Malédiction du Pharaon, La
Titre original: Manhattan Baby
Genre: Horreur , Esprits , Possession
Année: 1982
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Christopher Connelly, Martha Taylor, Brigitta Boccoli, Giovanni Frezza, Cinzia De Ponti, Carlo De Mejo, Cosimo Cinieri, Lucio Fulci...
 

George Hacker, archéologue américain, découvre une tombe ancestrale lors de fouilles en Égypte. L'exploration sera catastrophique puisque le guide qui l'accompagne est tué par un piège tandis que lui-même reçoit une dose singulière de rayons bleus qui le rendent alors aveugle. Dans le même temps, la Suzie, la fille du professeur se voit remettre un mystérieux médaillon par une femme mystérieuse, également aveugle. La famille est donc contrainte de retourner à New York. Mais l'archéologue alors handicapé, tente malgré tout d'exploiter ses étranges découvertes tandis que le comportement de Suzie et de son frère Tommy deviennent de plus en plus troublantes...

 

 

Manhattan Baby peut légitimement paraître piètre vis-à-vis des livraisons antérieures de son réalisateur. Cinquième collaboration avec le producteur Fabrizio De Angelis (alias Larry Ludman / l'inénarrable Killer Crocodile) et sa compagnie Fluvia film qui s'engouffra juste après dans la production en chaîne de film neo-barbares post apocalyptique dont le seul nom qu'on pourra retenir sans honte ou sans ironie, reste le très fun "2019, après la chute de New York" de Sergio Martino.
Médiocre cinquième collaboration donc, on notera quand même que les précédentes furent L'Enfer des Zombies, L'Au-delà, La Maison près du Cimetière ainsi que le très injustement boudé L'Éventreur de New York, lequel demeure le dernier grand film de Lucio Fulci. Cela fait pas mal d'oeuvres maitresses à dépasser sinon à égaler, ce qui n'est effectivement pas le cas ici. L'une des principales raisons reste un étonnant manque de morceaux de bravoures, semble t-il du à une restriction budgétaire conséquente durant le tournage, obligeant Dardano Sacchetti à remanier le scénario vers le bas, et ôter quelques séquences à trucages, puisque les plus coûteuses.
Du coup, si cette Malédiction du Pharaon est loin d'être aussi lamentable qu'on a bien voulu le dire et s'il recèle des qualités, il n'en demeure pas moins qu'on aura raison de trouver le cardiogramme un peu plat, pas réellement ennuyeux, mais manquant singulièrement de ponctuations horrifiques qui l'aurait sans doute bonifier. Il faut quand même préciser que le clou du spectacle reste une attaque d'oiseaux (clin d'oeil évident et ridicule à Hitchcock) filmée du point de vue de l'agressé, séquence dans laquelle on a bien du mal à distinguer la mouette du poulet, l'oie du canard (Le Venin de la Peur ?), venus picorer l'objectif comme du bon grain de basse-cour. De par le manque de liant et budget, la séquence s'en retrouve isolée et en devient du coup pathétique. Suffisamment en tout cas pour s'apercevoir que le réalisateur romain est moins concerné ici que par ses oeuvres antérieures. Une scène qui évoque bien plus le consternant Aenigma à venir avec son attaque massive d'escargots plutôt que l'excellente séquence des araignées pourtant décriée dans pictural L'Au-delà.

 

 

L'un des autres points faibles du film est sa direction d'acteurs en plein relâchement. Les femmes ne s'en sortent encore pas trop mal (Martha Taylor, Brigitta Boccoli) mais Chistopher Connely ("Les Guerriers du Bronx") paraît si fade qu'il semble perdu dans un film qui ne le concerne pas. Idem pour son mini-moi, Giovanni Frezza qui, s'il passait encore dans La Maison près du cimetière tend ici vers le rédhibitoire. Décidément Lucio Fulci n'est pas très à l'aise avec le monde de l'enfance, et semble t-il avec les enfants tout court. Le temps du caneton torturé (La Longue nuit de l'exorcisme) et du vice qui les imprègne semble loin.
Du coup entre cette direction d'acteurs délaissée - mais aurait-il encore fallut que son réalisateur montre l'exemple dans une implication plus conséquente - et le manque d'enjeu dramatique sinon de morceaux de bravoures, le film semble destiné au préalable, à rester figé pour faire du sur-place. Ce qu'il ne fait néanmoins pas tout à fait...

En effet, L'ambiance dès le début avec ce scorpion filmé en gros plan, cette immensité désertique pour le coup inquiétante, est pourtant au rendez-vous. À ce sujet, il faut souligner l'excellent travail sur la photographie de Guglielmo Mancori (Spasmo / Shanghai Joe) qui n'a ici rien à envier à l'excellent Sergio Salvatti, et l'on peut même se dire que c'est bien dommage, en tout cas pour lui, que le reste ne suive pas, car toutes les scènes aussi bien d'extérieurs et d'intérieurs sont remarquablement filmées et photographiées. Il eut mieux valu que Fulci se concentre davantage sur l'ambiance distillée lors de ce genre de scènes pour transformer ce projet, louable à la base, en réussite dotée d'une unité narrative autant que de style. D'ailleurs dans ces moments là, on a le sentiment que Fulci répond présent et filme quelques plans très élaborés comme cette scène où les parents découvrent les jouets dans l'escalier : un travelling inspiré, une vue plongeante de la mosquée une pyramide de Sakkara, un montage serré, l'utilisation d'une courte puis d'une longue focale, sont les signes d'un cinéaste inspiré. Ailleurs, si les orages paraissent factices, les couleurs nocturnes données à la maison hantée, tout en contrastes verts, bleus rouge, sont splendides. On a même droit à une caméra qui épouse à un moment le point de vue d'un Naja, sans que la scène tombe dans le ridicule ; bien au contraire, elle est techniquement autant réussie qu'efficace.

 

 

Vraiment dommage donc que ces qualités là restent accessoires au sein du film tant ailleurs, de par les multiples trous narratifs et les défauts évoqués ci-dessus, elles tombent à plat. À ce sujet encore, on peut rajouter à charge que le couple Dardano Sachetti / Elsa Briganti ne semble pas s'être foulé. Certes on ne lui en voudra pas d'être allé puiser à droite à gauche, de "Rosemary's baby" jusqu'à "La Malédiction de la vallée des rois" de Mike Newell, mais on lui en voudra en revanche (et entre autres) de ne donner aucune explication au fait que George Hacker retrouve la vue. Du coup, on finit par se prendre la tête dans le vide à vouloir comprendre ce que les scénaristes ne semblent même pas s'être donné la peine de prévoir et l'on navigue dès lors dans une certaine confusion, plus que dans un onirisme inspiré.  Au point même qu'on finit par se contrefiche de l'histoire, sans être pour autant rassasié ailleurs.
Dernier détail qui achève de donner des airs d'exploitation feignante de ses propres réussites, la partition de Fabio Frizzi tout droit sortie des collaborations précédentes avec Fulci... le fait de rester sur sa faim est le sentiment premier que dégage cette maudite malédiction.

 

 

Mallox
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