7 Jours du talion, Les
Genre: Thriller , Drame , Rape and revenge
Année: 2008
Pays d'origine: Canada
Réalisateur: Daniel Grou (alias PODZ)
Casting:
Claude Legault, Rémy Girard, Martin Dubreuil, Fanny Mallette, Rose-Marie Coallier, Alexandre Goyette, Dominique Quesnel...
Aka: Seven Days
 

Dans la petite ville de Drummond, Bruno Hamel, chirurgien de son état, aspire à une vie paisible avec sa femme et sa fille Jasmine. Mais voici qu'un jour, alors que les parents la laissent partir seule à l'école, cette dernière est kidnappée. Elle est bientôt retrouvée morte, après avoir été violée puis abandonnée dans une clairière. Un homme est vite arrêté par les services de police, et vu les traces d'ADN retrouvées, le procès ne devrait être qu'une formalité. Hamel est alors un homme détruit. Il ne l'entend pas de cette façon et décide de se substituer à la justice. Après avoir trouvé un chalet isolé, il enlève le violeur le jour de son procès. Il envoie ensuite une note aux policiers spécifiant qu'il va torturer le monstre sept jours durant et qu'il l'exécutera ensuite le jour même où aurait dû avoir lieu la fête de sa fille. Ce n'est qu'après avoir rendu lui-même justice qu'il se rendra aux policiers pour s'en remettre aux mains de la justice.

 

Les films de vengeance sont finalement légion dans l'histoire du cinéma. Adapté pour l'écran de l'un de ses propres romans par Patrick Senécal, on peut penser tout d'abord à un postulat assez proche du classique de Claude Chabrol, "Que la bête meure", mais pas seulement... "Les 7 jours du talion", dans son refus de souligner les motivations de son personnage principal par une partition musicale "appropriée", en même temps que de ne donner, à l'instar du roman originel avec lequel il prend toutefois quelques libertés, que peu d'informations via des dialogues réduits ici à leur plus simple expression, semble vouloir également s'inscrire dans un certain réalisme, et même disons-le, un réalisme social. De fait, le résultat est souvent impressionnant pour ne pas dire parfois à la limite de l'insoutenable. Exit les "Saw" aux postulats purement horrifiques désamorçant d'entrée les enjeux d'un drame suffocant ensuite mis en scène. Non, Senécal et Daniel Grou s'en remettent ici au spectateur, le laissant seul avec ses propres questions et toutes les explications à donner, ce, sans qu'aucune once de moralisme ne vienne le rassurer, ce qui le distingue dans un même temps d'une œuvre telle que "Mystic River", par exemple. Le docteur Hamel est un être ordinaire, pas particulièrement porté sur la violence ; un être ordinaire mais humain qui, dès lors que sa fille est victime d'un viol aboutissant au meurtre, verra surgir la bête tapie en lui, mettant alors toute son intelligence humaine au service de cette même bête. Laissera-t-il la bête parler jusqu'au bout de ces 7 jours durant lesquels il séquestre puis torture le coupable ? Une autre bête donc, dont les pulsions l'ont finalement amené à son propre chemin de croix ? 7 jours qui amèneront cet homme bien sous tout rapport vers une condamnation sans appel pour donner enfin la mort au supplicié le jour même de la fête de sa fille... Mais qui sait, peut-être changera-t-il d'avis ; pourtant, à la question "regrettez-vous ce que vous avez fait ?" qu'on pourra alors lui poser, il répondra assurément par la négative.

 

 

Voyage au bout de soi-même, plongée vertigineuse dans les tréfonds d'un deuil dans lequel tuer par vengeance serait tuer une seconde fois la victime que l'on pleure, ces "7 jours du talion" nous laissent une impression de profonde solitude. Finalement, la pulsion de vengeance, quand bien même méditée puis élaborée laissera sur sa faim. Dans l'univers de Patrick Senécal, il n'y aura pas d'alternative et, quelque soit le choix que l'on fera devant la mort d'un être proche générée de manière volontaire, la solitude sera non seulement inéluctable, mais une voie, si ce n'est une impasse, toute tracée. Pessimiste et d'une noirceur sans fin, la solution n'existe pas. A l'instar de ce flic qui mène l'enquête et qui se repasse chaque soir sur sa télévision la petite vidéo filmée dans une supérette et dans laquelle sa femme se fait tuer à bout portant d'une balle dans la tête pour seulement quelques piastres, aucun des deux êtres, entre ce policier qui a choisi de s'en remettre à la justice, et le père vengeur, ne trouvera la paix. Le meurtre d'un être cher est une invitation à une descente aux enfers contre laquelle rien ni personne ne pourra faire quoi que ce soit. Au bout du chemin, ce sera soit le repli sur soi qui sera de mise, comme une expiation ainsi qu'une répétition en boucle de ce qu'on a déjà subi afin que la vie ôtée subsiste dans la mémoire, soit l'effacement pur et simple de la cause du mal qui paradoxalement n'ôtera rien à la douleur, si ce n'est, peut-être, la consolation d'avoir éliminer de la surface de la Terre un monstre voué à la récidive.
C'est aussi là toute l'ambiguïté de Senécal de ne donner à proprement dit aucune véritable réponse à ce sujet. Le meurtre ou la tentative de meurtre peut bien se substituer à la justice, mais il reste à définir qui y gagnera là-dedans, entre le bourreau légitime ou la société si, bien entendu, quelqu'un a à y gagner quoique ce soit.
Quant aux tortures infligées et la douleur physique générée, même de la manière la plus sadique qui soit, elle ne pourra jamais se jauger de la même manière qu'une douleur morale.
Des douleurs qui resteront inéluctablement dans des domaines parallèles, de celles qui ne se rencontrent pas, ni ne se comparent. En cela, l'acte du Docteur Hamel pourrait bien être vain pour lui-même quand bien même utile socialement.

 

 

Dans "Les 7 jours du talion", les vies resteront de toutes façons gâchées et, s'il y a un service rendu, c'est celui de réduire à l'impuissance définitive un meurtrier en puissance, ce qu'aucune société dite civilisée ne peut quant à elle admettre. Finalement, c'est tout le fondement judéo-chrétien et ses valeurs morales sur le jugement d'un acte ignoble d'autrui qui sont ici mis à mal. Involontairement ou non de la part des auteurs du film, difficile de l'affirmer pour autant avec certitude, mais c'est tout du moins le genre de question que cette diabolique bobine, imprimée d'amertume et de mal par le mal, pourra bien susciter.
La sobriété de la mise en scène de Daniel Grou avance quant à elle tel notre homme ordinaire transformé en machine à tuer. Lentement, sûrement, instillant un malaise dont il sera difficile de s'extraire, emprunte à la fois de dégoût et de dépression quasi-chronique brillamment illustrée par une photographie aux tonalités grises.
Après "5150, rue de ormes", un thriller lui aussi plutôt réussi malgré quelques artifices esthétiques de trop, et adapté lui aussi d'un roman de Patrick Senécal, "Les 7 jours du talion" confirme tout le talent d'un écrivain au succès grandissant et mérité, ainsi qu'il fait découvrir un cinéaste jusqu'ici confiné à des travaux télévisuels, de grand talent, et surtout d'une belle maîtrise. Soit, le film est peut-être plus faible dans sa seconde partie, mais il demeure dans sa globalité à la fois dérangeant et captivant.

Et puis, à écrire ces lignes, j'en viens à me demander si notre Dexter qui sévit à la télévision depuis maintenant quatre ans ne serait pas finalement qu'un homme simple et ordinaire parmi d'autres, allez savoir...



Mallox

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd de l'édition Aventi du film "Les 7 jours du talion"

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