Extase des anges, L'
Titre original: Tenshi no kôkotsu
Genre: Drame , Pinku eiga
Année: 1972
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Koji Wakamatsu
Casting:
Ken Yoshizawa, Rie Yokoyama, Yuki Arasa, Michio Akiyama, Yosuke Akiyama, Susumu Iwabuchi, Yosuke Yamashita...
 

Suite à l'échec d'une mission rebelle ayant causé la mort de révolutionnaires impliqués, le groupuscule d'Octobre voit naître en son sein une poignée de conflits cruciaux pour leur avenir. Le rôle du meneur, devenu aveugle suite à l'explosion d'une grenade, sera dès lors considéré comme inutile : les instances supérieures estimeront qu'il est tout à fait légitime qu'elles récupèrent le butin, en dépit des peines qu'ont pu endurer les membres de la faction d'Octobre pour l'obtenir. Et ce sera par le viol et la violence qu'Hiver l'acquerra : cela lui semble normal. Il comprend leur douleur mais c'est ainsi qu'il doit en être ; tous les moyens sont bons pour servir la Révolution.
Au fur et à mesure que les jours s'écouleront, la faction désarmée, désorientée et désabusée finira par envoyer en l'air les propres fondements de la révolution pour mieux se lancer dans une série de quêtes de révoltes personnelles et suicidaires.

 

 

À la manière de "Les secrets derrière les murs", "L'extase des anges" ne promet pas d'être une oeuvre aussi polymorphe qu'ont pu l'être "Va va vierge pour la deuxième fois" ou encore "Quand l'embryon part braconner" ; des films qui s'affranchissaient tout aussi bien de leur discours politique et contestataire au point qu'ils se suffisaient à eux-mêmes, en tant que petites merveilles du cinéma pink. Ainsi, ce qui hisse sans nul doute "L'extase des anges" au dessus de tout un pan du cinéma de Wakamatsu, c'est son caractère formellement "jusqu'au boutiste" : l'insurrection, si elle n'a pas eu lieu dans l'Histoire, a existé sur cette pellicule ; Wakamatsu a mené son propre combat, films après films, prêtant un soin méticuleux aux réponses apportées par rapport aux questions posées. "L'extase des anges" est un film somme, l'aboutissement d'un travail philosophique et politique qui symbolise non seulement la fin d'un cycle mais aussi un passage, via celui de l'action, à une sorte de maturité.
En tout cela, déjà, l'approche de "L'extase des anges" est difficile.

 

 

Indomptable et fascinant, "L'extase des anges" l'est. Politique ? Tout autant, et d'une manière tout aussi intelligente que perpétuelle : l'effondrement des valeurs révolutionnaires ainsi que des vertus des membres résident tout d'abord dans l'utilisation de noms de code (Octobre, Vendredi, Lundi...) qui ont supplanté les noms de famille. Ensuite, dissimulé sous le couvert du cinéma pink, le partage, et particulièrement celui des femmes, est de mise : l'Automne est une saison changeante, une femme qui se cherche, qui ne sait de quel côté et comment balancer. Enfin, en aucun cas les révolutionnaires changeraient de chemin : leur vie est uniquement dictée par l'issue de la révolution. La dramaturgie renvoie ici à un auteur quelque peu majeur du théâtre contemporain, principalement du théâtre de guerre : Edward Bond. Il y a dans "L'extase des anges" cette même bestialité, cette même monstruosité qui s'est établie dans les fondements mêmes de leurs rapports, en tant qu'humains. Plus rien ne compte mis à par le combat. On vit pour le combat, on meurt pour le combat, on existe, en fait, grâce au combat. Ce sont des êtres affaiblis et bornés et, pour les meneurs, des victimes de leur propre aliénation : au final, les protagonistes ne sont rien d'autre que des soldats pions.

 

 

Et si l'anarchie s'est emparée de "L'extase des anges", ce n'est que pour servir un film manifeste dans la carrière de Koji Wakamatsu ; or, rare sont ces oeuvres cinématographiques qui atteignent une telle justesse dans leur représentation/utilisation de la violence et leur conception de la liberté. Ici, rien n'est gratuit ; ces révolutionnaires en quête d'un changement radical n'en pratiquent pas moins une vie sans concessions, qui amène au changement : violence, alcool, sexe, et politique. Et c'est au rythme du free jazz (encore une fois extraordinaire sur ce film là) que le système se doit d'être corrompu : Wakamatsu est un antisocial doté d'une certaine capacité à préfigurer les futurs attentats révolutionnaires qui ébranleront le monde : "L'extase des anges" est une fresque futuriste et d'actualité. Quoiqu'il en soit, l'importance de la nationalité japonaise, sinon la maîtrise de quelques notions sur l'Histoire du Japon, semble être de mise afin d'appréhender le film tel qu'il se doit de l'être.
La couleur intervient dans "L'extase des anges" tel un feu d'artifice : une explosion lyrique et sanguinolente d'idées, d'affirmations, de vérités sûrement et de rage, accompagnant une Rie Yokoyama ("La Femme Scorpion") et un Ken Yoshizawa (beaucoup de films sous la direction de Wakamatsu) grandioses qui confèrent au film sa dimension profondément humaine ; quand la révolution s'embrase dans l'orgasme d'Octobre et d'Automne, que la brutalité d'une nécessité de liberté individuelle s'érige au dessus de toute idéologie, que la puissance graphique et poétique marque une date clé de l'histoire du septième art, et qu'enfin, une poignée de démons semble bel et bien avoir été lâchée sur la terre, on ne peut que s'incliner devant le cinéma de Mr Wakamatsu. Koji, merci.

 

 

The Hard

 

En rapport avec le film :

 

# Le coffret Koji Wakamatsu vol.2 de l'éditeur Blaq Out

Vote:
 
8.57/10 ( 7 Votes )
Clics: 5937
0

Autres films Au hasard...