Homme, l'orgueil et la vengeance, L'
Titre original: L'Uomo, l'orgoglio, la vendetta
Genre: Drame , Western spaghetti
Année: 1968
Pays d'origine: Italie / Allemagne de l'Ouest
Réalisateur: Luigi Bazzoni
Casting:
Franco Nero, Klaus Kinski, Tina Aumont, Guido Lollobrigida, Franco Ressel, José Manuel Martin, Karl Schönböck, Alberto Dell'Acqua...
 

Don José, un jeune sous-officier de l'armée espagnole, est un homme à la fois naïf et de peu d'ambitions. Son poste consiste le plus souvent à garder les cellules de la caserne dans laquelle il campe. La belle Carmen se fait bientôt arrêter, suite à une rixe qu'elle a elle-même déclenché au sein d'une manufacture de tabac. Leurs destins vont dès lors se croiser. Constamment provoqué et nargué par la jeune femme, José sera vite fasciné par celle-ci, qui semble posséder une force de caractère dont il est dépourvu. Alors qu'elle tentera de s'échapper, il ira même jusqu'à la laisser faire, pour se voir ensuite rétrogradé à cause de son laxisme. On le chargera malgré tout de la retrouver puis de la ramener. José trouvera bien Carmen, mais au lieu de la reconduire en prison, il en tombera amoureux. Aveuglé tandis qu'elle semble pourtant se jouer de lui, il la trouvera un peu plus tard en pleins ébats avec l'un de ses supérieurs, lequel le traitera comme un chien. Pour la première fois, José ne se soumettra pas et affrontera l'homme en tête à tête. Durant leur bagarre, le gradé se fracassera malencontreusement le crâne contre le mur. Carmen et José, alors coupables d'homicide, n'auront alors plus qu'une seule alternative, celle de fuir. Ensemble, ils rejoindront une bande de bandits sévissant dans les montagnes à coups de braquages de diligences. Recherché par les autorités, le jeune officier devenu bandit décide d'épouser une Carmen pour le moins exigeante et qui ne semble rêver que de richesse. Une diligence doit bientôt passer dans les parages. Elle transporte une cargaison d'or. José voit là l'occasion d'offrir une dot à sa future épouse. Hélas, parmi les bandits, se trouvent également quelques hommes sans foi ni loi, dont Miguel Garcia. L'attaque de la diligence tournera au massacre et le reste ne sera que fuite en avant...

 

Si les décors (Almeria), l'action et même certains personnages sont ceux d'un western en bonne et due forme, vous l'aurez compris, "L'homme, l'orgueil et la vengeance", est avant tout une adaptation transposée de l'œuvre éponyme de Prosper Mérimée. Difficile même de la classer comme un western spaghetti, celui-ci se déroulant en Espagne, et difficile également de le classer tout simplement comme un western, l'action se déroulant très loin du cadre de l'Ouest américain. A n'en pas douter, ce second long-métrage du peu prolifique Luigi Bazzoni est avant tout un drame lyrique et flamboyant, à l'instar de sa source. De fait, il me semble que la façon qu'on aura d'aborder le film jouera énormément, niveau ressenti à son égard. L'amateur de westerns restera certainement sur le carreau, ne voyant là qu'une œuvre bancale, globalement trop lente et manquant pour ainsi dire d'action. Il conviendra pour garder une chance de l'apprécier d'en revenir à la nouvelle dont il est issu, nouvelle vis-à-vis de laquelle il reste même, malgré les apparences, assez fidèle. Si cette adaptation semblera de prime abord originale, on rappellera tout de même que Carmen subit, au fil du temps, diverses adaptations, dont la plus célèbre reste l'opéra de Georges Bizet. C'est pourtant le plus souvent la nouvelle qui s'est elle-même vu adaptée au cinéma, ce des manières les plus différentes qui soient. Dès 1915, Charlie Chaplin en fera une version burlesque, tandis que Cecil B.DeMille et Raoul Walsh en livreront leurs propres versions la même année. Bien plus tard, en 1983, Godard la transposera également à sa sauce avec son "Prénom Carmen", tandis qu'on aura eu le droit, entre-temps, à des adaptations de l'opéra qu'en avait fait Bizet, ainsi, pour le plus singulier, "Carmen Jones" d'Otto Preminger, lequel n'était joué que par des acteurs noirs. Tout ça pour dire, que tout original que ce projet paraîtra, ce ne sera ni le premier ni le dernier à l'être et qu'il conviendra également d'en relativiser cet aspect.

 

 

Passons donc au film lui-même afin de tenter d'en extirper les qualités et ses défauts, lesquels ne manquent pas, même hors cadre du ‘western' qu'il n'est pas. Bazzoni, on le sait, est un scénariste/réalisateur ambitieux, intéressant et talentueux, mais également inégal ("Journée noire pour le bélier", "Le Orme"). Force est de constater que le résultat est ici à l'image du bonhomme, rempli de bonnes intentions (celle de vouloir faire original, notamment), d'une volonté constante d'innover techniquement (nombreux sont les mouvements de caméras inattendus, se voulant épouser les mouvements et les gestes des personnages), mais qui demeure complètement déséquilibrée en même temps que de souffrir de la comparaison de certaines de ses influences.
S'il y a une œuvre avec laquelle il sera tentant de le comparer, c'est le "Duel au soleil" de King Vidor. On retrouve dans "L'Homme, l'orgueil et la vengeance" les mêmes liens passionnés, passant tour à tour de l'attraction à la répulsion, pour nous plonger en plein drame sur une passion destructrice entre deux êtres qui, par amour, finiront par s'entretuer. Le couple Franco Nero/Tina Aumont peut se voir comme l'alter-ego de celui formé par Gregory Peck/Jennifer Jones dans le chef-d'œuvre de Vidor. Idem pour la flamboyance avec laquelle Bazzoni tente de nous conter leur aventure. Difficile pourtant de penser que Vidor ait été puiser chez Mérimée. En revanche, que Bazzoni soit allé prendre source d'inspiration chez Vidor ne semble pas à exclure.

 

 

1968, c'est aussi une année où la nouvelle vague, Godard en tête (encore notre Jean-Luc national ! Comme quoi il n'y a pas qu'une Carmen entre Bazzoni et lui), fait encore fureur, alors que ce dernier semble rentrer lui-même dans une période plus radicale encore.
On retrouve par moments, dans cette adaptation, la même volonté, cataloguée de moderne alors, de réinventer un nouveau langage cinématographique. J'évoquais ci-dessus, les drôles mouvements cinématographiques, ceux qui, par exemple, suivent un simple coup de poing avec une caméra plongeant alors à terre. Idem pour l'utilisation de la bande-son, à base, le plus souvent, de phrasés calmes de guitares andalouses (et assez éloignée de l'opéra de Bizet) qui semble se vouloir le contrepoint de la flamboyance et du lyrisme effréné du film. Si la volonté de décalage de Bazzoni semble évidente, de par l'utilisation de la (pourtant très bonne) partition de Carlo Rustichelli, elle semble faire partie à ce jour d'un procédé qui vieillit mal. Difficile il est vrai de livrer un film moderne, avec une volonté de dynamiter certains codes filmiques, tout en se revendiquant d'œuvres classiques.
Ce qu'il en résulte à l'écran, quarante ans plus tard, en lieu et place de la modernité semble-t-il convoitée alors, c'est une œuvre datée, ancrée dans une époque et je dirais même plus, une mode d'alors qui n'a plus trop cours à ce jour.
Rajoutons à cela que la structure scénaristique demeure assez bancale, et ne semble en revanche pas découler d'un choix, mais plutôt de maladresses dans le script initial, signé Bazzoni himself.

 

Ce qui achève de ranger le film dans le rayon des curiosités intéressantes mais ratées, c'est sa direction d'acteurs inégale et disons le franchement, dans l'ensemble, assez faible.
Franco Nero fait pâle figure, son personnage paraît beaucoup trop naïf pour être vraiment crédible. De ce fait, pas mal de situations en pâtissent, même les plus tragiques, comme le final qu'on pourra bien trouver légèrement grotesque, voire cul-cul la praline. Quant à Tina Aumont, elle livre ici un festival de cabotinage qui n'en fait pas pour autant un personnage à par entière. Pour l'élément catalyseur du drame qui se joue, c'est en quelque sorte un comble ; ça décrédibilise autant que discrédite un scénario qui s'articule autour. Comment croire dès lors à la passion de José pour une telle excentrique, quand elle n'est pas tout simplement vulgaire ? Il me semble que Bazzoni aurait dû privilégier sa direction d'acteurs, au lieu de la délaisser pour des préoccupations plus ‘auteurisantes'. Finalement, seuls Kinski, dans un rôle secondaire, s'en sort honorablement en salaud, avec Guido Lollobrigida qui parvient à insuffler une belle humanité dans un rôle de renégat.
Non, en dépit de ses ambitions, "L'homme, l'orgueil et la vengeance" demeure à voir comme une curiosité davantage que comme une réussite. A jouer à la fois la carte de la modernité en convoquant le classicisme, son réalisateur ne parvient jamais à trouver l'harmonie. C'est un film sur l'amour fou qui ne manque pas d'audace mais singulièrement de folie. Seule la très belle photographie de Camillo Bazzoni semble en totale adéquation. A son crédit cependant, s'il déstabilise quelque peu par ses disparités, le film n'ennuie pas vraiment et reste donc à découvrir pour s'en faire sa propre idée.

 

 

Mallox

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