Faux jetons, Les
Titre original: Le massaggiatrici
Genre: Comédie , Sexy Comedie
Année: 1962
Pays d'origine: Italie / France
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Sylva Koscina, Cristina Gaioni, Valéria Fabrizi, Marisa Merlini, Ernesto Calindri, Laura Adani, Luigi Pavese, Nino Taranto, Philippe Noiret, Louis Seigner, Franco Franchi, Ciccio Ingrassia...
Aka: The Masseuses
 

Manzini (Ernesto Calindri) et Parodi (Luigi Pavese), deux industriels milanais, se rendent à Rome afin de signer un contrat puis construire un hôtel YMCA. Pour se faire, ils doivent rencontrer le président de "L'oeuvre" (Louis Seigner), un parti politique catholique et conservateur. Pour se détendre, Parodi prend contact, grâce à une annonce trouvée dans le journal, avec un petit groupe de call-girls officiant dans un immeuble bourgeois, ce comme de soi-disant masseuses. Faut dire que lasses de la vie dure des trottoirs, elles ont opté pour une alternative plus douce et qu'une pancarte de manucure est prête à être mise en cas d'embrouilles. Il y a Marisa (Sylva Koscina), Milena (Valeria Fabrizi) et Iris (Cristina Gaioni). Après une série de quiproquos, Marisa est présentée au président de l'organisme chrétien comme étant la femme de Parodi. Ne voici pas qu'au même moment, la vraie femme de Parodi (Marisa Merlini) se pointe à son tour, à Rome, ce qui complique sérieusement les choses. Les chassés-croisés s'accumulent alors qu'entre-temps notre président, qui s'avère être un tombeur impénitent, débarque chez Marisa. L'arrivée subite d'un brigadier et de carabiniers l'oblige à se cacher vite fait dans un placard. Ces émotions fortes doublées de son asthme ont alors raison de son physique et ce dernier est retrouvé mort dans le placard par son premier secrétaire (Philippe Noiret). Les choses se gâtent sérieusement pour tout ce beau monde. Il va falloir déplacer le cadavre afin de sauver les apparences, l'honneur et la morale avec. Quant aux flics, alertés par la présence de fausses masseuses dans l'immeuble, ils se plantent et arrêtent Bice (Laura Adani), une véritable masseuse qui exerce en professionnelle depuis longtemps dans le même lieu...

 

 

Sixième film de son auteur et sixième comédie, Le massaggiatrici fut écrit à quatre ; des scénaristes rompus à l'exercice de la comédie, plus ou moins prolifiques, selon, qui s'assemblent ici pour le meilleur et pour le pire, pour au final livrer un énième vaudeville à la Feydeau, "une pochade sur un ton moderne" comme se présente lui-même le film. On y trouve donc des chassés-croisés à la pèle, et si ce n'est des maris dans le placard, il sera en tout cas question de gens de bonnes moeurs dans le placard, quand il ne s'agira pas de cadavre.
Un script, disons le tout de go, assez impersonnel, qui souffrirait même de son nombre de contributeurs. L'addition des imaginations réciproques n'est ici pas garante du nombre d'idées, et surtout de bonnes idées. Quant à la satire de l'hypocrisie bigote, elle est également vieille comme le monde. Soit, elle est quelque peu rafraîchie par Lucio Fulci et ses scénaristes, qui l'ajustent ici au ‘modernisme' des années 60 et à ses législations. Notamment le fait de pouvoir passer des petites annonces dans le journal pour nouer des relations salaces et compromettantes, pour le plaisir du spectateur. Rien de très personnel de prime abord, à l'instar de la mise de scène "Fulcienne" qui, si elle demeure solide de bout en bout, ne parvient toutefois pas à dépasser les limites de son script balisé.
Finalement, l'aspect le plus personnel de ces "Masseuses", rebaptisé Les faux jetons pour une sortie sur le sol français en 1965, reste la charge contre l'institution cléricale et l'hypocrisie qui va de pair. Un thème qui donne tout son sens au titre hexagonal en même temps de revenir de façon régulière dans la filmographie du cinéaste.

 

 

Lucio Fulci est un rebelle. Catholique de foi mais sceptique de raison, ses charges à l'encontre des institutions qu'il juge trop conservatrices reviennent de façon régulière. Non seulement elles émaillent ses comédies des sixties (Urlatori alla sbarra, I maniaci) de manière parfois mal dégrossie, mais aussi ses trois comédies des années 70 que sont Obsédé malgré lui, Young Dracula et Juge ou putain (alias "On a demandé la main de ma soeur").
Ces films contiennent un esprit de provocation non maîtrisé. De la graine de jeunesse qui, si elle ne se fait plus trop d'illusions, aime à taper là où ça fait mal. A ce titre, la comédie semble être le meilleur support pour s'en tirer à bon compte. La plupart des grands cinéastes italiens engagés l'ont pratiquée (Risi, Scola, Comencini, Fellini, Germi...) et lorsque l'on déroge à la règle et que l'on verse dans la charge sérieuse, ça ne manque en général pas de générer les plus vives protestations de la part de culs bénis mis à mal dans leurs fondements, jusqu'aux réactions les plus excessives qui soient. Le scandale ou la volonté de censure ("La Dolce Vita", mais aussi Béatrice Cenci) est alors le plus souvent au rendez-vous. On retrouvera également le thème de la pureté bafouée en même temps qu'une attaque en règle d'une église rétrograde dans ses thrillers, Non si sevizia un paperino pour le plus évident. Lucio Fulci retrouve donc ici l'un de ses thèmes de prédilection, qu'il déclinera sans cesse ensuite, aimant à enfoncer le clou.
La charge n'est certes pas fine, mais le grotesque ou l'esprit rabelaisien peut parfois, on le sait, enfanter quelques chefs-d'oeuvre.

 

 

Ce n'est toutefois pas le cas des Faux jetons. Cette petite "comédie humaine" tient la route une demi-heure, le temps des présentations, et elles sont nombreuses, avant de se montrer un brin répétitive et lassante. On fatigue de tant de chassés-croisés mâtinés de justifications autant multiples que sans fin, faisant de ce sexy vaudeville un spectacle bien trop bavard. Soit, la verve verbale transalpine peut parfois apporter l'ivresse, mais elle peut tout aussi bien, lorsqu'elle n'est pas transcendée par des acteurs à la hauteur d'une démesure couchée sur pellicule, filer légèrement mal au crâne. Le problème est ici assez simple : il n'y a pas assez de comique de situation dans la première heure du film. Ou tout du moins, pas suffisamment de situations renouvelées. Ce n'est finalement qu'à l'heure de film, avec la découverte du cadavre du directeur de l'association ultra catholique dans l'un des placards de nos ex-putes fatiguées de leur vie de trottoir et soit disant reconverties en masseuses, que le film se relance. Fulci nous sort alors son duo Franco Franchi & Ciccio Ingrassia avec lequel il vient juste de collaborer ("I due della legione straniera") et collaborera à nouveau les années suivantes (Gli imbroglioni, I maniaci, I due evasi di Sing Sing, "002 agenti segretissimi"...). Ce ne sont certes pas les comiques les plus fins, mais ils contribuent pourtant à faire gagner au film son petit grain de folie débridée qui lui manquait jusque là. Les gags se font plus physiques et ne restent plus dans le simple domaine de la citation (Brigitte Bardot mais aussi "La Dolce Vita" et son auteur Federico Fellini sont cités à plusieurs reprises. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le personnage campé par Noiret s'appelle Bellini, un nom qui sera écorché à plusieurs reprises, passant de Federico Fellino à Federico Bellino). Alors que l'on n'avait droit jusqu'ici qu'à des puritains passant leur temps à sauver les apparences, soit en parlant, soit en ouvrant ou fermant des portes, à la sauvette, le film prend enfin des allures de comédie à la Blake Edwards et paye sa redevabilité à Jerry Lewis.

 

 

Il y a alors quelques bonnes scènes comme cette vraie masseuse qui, soupçonnée, se révèle une véritable matrone ; Louis Seigner, raide mort qui arbore alors un rictus joyeux, comme si sa rencontre avec les prostituées l'avait fait monter au ciel ; ou Franco Franchi qui vient assommer d'un coup de bouteille de whisky un homme déjà mort qu'on a planqué à la va-vite derrière un rideau... C'est à mon sens ce qu'ont de mieux à offrir ces Faux jetons. Soit, la galerie de petites pépées lui confère également du charme (Sylva Koscina est bien entendu splendide - elle retrouvera d'ailleurs Fulci treize ans plus tard pour Young Dracula - tout comme Cristina Gaioni et Valeria Fabrizi), et les acteurs, dans l'ensemble, ne sont pas à mettre en cause.
La partition de Lallo Gori est quant à elle inattaquable, et relève même d'un cran de nombreuses scènes, les soulignant par des accents lounge et ironiques. Les discours de l'office catholique sont soulignés par des tambours, les faisant ressembler à l'énonciation d'un verdict de peine de mort, les scènes sexy s'accompagnent d'instruments teintés de miaulements frivoles, et les scènes comiques prennent des accents de marche funèbre pour rire. A lui seul, Corioliano Gori parvient même à dynamiser les moments les plus faibles du film.
Disons, pour conclure, que Lucio Fulci ne signe pas ici son film le plus personnel. Le fait qu'il n'ait pas participé, comme à son habitude, au scénario, n'y est peut-être pas étranger.
Toujours est-il que si Les faux jetons n'a rien du navet dans lequel affirmait avoir joué Philippe Noiret ("Le pire film de ma carrière"), il demeure trop souvent statique et inégal. Celui-ci reste somme toute un peu plus élaboré que Urlatori alla sbarra, auquel on peut le rapprocher, mais un peu moins réussi que Colpo gobbo all'italiana tourné l'année précédente. Rien de honteux, l'ensemble s'avérant gentiment plaisant, mais rien de transcendant non plus.

 

 

Mallox

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