Journée noire pour un bélier
Titre original: Giornata nera per l'ariete
Genre: Giallo
Année: 1971
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Luigi Bazzoni
Casting:
Franco Nero, Silvia Monti, Wolfang Preiss, Ira von Furstendberg, Edmund Purdom, Rosella Falk, Renato Romano, Agostina Belli...
Aka: Jour maléfique / The Fifth Cord
 

Le nouvel an, on ne le sait que trop bien, a souvent des relents de déprime, tant et si bien que le nombre de suicides a même tendance à augmenter en cette période. Il est peu dire que dans Giornata nera per l'ariete les statistiques vont grimper puisque, en préambule, un réveillon entre amis dégénère dès le lendemain, voyant les convives se faire trucider ensuite un à un. Parmi eux, un personnage que l'on ne quittera dès lors plus, héros pathétique autant qu'antipathique en la personne d'Andrea Bild (Franco Nero), journaliste sur le déclin et Don Juan notoire doté qui plus est  d'un fort penchant pour la bouteille.

 

 

Quoi qu'il en soit, notre bélier du titre aura en effet de quoi devenir chèvre puisque le voici semble t-il devenu potentielle victime : recevant d'abord un message anonyme fait d'une voix trafiquée sur bande, il passera donc en toute logique ensuite au statut de suspect, ainsi qu'à celui de victime désignée. Notre journaliste, loin de faire un delirium tremens et de s'en laisser compter, va transformer cette double menace, à son sens absolument injustifiée malgré les soupçons pesant sur sa personne, en motivation à enquêter lui-même sur ces meurtres évoluant  à la lisière d'un occulte mysticisme, le mode opératoire pour le moins singulier du meurtrier, étant que les victimes sont tuées un mardi, chacune d'entre-elles étant par extension née sous le signe astrologique du Bélier, à l'instar de notre gratte-papier prêt-à-tout ; pour le petit détail concernant le modus operandi : chacune d'elles, lors de leur mise à mort, se fait couper un ou plusieurs doigts alors qu'un gant de cuir est chaque fois abandonné juste après aux côtés des cadavres. Ce détail saugrenu ira graduellement... ainsi la première victime est amputée d'un doigt, la seconde de deux doigts, et ainsi de suite... Vous l'aurez compris et comme le titre l'indique, les temps sont durs pour les natifs du Bélier et notre sombre héros devra à la fois se méfier et baisser la tête pour foncer tête en avant.

 

 

Autant ne pas tergiverser, Giornata nera per l'ariete est une réussite. Esthétiquement superbe, doté d'un scénario fidèle aux codes du genre, très bien interprété par des acteurs dont on connaît au préalable le charisme et le talent, à l'unanimité excellents ici. De plus, le film est solidement mis en scène et ce de façon très équilibrée par son réalisateur Luigi Bazzoni qui parvient ici à livrer une intrigue à la progression maîtrisée.
On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un réalisateur prolifique, ce dernier n'ayant en tout et pour tout réalisé que sept films. Après avoir commencé sa carrière comme assistant auprès de Mauro Bolognini ("Le Bel Antonio"), réalisateur avec lequel il travailla souvent ("Metello"), l'on citera pour mémoire quelques réalisations comme l'astucieux mais inégal L'Homme, l'orgueil et la vengeance avec déjà Franco Nero, puis le fort réussi Le Orme avec Florinda Bolkan. Bazzoni ne semble pas tourner pour rien, avec semble t-il une volonté de tordre son matériau.

 

 

Journée noire pour un Bélier, tourné entre les deux films susnommés est, comme suggéré ci-avant, un essai transformé.
Autant dire, à bien le regarder, que son réalisateur fait partie des gens exigeants. Bazzoni ne prend manifestement pas son public potentiel pour un imbécile, ce qui, sans citer de noms, est chose assez courante dans la production transalpine de l'époque, au sein du même genre... genre par ailleurs trop souvent fantasmé, rempli pourtant d'oeuvrettes tournées par des réalisateurs peu concernés si ce n'est motivés uniquement pour surfer sur une vague ayant alors le vent en poupe.

 

Trêve de béatification pour l'un et de diabolisation pour d'autres, toujours est-il que cette Journée noire pour un bélier est à la base l'adaptation d'un roman éponyme de l'écrivain David McDonald, auteur prolifique et talentueux de polars durant les années soixante.

 

Pour bien faire, Luigi Bazzoni s'entoure ici de gens de talents... ainsi l'on citera en premier lieu son chef opérateur, le grand Vittorio Storaro (L'immense et sous-estimé "1900" de Bertolucci, mais aussi "Le dernier Tango à Paris" et L'Oiseau au plumage de cristal pour le genre qui nous préoccupe). Celui-ci livre ici un travail photographique de toute beauté et semble maîtriser les contrastes nocturnes et les clairs-obscurs comme personne, réussissant la gageure de transcender les scènes assassines - par ailleurs fort bien transformées par Bazzoni - en plus d'être constamment dans le ton et d'épouser, et l'ambiance, et les tourments des personnages, passant tour à tour de l'épure à la magnificence et la splendeur. Autant dire qu'il est l'un des plus gros atouts de ce beau film pourtant en demi-teinte. Pour parler davantage des scènes dites choc, si elles ne sont pas les plus sanglantes qu'on ait pu voir, elles demeurent toutefois assez nombreuses et surtout comme suggérée avant, admirablement cadrées et découpées. On notera à cet égard un formidable premier meurtre perpétué sur une handicapée, jetée finalement du haut d'un escalier en colimaçon, puis ailleurs, cette scène quasi finale et assez terrifiante mettant en scène une tentative de meurtre sur un enfant dans des décors 'glauquissimes' à souhait.

 

 

Certes, certains ne manqueront pas de reprocher une certaine lenteur dans le développement puis le déroulement de l'histoire, en gros dans la majeure partie du film (on ne peut nier que Bazzoni ne prenne son temps, mais c'est au profit de caractères fouillés), ce jusqu'à un dernier quart d'heure, dirons-nous, plus échevelé. Le film sait quoi qu'il en soit conserver un intérêt qui jamais ne se dément .


Le personnage campé par Franco Nero, superbement disséqué, n'est pas loin de représenter le prototype de l'anti-héros : le type n'attire pas de prime abord la sympathie, mais parviendra à regagner l'estime de son entourage, en même temps que celle du spectateur dans une intrigue emberlificotée, mais qui sera signe, soit de rédemption, soit de destin fatal, en gros, de mort.

A cet égard et de façon ironique, on remerciera l'assassin. Pour les protagonistes qui entourent ce personnage central pas toujours recommandable (chose assez rare dans le genre et donc qualité à mettre à l'actif de Bazzoni), le casting est assez remarquable : l'on retrouve quelques noms connus souvent associés au giallo comme Rossella Falk (La Tarentule au ventre noir/ Le Tueur à l'orchidée), Silvia Monti (Le Venin de la peur / "Le Cerveau" - non je déconne -), ou Ira von Fürstenberg ("L'Ile de l'épouvante"), ainsi qu'Agostina Belli apparaissant au tout début dans un petit rôle et qui fit ensuite la carrière que l'on sait.

 

 

Côté homme, passons l'excellente composition de Franco Nero et notons les présences de l'incontournable Wolfgang Preiss (Cran d'arrêt) et du Britannique Edmund Purdom (L'Avion de l'apocalypse / Horrible). Bref, si le casting est irréprochable, les interprétations qui vont de pair ne déméritent en aucun cas et chacun joue sa partition à la perfection. Au crédit supplémentaire du réalisateur, celui donc de fort bien diriger ses acteurs, qualité ayant le mérite de rendre les séquences effrayantes et assassines plus efficaces.

 

Pour finir, la partition morriconienne achève de donner au film tonalité et envergure. Finalement, hormis quelques ficelles scénaristiques légèrement capilotractées, cette Journée noire pour un bélier est une bien belle réussite en son genre. De celle à marquer d'une pierre blanche...

 

 

Mallox

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche du dvd Le Chat qui fume de Journée noire pour le bélier

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