent de voir un slasher dans lequel les victimes ne se connaissent pas entre elles, ou se retrouvent regroupées dans un endroit. Autre originalité : le tueur agit à visage découvert, on connaît d'entrée son identité, et l'on sait également ce qui le pousse à tuer. Cette absence de suspense pourrait s'avérer préjudiciable, mais l'habileté du réalisateur consiste à nous laisser croire que les victimes ont une chance de s'en sortir. La première partie nous présente Jackie, une infirmière qui prend la décision de quitter son job, suite aux harcèlements de Dunne, et de partir tenter sa chance ailleurs. Elle prend une fille en stop et l'invite dans le chalet de sa tante, absente. Mais la fille en question est une hippie peu recommandable, qui fait venir ses amis dans la demeure. Le petit groupe va faire passer un sale quart d'heure à la pauvre Jackie, tombée de Charybde en Scylla. La menace a pris un autre visage, mais cela signifie-t-il pour autant que le danger initial a disparu ?

 


La deuxième partie nous montre Charly, jeune étudiante venant de décrocher un contrat pour poser nue. On la retrouve en compagnie d'autres modèles, et du staff (photographes, producteur, responsable d'agence). Le lieu choisi pour les diverses séances est un ilot tranquille situé non loin du continent, et dont le propriétaire leur a loué la maison. Une demeure qui a de la gueule, mais non pourvue d'électricité, et sans téléphone... Du pain béni pour Dunne qui ne va pas manquer de s'inviter au sein d'un groupe divisé par quelques querelles intestines.

Vera Porter est l'héroïne du dernier segment. Hôtesse de l'air fréquentant le milieu de la bourgeoisie adepte de la coke, de l'alcool et du sexe lors de soirées huppées (où luxe et luxure font bon ménage), on pourrait penser que la jeune femme va s'avérer être une proie facile pour Dunne. Mais Vera va se montrer plus coriace qu'on n'aurait pu le croire, bien que tombée dans un traquenard tendu par deux marins en permission, et qui vont la violer après l'avoir drogué. Une épreuve qui va la rendre plus forte...

John Peyser (1916-2002) n'évoquera pas grand-chose pour la plupart d'entre nous. Il a essentiellement travaillé pour la télévision, à partir des années 50. Et s'il a de temps à autres réalisé quelques films pour le cinéma, ceux-ci sont restés peu ou prou dans l'anonymat. Pour The Centerfold Girls, le metteur en scène a bénéficié d'un casting plutôt alléchant. Si Jaime Lynn Bauer (Jackie) se cantonnera elle aussi à des séries télé durant sa carrière, il en va différemment pour Tiffany Bolling, déjà présente dans un thriller glauque, The Candy Snatchers, l'année précédente, et que l'on pourra voir ensuite dans L'horrible invasion. Et que dire de Jennifer Ashley (Charly), qui présente un CV tout simplement impressionnant pour tout amateur de bis : "Nightmare Circus", "The Pom Pom Girls", "Tintorera", Inseminoïd...

 


Rayon nanas, on en a pour son argent, des filles qu'on a pu d'ailleurs croiser dans d'autres productions bis, essentiellement dans les années 70. C'est le cas de Francine York ("The Doll Squad"), Janet Wood ("L'auberge de la terreur"), Teda Bracci (The Big Bird Cage), Tallie Cochrane ("Filles en cavale"), Janus Blythe ("Le crocodile de la mort", La colline a des yeux) , mais aussi Anneka Di Lorenzo, que Bob Guccione avait imposé lors du tournage du "Caligula" de Tinto Brass (la fameuse scène saphique avec Lori Wagner), et qui obtiendra dans la foulée le premier rôle dans "Messaline, impératrice et putain", de Bruno Corbucci. En ce qui concerne les acteurs, c'est également du tout bon. A tout seigneur, tout honneur, commençons par Andrew Prine, qui campe ici un tueur inquiétant, fétichiste (il garde une chaussure de ses victimes en souvenir) et mystique, tour à tour dément et machiavélique.

Prine est un grand acteur, il l'avait déjà prouvé avec "Simon, King of the Witches", et embrayera, tout de suite après The Centerfold Girls avec un autre rôle tourmenté, dans "Nightmare Circus". Ces trois films restent malheureusement inédits en France, contrairement aux westerns qui le firent connaître chez nous (Bandolero, "Chisum"). On se consolera avec d'autres prestations remarquées, comme dans le Grizzly de William Girdler, ou son rôle de prêtre dans Amityville II : le possédé. Il est entouré d'autres "belles gueules" du 7ème Art, tels Mike Mazurki, cinquante de cinéma à lui tout seul et des rôles de gangsters en pagaille, Ray Danton, spécialiste des films d'espionnage dans les sixties (dont le fameux Opération Ré Mida de Jess Franco), et enfin l'incontournable Aldo Ray, capable de tourner aussi bien pour Raoul Walsh qu'Al Adamson. Pour l'anecdote, signalons que dans The Centerfold Girls, pas moins de quatre seconds rôles, en plus de Jennifer Ashley, jouèrent dans "Phantom of the Paradise" en cette même année 1974.

 

 

The Centerfold Girls remplit largement le cahier des charges tant au niveau des meurtres (le sang gicle en plusieurs occasions), que de l'érotisme (ces dames ne sont pas avares de leurs charmes, mais pas de full frontal, néanmoins). Quelques scènes restent également marquantes, et le film s'achève en apothéose dans un décor pittoresque : un désert d'arbres morts, où Dunne poursuit Vera au soleil couchant, dans ce que l'on pourrait presque appeler une vision de l'enfer.

Ah ! Une dernière chose, la logique avec laquelle Clement Dunne prépare ses meurtres n'a qu'une seule faille : il s'en prend uniquement aux mannequins se situant sur les pages au recto du calendrier. Ainsi, après avoir découpé le visage de sa première victime, Judy (Miss Janvier), dans le calendrier, il passe ensuite à Jackie (Miss Mars), puis Charly (Miss Mai), et enfin Vera (Miss Juillet). Mesdemoiselles, vous qui rêvez de poser nue dans un calendrier, si vous craignez de finir charcutée par un fou furieux, vous savez ce qu'il vous reste à faire : demander à être placée au verso de la revue !

 


Note : 8/10

Flint

 

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