Château de l'horreur, Le
Titre original: Terror ! Il castello delle donne maledette
Genre: Fantastique
Année: 1974
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Dick Randall (sous le pseudonyme Robert H Olivier)
Casting:
Rossano Brazzi, Gordon Mitchell, Xiro Papas, Luciano Pigozzi, Kevin Dunn, Boris Lugosi (Salvatore Baccaro)...
Aka: Le Château de Frankenstein
 

Nous sommes dans les années 70. Alors que l'Italie s'attache à un nouveau filon en pleine maturation, le giallo , il se trouve toujours quelques cinéastes pour raviver la flamme de sous-genres tombés plus ou moins en décrépitude, généralement à grand renfort de scènes plus ou moins lubriques. Que voulez-vous, le sexe a toujours fait vendre, et s'il est possible de faire du péplum avec des petites vestales s'adonnant à certains plaisirs saphiques, pourquoi s'en priver ? Je vous aurais bien parlé de Caligula, mais le sujet d'aujourd'hui est le fantastique gothique, qui chez nos amis transalpins fut généralement tout sauf honteux durant son heure de gloire dans les années 60. Précisons pour le contexte qu'en Angleterre, la Hammer elle-même sort ses derniers grands films fantastiques avant de péricliter, puisque plus rien ne sortira après 1979.

 

 

Réalisé en 1974 en Italie, Le Château de l'horreur (aka "Le Château de Frankenstein") obéit outrageusement aux grands poncifs du genre, tout en incrustant plus ou moins pertinemment une dose de polissonneries plus ou moins graveleuses. La véritable identité du responsable de ce film a longtemps été controversée. Le générique crédite en effet un certain "Robert H Olivier", pseudonyme sous lequel était censé se cacher l'acteur espagnol Ramiro Oliveros (à qui l'on attribuait aussi La casa della Paura, tourné la même année.) A l'heure actuelle, la paternité de Le Château de l'horreur revient à Dick Randall, producteur très prolifique : L'Etrangleur de Vienne (1971), La casa della paura (1974), Le Journal érotique d'une Thaïlandaise (1980), Le Sadique à la tronçonneuse (1982), "Don't Open Till Christmas" (1984) ou Le Jour des fous (1986) pour n'en citer que quelques-uns, mais qui n'a semble-t-il qu'une seule réalisation à son actif, si l'on excepte un documentaire intitulé "History of the Erotic Cinema" (1982).

 

 

Avec Le Château de l'horreur, il nous livre un Nanar assez énorme où se croisent hommes des cavernes hirsutes, bossu grimaçant, nain violeur et autres jolies femmes vite dévêtues. Bien que d'une qualité discutable, Le Château de l'horreur n'en reste pas moins doté d'un certain charme, dû en partie à son imagerie gothique et surtout à son festival de gueules qui peuplent le château de Frankenstein. Nous retrouvons ainsi Gordon Mitchell (grand acteur bien connu des amateurs de péplums italiens) ; Xiro Papas, vu dans Frankenstein 80 et "Holocauste Nazi (Armes secrètes du III Reich)" qui joue ici un bossu moustachu ; Luciano Pigozzi dont le physique de batracien est bien connu des amateurs de Bruno Mattei ; l'inénarrable Salvatore Baccaro, alias Boris Lugosi, bien connu des amateurs d'hommes-singes, son physique simiesque le cantonnant à des rôles... d’hommes-singes (dans le susnommé "Holocauste Nazi" par exemple) ou encore Michael Dunn, bien connu des amateurs de nains, qui joua le Dr Loveless dans les Mystères de l'Ouest et décédera quelques mois après ce tournage à l'âge de 38 ans. Pour ce qui est du rôle titre, nous retrouvons Rossano Brazzi, vu entre autres dans "New York 2h du matin", d'Abel Ferrara.

 

 

Le Château de l'horreur, comme son retitrage vidéo l'indique, est un film de Frankenstein, mais ici d'un genre un peu particulier. L'histoire en elle-même est en effet d'une loufoquerie irrésistible. Dans la campagne d'un pays quelconque, une troupe de paysans lapide un homme des cavernes qui venait à passer. Ce dernier est amené au Comte (!) Frankenstein qui s'en servira comme de bien entendu pour donner vie à une créature. Mais comme on est jamais tranquille que dans ses toilettes, voici que la fille du Comte vient rendre visite à son paternel, accompagnée de son fiancé et d'une amie. Pour ne rien arranger, le serviteur nain du Comte se trouve être un affreux pervers nécrophile, qui sera renvoyé par l'homme de science pour avoir peloté le cadavre d'une jeune femme. Et c'est là que l'intrigue prend tout son envol, car notre nain, désireux de se venger, va s'adjoindre les services d'un autre homme des cavernes, qu'il baptise Ook, pour fomenter ses noirs desseins. Ce qui de vous à moi fait beaucoup d'hommes des cavernes pour ce patelin...

 

 

Voilà pour le prétexte, il faut maintenant tenir une heure et demie. Le côté gothique (toc) est assuré par des orages monstrueux, des chapardages de cadavres et bien sûr, le château de Frankenstein, riche en vieilles pierres et en passages secrets. La galerie de sales gueules fait son boulot, consistant à servir le maître et à effrayer les jeunes filles dans de sombres couloirs. Quant au quota de sexe, il est assuré généralement par notre brave nain. Un nain tout à la fois nécrophile donc, mais aussi voyeur et violeur. Impayable scène crapuleuse où notre nain apprend à Ook (Baccaro) les mystères du sexe en violant une paysanne qui eut le malheur de s'aventurer hors de chez elle la nuit, et ce dernier de tout regarder en grognant de façon lubrique ! Signalons également cette amorce de scène lesbienne, introduite de manière parfaitement ridicule, où la fille de Frankenstein et son amie décident de se baigner dans la petite mare chaude d'une caverne, caverne abritant évidement Ook et le nain voyeur. Mais attention à ne pas faire d'amalgame, malgré ses scènes érotiques par ailleurs sans grand intérêt, "Le Château de l'horreur" n'oublie pas son registre et reste tant bien que mal dans le fantastique gothique. Il serait injuste de ne pas parler de l'enquête policière trèèèèèès molle entourant les meurtres de tout ce petit monde ou de la fin assez traditionnelle, avec mouvement de la foule en colère et destruction des "monstres". Une fin à la connotation assez tragique, nous prouvant que sous les oripeaux d’une maîtrise technique discutable, les intentions y étaient, d'autant que le film effleure une thématique touchante lorsque que la Créature éprouve des sentiments pour la fille de son créateur.



Le Château de l'horreur se voit sans déplaisir, malgré - ou grâce à ? - son statut de gros Z au scénario honteux. Quelques sautes de rythmes et une réalisation assez calamiteuse que l'érotisme de passage, le casting de trognes et la composition grotesque du pauvre Boris Lugosi font passer sans trop de soucis. A présent, survit-il à un deuxième visionnage ? Je me permets d'en douter...

 

 

Le Cénobite Cinglé !

 

 

* Quelques images supplémentaires :

 

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